Publicité

Ce passé indicatif…

12 août 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La mémoire est un grenier riche de trésors. Elle aide à comprendre la réalité et à construire l’avenir. Ceux qui la brisent privent la nation de ses racines. Comment est-il possible alors que les autorités aient pu envisager, sous l’ancien régime, de démolir le grenier du port ainsi qu’un bâtiment avoisinant, l’hôpital militaire construit par Mahé de Labourdonnais? Un groupe sud-africain projetait de raser ces bâtiments historiques pour ériger un centre commercial et hôtelier à la place.

Sans l’engagement et la vigilance de Vijaya Teelock, c’est tout un pan de notre mémoire qui se serait écroulé avant même que l’on ait pris la mesure de la catastrophe. Le combat de l’historienne pour sauver cet héritage s’est avéré fructueux, mais il y a d’autres batailles à mener. Il faut maintenant trouver les fonds pour la restauration de ce qu’il convient d’appeler des monuments.

D’autre part, ceux qui ont le sens de l’histoire unificatrice regrettent l’abandon du projet de conversion de la Poste centrale en centre Nelson-Mandela pour la culture africaine. La proximité de ce site avec l’Aapravasi Ghat aurait donné à cet éventuel haut lieu culturel et historique une signification particulière. Ce lieu serait devenu le symbole du rapprochement entre l’esclavage et l’engagisme.

Le parcours entre l’Aapravasi Ghat et le Centre culturel africain, au centre de la capitale, devait rappeler les sacrifices et les efforts des esclaves et des travailleurs engagés. L’ancien Premier ministre qualifiait ce trajet de promenade “Down Memory Lane”. Ces deux lieux de recueillement, l’un à côté de l’autre, auraient symbolisé les souffrances communes des travailleurs engagés et des esclaves.

Autant il faut préserver notre patrimoine, autant il est important que la mémoire ne soit pas fragmentée. Les coolies et les esclaves ont vécu la même déshumanisation, le même traumatisme et les mêmes châtiments. Une présentation de l’histoire qui tend à morceler ces groupes est contre-productive. Elle est utile seulement quand elle fait œuvre de cohésion sociale.

Les démarches entreprises, en même temps, pour que l’Aapravasi Ghat et Le Morne soient inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco constituent un excellent exemple de ce qui peut être fait pour souligner les convergences de nos parcours historiques. Dans les deux cas, les organismes parapublics chargés de piloter les dossiers respectifs ont abattu un travail important et l’aboutissement de leurs efforts ne serait plus qu’une question de temps.

La reconnaissance par l’Etat de la valeur patrimoniale de ces lieux marquait une avancée considérable. Plus d’un demi-million de travailleurs engagés indiens sont passés par l’Aapravasi Ghat entre 1840 et 1920. Maurice est le pays qui a accueilli le plus grand nombre de travailleurs engagés. Quant à la montagne du Morne, si des doutes subsistent sur l’authenticité des légendes autour des esclaves marrons qui s’y réfugièrent, il est bien établi, en revanche, que le lieudit Trou-Chenille avait abrité un ancien village d’esclaves. Deux projets hôteliers avaient, toutefois, retardé la mise au point du dossier d’inscription du Morne à l’Unesco.

Au Morne comme à Port-Louis, il est difficile de concilier les impératifs du développement économique et les critères de préservation du patrimoine. Mais rien n’oblige l’Etat à trancher radicalement en faveur de l’un ou de l’autre. La gestion et la commercialisation des sites et activités liés au tourisme historique constituent un créneau porteur. Chacun y trouve son compte.

Publicité