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Ce que veulent les femmes?

20 octobre 2008, 00:00

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C?est presque sur un coup de tête, début septembre, que deux jeunes New-Yorkaises, Lyra Kylston et Quinn Latimer, ont envoyé chacune à une vingtaine de leurs amies un courriel en forme de lettre ouverte. Il avait pour titre : «Voici quelque chose de positif que nous pouvons faire !» et commençait ainsi :

«Amies et compatriotes, Nous vous écrivons à cause de la colère et de l?effroi que nous avons ressentis à l?annonce du choix de Sarah Palin comme candidate à la vice-présidence des Etats-Unis pour le Parti républicain. Nous croyons que cette terrible décision (...) est une farce dangereuse ? de la part d?un candidat sans gouvernail ? qui a une réelle possibilité de devenir un fait.»

Le texte énumérait les positions «effrayantes» de la gouverneure de l?Alaska contre l?avortement, la liberté de parole, le contrôle des armes, la séparation de l?Eglise et de l?Etat et même... les ours polaires, affirmant qu?il s?agissait d?une «gifle aux victoires acquises par nos mères et grands-mères au prix de combats acharnés». «Mme Palin, concluait-il, ne nous représente pas.» Et, pour exprimer leur révolte devant la manoeuvre républicaine visant à attirer les votes féminins, les femmes étaient invitées à répondre, leurs témoignages devant paraître dans le blog Les femmes contre Sarah Palin.

«Au bout de deux jours, raconte Lyra Kylston, 31 ans, chroniqueuse dans une revue d?art, nous avions reçu 600 messages, écrits par des correspondantes de tous âges, de tous milieux, de tous les coins d?Amérique. Au bout de six jours, il y en avait 20 000. Au bout d?un mois, 100 000. Il en arrivait parfois trois à la seconde, nous étions submergées !»

«Les candidats ont enfin compris combien cet électorat est crucial : les femmes votent davantage que les hommes (?) Leur rôle sera pivot dans le résultat de la présidentielle.»

Elles en sont à 172 000, tandis que d?autres initiatives de femmes se multiplient, cherchant à se fédérer sur la Toile. Deux électrices du Missouri ont même décrété le 25 octobre «Journée nationale de défense des droits des femmes», donnant de l?impulsion à des manifestations dans un grand nombre d?Etats.

La soudaine apparition de Sarah Palin sur la scène politique n?est pas la seule responsable de l?irruption des femmes dans la campagne électorale. «En termes d?attention, de mobilisation, de débats autour des thèmes les concernant, cette élection est absolument sans précédent !, se réjouit Susan Carroll, professeure de sciences politiques à l?Université Rutgers (New Jersey) et au Center for American women and politics (CAWP). Les candidats ont enfin compris combien cet électorat est crucial : les femmes votent davantage que les hommes (60,1 %, contre 56,3 % en 2004) et, depuis la présidentielle de 1964, le nombre d?électrices à travers les Etats-Unis a toujours été largement supérieur à celui des électeurs (8,8 millions de plus en 2004).»

Les femmes s?étant inscrites encore plus massivement que les hommes sur les listes électorales en cette année qui connaît des records d?inscription, le nombre d?électrices pourrait donc dépasser de plus de 9 millions le nombre d?électeurs. «Leur rôle, affirme Susan Carroll, sera pivot dans le résultat de la présidentielle.» D?autant qu?il existe ce que les universitaires appellent un «gender gap», une différence dans les choix électoraux exprimés par les hommes et les femmes.

Le fossé est apparu pour la première fois en 1980, l?année où le républicain Ronald Reagan fut élu par une majorité d?hommes (8 points d?écart avec ses électrices). Il varie à chaque élection : 4 points d?écart entre les électrices (majoritaires) de Bill Clinton en 1992 et ses électeurs; 11 points d?écart entre les mêmes à l?élection de 1996 ; 7 points d?écart entre les électeurs (majoritaires) de George W. Bush en 2004 et ses électrices. C?est un fait : «Les femmes ont plus tendance que les hommes à voter pour le Parti démocrate.»

Les analyses des intentions de vote pour le 4 novembre le confirment, et le candidat républicain McCain semble aujourd?hui perdre les femmes plus rapidement que Sarah Palin ne les a brièvement attirées. Selon les derniers sondages, tous largement favorables au candidat démocrate, le fossé entre les pourcentages d?électrices et d?électeurs décidés à voter pour Barak Obama oscille entre 5 et 17 points.

«Plus qu?un fossé, un canyon !», ourit une étudiante du CAWP en découvrant les pronostics concernant l?Etat voisin de Pennsylvanie, considéré comme un «swing state» («Etat qui pourrait basculer») par les républicains, alors qu?Hillary Clinton y avait triomphé lors des primaires. Les cinq derniers sondages affichent un écart entre électrices et électeurs séduits par Obama allant de 9 à 22 points. Dans l?enquête Rasmussen du 6 octobre, 64 % des femmes disaient vouloir voter démocrate, contre 42 % d?hommes.

Cap, donc, sur la Pennsylvanie, coincée entre l?Etat de New York au nord et celui de l?Ohio à l?ouest. La Pennsylvanie ? 12 millions d?habitants ?, gagnée par le candidat démocrate en 2004, mais convoitée par les deux candidats qui y multiplient leurs apparitions et l?inondent de publicité : 27 millions de dollars dépensés en messages télévisés depuis la mi-juin, plus que dans n?importe quel autre Etat. Des clips diffusés notamment autour des émissions destinées aux femmes : «Oprah», «Ellen DeGeneres», «Doctor Phil»...

«L?adhésion des femmes est vitale, assure Karen Finney, porte-parole du comité national démocrate. Ce sont elles qui souffrent les premières de la crise, elles qui sont les premières licenciées, elles qui se préoccupent du prix des denrées à mettre le soir sur la table. Le programme d?Obama prévoit pour elles de vraies mesures et ce sont elles, sur le terrain, qui peuvent le mieux les expliquer. A elles de se réunir, dese téléphoner, de toucher soeurs, amies, voisines...»

Le terrain. Tout est là. Christiane, Pam, Debbie, Elaine le savent qui, depuis les primaires, et malgré leur emploi dans les services sociaux, auprès des personnes âgées ou comme infirmières, sillonnent Philadelphie, avec des milliers d?autres bénévoles, dans le but de convaincre les habitants de s?inscrire sur les listes électorales, de s?intéresser au débat politique, de se mobiliser, et de voter... pour Obama. «Il galvanise les gens, il les responsabilise, dit Elaine, 52 ans, bardée de badges à l?effigie de son candidat et «prête à tout» pour qu?il soit élu. Cet homme-là est juste, intègre, soucieux d?égalité, doté d?un sens de la communauté, d?une vision pour le monde.»

Finie l?arrogance des Bush-Cheney et de la «clique des vieux hommes blancs de Washington !», lance Debbie ; finie l?influence des va-t-en-guerre, des pétroliers, et autres profiteurs des marchés de l?Irak ; finie l?indifférence aux communautés les plus pauvres, aux exclus du système de santé, aux petits salaires des femmes payées 76,6 cents pour un travail pour lequel les hommes perçoivent un dollar.

«A la différence de Sarah Palin, il est du côté des femmes», souligne Pam, sensible tant à sa défense de l?égalité de salaire, du droit à l?avortement, de l?accès à la contraception qu?à sa volonté d?étendre le congé des femmes enceintes ou des salariés devant s?occuper d?un parent âgé. «Le jour où Obama a accepté sa nomination, c?était le 45e anniversaire du discours de Martin Luther King à Washington, et cela prenait tout son sens», dit Christiane, «bouleversée» par «l?éthique et l?humanisme» du leader démocrate.

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