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Ce capital humain qui s?exporte?
Plusieurs milliers qui viennent s?ajouter au lot des détenteurs du « Higher School Certificate ». Auparavant une fin en soi pour de nombreux Mauriciens, aujourd?hui un vrai problème de fond pour notre société qui se repense.
Pour arriver, en ce début 2008, à ce stade de leur apprentissage, à l?issue d?un périlleux parcours strictement théorique, ces milliers de jeunes se sont déjà heurtés à une société de plus en plus marquée par un effondrement du pouvoir d?achat.
Aujourd?hui, alors qu?on façonne l?économie de demain, il importe de sonder cette jeunesse en quête d?avenir, de lui créer une plate-forme pour s?exprimer, au lieu de lui imposer un discours technique qui passe souvent à côté, comme le dossier des subsides aux frais d?examens, révélateur du déficit de communication entre l?État et les collégiens. Les jeunes deviennent des adversaires obstinés quand ils se sentent aliénés du système.
Ce sont pourtant ces jeunes qui vont pousser à la roue de la réforme, qui feront tourner l?économie de demain. Pour accroître leur employabilité, il faut échanger avec eux. Il ne suffit plus de leur dire : allez hop ! vers le tourisme, vous autres dans les « call-centers », vous là-bas dans les usines de Tianli ou sur les chantiers des IRS. Certains y trouveront leur bonheur, d?autres pas forcément. Tant mieux, car Maurice a besoin d?une panoplie de compétences, de l?ouvrier formé aux ingénieurs scientifiques en passant par des diplômés en sciences sociales et environnementales, entre autres, pour faciliter la transition qui s?opère.
Le lot grandissant de jeunes éduqués constitue une base solide sur laquelle on doit construire pour faire face à ce monde qui requiert davantage que des qualifications élémentaires. Tous les experts qui passent ressassent que Maurice doit investir davantage dans son capital humain. Or la création d?opportunités d?emploi productif et les quelques possibilités de formation professionnelle ne suffisent plus, malgré des initiatives dans ce sens. Cela en grande partie à cause d?un climat général guère encourageant. Les jeunes sont démotivés par un recrutement dans la fonction publique basé sur le pistonnage, par un discours politique réducteur, par un manque d?ouverture.
La mondialisation leur offre d?autres possibilités dans d?autres cadres.
Ce phénomène d?exode n?est pas le propre de Maurice, c?est le sort de tous les pays en développement. Selon les Nations unies, il existe dans le monde environ 400 millions de jeunes (âgés de moins de 25 ans, selon cette étude) qui souffrent d?un manque d?opportunités de travail dans leur pays. En 2006, environ 85 millions de jeunes étaient sans emploi, ce qui représente près de la moitié des chômeurs dans le monde.
Un manque de reconnaissance de l?État, qui se traduit par une perte d?investissements publics en capital humain, incite les jeunes à partir vers d?autres cieux plus attrayants. Si les échanges internationaux qui permettent d?élargir les horizons sont à encourager, surtout quand on vit dans un pays insulaire, en revanche l?aller sans retour se doit d?être freiné.
Le flux des jeunes qui partent pour des études et qui ne reviennent plus est mal recensé, mais son accélération, ces dernières années, ne fait aucun doute.
On doit tous avoir un ami ou un proche qui a choisi de vivre hors de Maurice.
Il ne faut pas s?en alarmer outre mesure, car la migration peut être une force positive de développement si elle est appuyée par de bonnes politiques visant à encourager le retour au pays. Ce qu?il nous manque encore à Maurice.
En attendant que « la qualité de vie » dépasse le simple cadre du slogan électoral pour devenir une réalité, Maurice doit élaborer un pacte avec ses jeunes. La migration, comme l?emploi, est à la fois une conséquence et une cause de la mondialisation. Il faut commencer par comprendre pourquoi ils veulent partir et mettre en lumière ce qu?ils reprochent au pays. Il faut encourager les recherches sociales et ne pas avoir peur des vérités qui risquent de déranger les pratiques établies tant dans la fonction publique que dans le secteur privé. L?université, au lieu d?être abandonnée par l?État, doit être dotée de moyens pour développer la recherche et l?innovation, conditions essentielles pour ?uvrer à l?employabilité des diplômés actuels et futurs. Notre capital humain, seule ressource du pays, est trop précieux pour être négligé?
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