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Cas de figure

19 juillet 2003, 20:00

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L?Icac, ce n?est pas une marque de savonnette. Elle ne prouvera pas qu?elle lave plus propre en s?exhibant sur des panneaux publicitaires. Elle ne pourra conquérir l?approbation des citoyens que si elle donne la preuve de son efficacité, de son indépendance, de son équité et de son sens civique. C?est beaucoup exiger d?une institution si jeune et, à l?évidence, encore en rodage. Pourtant, l?Independent Commission against Corruption doit dès maintenant faire preuve d?une plus grande maturité et d?un meilleur sens de l?État. Sans quoi il ne lui restera qu?un corps exsangue à laver.

La commission a encore manqué de finesse dans sa réflexion et a suscité des doutes sur son sens des responsabilités en convoquant à son siège le gouverneur de la Banque de Maurice. Cette convocation a été largement médiatisée, il ne pouvait en être autrement. On peut aisément imaginer ce que le citoyen lambda ou les lecteurs étrangers de nos journaux en ligne sont susceptibles de conclure à la vue d?un gouverneur de Banque centrale gravissant les marches d?un organisme de lutte contre la corruption dans le cadre d?une affaire de fraude bancaire. Ce n?est pas la peine de blâmer les médias. Ce qui importe, c?est le message, pas les messagers.

Cette action de l?Icac ressemble à un abus de pouvoir. Sans doute la commission veut-elle faire savoir qu?elle a les moyens d?interroger qui elle veut et comme elle l?entend. Mais justement, quand on détient des pouvoirs aussi vastes, quand on peut porter des préjudices importants du fait même d?une convocation de routine, il faut exercer ces pouvoirs avec la plus grande retenue.

En la circonstance, la frivolité ahurissante de la commission est d?autant plus critiquable que le motif de la convocation de Rameswurlall Basant Roi apparaît d?une extrême banalité. De ce que l?on sait des interrogatoires du gouverneur de la Banque centrale, il s?agissait seulement pour les enquêteurs de s?informer auprès de lui des directives données par la Banque de Maurice aux banques commerciales. L?Icac aurait pu obtenir ces informations techniques sans infliger une telle humiliation au gouverneur de la Banque centrale.

Le geste est d?autant plus regrettable que la commission elle-même ne cesse de mettre en garde contre le risque d?interprétation abusive de ses initiatives. En l?occurrence, il eut été plus raisonnable pour la commission d?enquêter dans la discrétion, en évitant soigneusement de semer le doute sur le rôle de la Banque de Maurice. C?est le sens civique que le pays est en droit d?exiger d?une institution nationale.

Cet épisode illustre la complexité de la mission de l?Icac. D?une part, elle affirmera son indépendance et son autonomie d?initiative en ne reculant devant personne, fut-ce un ministre, un gouverneur ou un banquier. Il était indispensable que dès son installation, l?Icac montre au pays qu?elle est investie de vrais pouvoirs et qu?elle a les moyens des ambitions de l?État. D?autre part, en vertu même des pouvoirs particuliers qui lui sont conférés, on attend de l?Icac qu?elle les exerce avec circonspection, dans les règles et l?esprit de nos lois. L?État n?a pas fait de l?Icac un tribunal d?exception.

Au plan de l?indépendance institutionnelle, l?Icac est en train de gagner une première bataille. Depuis l?arrestation du ministre Choonee, il était possible de dire ? et nous l?avons fait ici même ? qu?une nouvelle étape s?ouvrait dans la lutte contre la fraude et la corruption. Cette action spectaculaire avait mis à mal la conviction de nombreux Mauriciens que la loi est discriminatoire, qu?il en existe une qui protège les puissants, et une autre qui sanctionne les faibles. Depuis les interrogatoires interminables et, finalement, les inculpations des deux plus hauts dirigeants de la principale banque du pays, il n?est plus possible de reprendre sans sonner faux le refrain de « la justice à deux vitesses ». Sauf à considérer que les puissants sont maintenant les têtes sacrificielles exigées par les nouveaux partisans d?une vieille vengeance.

En usant et en abusant de son pouvoir, estiment certains, l?Icac a en tout cas montré qu?elle n?est impressionnée par personne et qu?elle exerce son autorité comme elle l?entend. Du moins, c?est ainsi que les faits apparaissent. Il ne serait pas juste, pour l?instant, de prêter foi aux chuchotements qui racontent des histoires de manipulations et de règlements des comptes.

Si la preuve de son indépendance était établie, il faudrait encore que l?Icac démontre la justesse de ses actes. La commission ne doit pas se faire d?illusions : les mêmes qui se réjouissent aujourd?hui au spectacle des méchancetés procédurales et des humiliations policières qu?elle inflige à des « figirs », des témoins devenus inculpés, seront prompts à la vilipender si le vent de la justice tourne. Les Mauriciens cultivent sans doute des préjugés qui les rendent, par intermittence, sourds à ces bruits de portes qui cadenassent les réputations meurtries. Mais ils ne restent pas longtemps aveugles à l?injustice. Le sens du fair-play est un trait caractéristique de la nation. Ce n?est pas qu?une affaire de loi, c?est une question de culture.

L?Icac doit maintenant se presser. La chape des soupçons pèse toujours sur un ministre et des banquiers. Les enquêtes s?éternisent et à la fin, on ne se souvient plus du coupable que l?on cherche. Les victimes deviennent, en un tour d?accusations provisoires, des suspects qui auraient comploté avec un non-inculpé ? le seul à pouvoir narguer des mois durant, de son antre londonien, la toute-puissance icacienne. Il faut rapidement que l?on y voie plus clair.

Dans l?affaire MCB-NPF, l?enquête dure depuis plus de quatre mois. L?Icac a eu accès à tous les documents et à tous les témoins qu?elle a souhaité interroger. Cette affaire a fait un tort immense au pays. La première banque privée du pays a été dégradée, ses principaux dirigeants mis en cause, et l?on piétine d?accusations provisoires en accusations provisoires. Tout doit être fait pour diligenter l?enquête, hiérarchiser les fautes, sanctionner les coupables.

Le fait est que le pays a autant besoin de l?Icac que de la Banque commerciale. Certains mènent d?obscurs combats, révèlent leurs préjugés cachés en souhaitant la victoire de l?une sur l?autre. Ce qui serait le triomphe de la nation, c?est le succès de l?Icac dans le combat contre la fraude et la corruption autant que les performances continues d?une MCB revigorée et débarrassée des tares qui ont sali son histoire.

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