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Ce noble métier d?enseignant

5 octobre 2006, 00:00

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Sanjana, cinq ans, très hardie, franchit la porte du bureau de son maître d?école. Le c?ur gros, elle est venue chercher un peu de réconfort et du mercurochrome pour ses genoux égratignés dans une bousculade avec un camarade un peu trop brutal.

Quelques heures plus tôt, Ramesh Mungla, exerçant à Bon-Accueil Government School et comptant 16 ans d?enseignement, a aspergé la tête d?un élève de lotion antipou. ?Nous devons parfois nous substituer aux parents. L?enseignant ou le maître d?école , c?est souvent aussi l?infirmier, l?ami... L?école n?est pas seulement l?âme du village mais le c?ur même . Si le c?ur bat bien, tout va pour le mieux.?

Le métier n?est pas seulement lié au savoir et à sa transmission mais profondément associé aux attentes et aux évolutions de la société et à la place que celle-ci entend donner à l?éducation. Quelle est l?image et quel est le statut social de l?enseignant ? Alors qu?il jouissait jadis d?un grand prestige et d?une forte reconnaissance sociale, l?image s?est dégradée aux yeux de certains.

?C?est aux parents de veiller à ce que leurs enfants ne deviennent pas agressifs. Ils ont des droits, certes, mais il faut les rappeler à l?ordre dès qu?ils dépassent les bornes. La tendance de certains parents mauriciens est le culte de l?enfant-roi. Ce dernier se permet de plus en plus des choses avec la bénédiction de ses proches?, déplore le Dr Teebaye Moradhun. Cet inspecteur principal des écoles primaires a à sa charge 74 écoles gouvernementales, catholiques et hindu-aided. 25 ans d?expérience et instigateur du Teachers? Day à Maurice grâce à une demande auprès des Nations unies en 1990, il préconise un encadrement professionnel approprié pour les enseignants dès leur sortie de formation au Mauritius Institute of Education et tout le long de leur carrière. ?Chaque année, il faut des ateliers de travail pour les tenir informés, les mettre en contact avec d?autres enseignants chevronnés et des maîtres d?école. Il faut qu?ils se sentent soutenus et protégés, ce qui n?est pas le cas aujourd?hui.?

Un rôle modifié

Dès son entrée dans le métier, un enseignant ne peut pas posséder l?ensemble des connaissances et des compétences pour toute sa carrière. Surtout dans une société en constante mutation, où le savoir évolue et les techniques évoluent. Son rôle s?en trouve forcément modifié. ?Il faut une formation continue. Le tableau et la craie ne suffisent plus. Il faut utiliser l?informatique pour un enseignement de qualité internationale. L?enseignant d?aujourd?hui a beaucoup plus de travail à travers ses activités hors programme?, rappelle Ramesh Mungla.

Même si la formation et l?infrastructure ne sont pas toujours à la mesure de leurs attentes, les enseignants aspirent à au moins un minimum de respect et de reconnaissance de la part des parents. ?On n?attend pas toujours le gouvernement. On constitue des fonds, on se transforme en maçon et en peintre mais ce qu?on recherche en premier, c?est la collaboration des parents?, note Raj Ramdhun, enseignant.

Tous les spécialistes du métier s?accordent à dire que le sentiment général est une totale négation de leur part de responsabilité dans l?éducation de leur enfant dès que ce dernier intègre le primaire. ?Madame, j?ai élevé l?enfant jusqu?à maintenant. A partir d?aujourd?hui, je le laisse entre vos mains. Gete ki ou kapa fer. Voilà ce que disent bon nombre de parents. Ils oublient la relation triangulaire essentielle de parent-enfant-enseignant. Il y a, bien sûr, des parents modèles mais d?autres aussi qui se débarrassent de leur enfant?, s?indigne Neeropa Khamajeet, enseignante. Même son de cloche de la part de Keshan Bokhoory, 17 ans d?expérience et travaillant dans une école de zone d?éducation prioritaire, Hurrypersad Ramnarain Government à Terre-Rouge. ?C?est de plus en plus difficile d?exercer ce métier. Auparavant on avait le soutien des parents, aujourd?hui, ils n?ont plus de temps pour leurs enfants. Ils oublient que l?éducation, ce n?est pas seulement entre les quatre murs d?une classe.? Particulièrement lorsque les conditions sociales de l?enseignement et les élèves, dits difficiles, dans ces écoles des quartiers sensibles compliquent le métier. Cet environnement extérieur hostile se reflète en classe et la violence sociale devient violence tout court.

?Malheur à celui qui frappe un enfant : nous sommes tous d?accord que les enfants ont des droits immuables. Mais qu?en est-il des nôtres ?? confie Sonalall Bhanjan, enseignant depuis 48 ans et exerçant dans une école privée, Orchard Kids de Triolet. ?Qu?en est-il de ces enseignants dont l?image a été ternie par de fausses allégations ? Tout cela parce que l?information est livrée en pâture aux médias. D?où l?importance d?enquêtes internes et d?un cadre légal?, explique Keshan Bokhoory.

En attendant d?ouvrir de nouveaux horizons à nos enseignants, rendons hommage au dévouement de ceux qui parfois en dépit des conditions de travail, de ressources limitées et d?une rémunération inadéquate aident à former la nation de demain.

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