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Carrière sociale, le choix du cœur
Pour les jeunes qui cherchent à faire de leur travail une vocation, le monde du social s’offre à eux ! Selvina, Emilie, Priscilla et Yavin ont trouvé leur bonheur dans une association, ils témoignent.
 
Emilie, responsable des levées de fonds
Il y a des grandes rencontres qui ne se concrétisent que plusieurs années plus tard... En 2008, lorsqu''''Emilie Trousselier-Seepursaund rencontre Nicolas Ritter, le directeur de l''ONG PILS n''a ni stage, ni emploi à lui proposer, juste un contact à lui donner.
Diplômée de l''école de Sciences politiques de Toulouse, la jeune étudiante française a posé ses valises à la Réunion, quelques mois plus tôt, pour un Master en Communication des organisations. Et Emilie a opté pour un projet d’études avec l’association RIVE, qui soutient les personnes vivant avec le VIH à la Réunion.
« Grâce à Nicolas Ritter, j''ai pu rencontrer Audrey d''Hotman de Villiers, ancienne directice de PILS et manager CSR (Corporate Social Responsibility) de Rogers. Cette entrevue a débouché sur un stage, puis sur un emploi. Un emploi très formateur, où j''ai pu avoir une vision très large de la société civile mauricienne », raconte Emilie Trousselier-Seepursaund.
En juin 2012, Emilie décide de "passer de l''autre côté de la barrière". Elle quitte le secteur privé pour un poste de fundraiser officer à PILS et retrouve ainsi Nicolas Ritter.
« Du côté du bailleur, chez Rogers, j''ai appris ce qui rend un projet attrayant et ce qui est rédhibitoire. J''avais donc envie de mettre à profit mes compétences critiques au service d''une ONG », sourit Emilie Trousselier, « cette fois, plus question de sélectionner les demandes de financement des ONG, place à l''écriture de ces mêmes "projets CSR". »
La jeune Française n''a pas choisi la facilité. Au quotidien, elle doit faire face à beaucoup de pression. « Le poste de chargé de levée de fonds est un poste clé, c''est grâce à cette personne que les fonds entre dans l''ONG, donc que les autres salariés de l''association sont payés. Alors quand les sous peinent à entrer, c''est très stressant... », avoue Emilie, « Il est essentiel d''être à l''affut des appels à projets des entreprises locales et des bailleurs internationaux, il faut connaître parfaitement son ONG, savoir quels sont les besoins de ses bénéficiaires pour être capable de synthétiser et de rédiger rapidement un projet en français ou en anglais. Heureusement le travail se fait en collaboration avec tous les services de l''ONG. Par exemple, les travailleurs de terrain font remonter les informations, le chargé du monitoring collecte les données pour les rapports d''évaluation... »
C''est donc un job qui nécessite à la fois une capacité à travailler en équipe, mais aussi une disposition à se concentrer seule devant son ordinateur de longues heures, par exemple pour remplir les questionnaires de demandes de fonds des bailleurs... Persévérance et rigueur sont donc indispensables !
Autre atout du fundraising  officer, des compétences en comptabilité. Il faut savoir jongler avec les chiffres pour établir un budget pour chaque projet et le budget prévisionnel pour tous les services de l''association.
« J''aime aussi le côté innovant du job, car je dois trouver de nouveaux moyens pour lever des revenus propres à l''organisation, en organisant des événements ou en réfléchissant à des produits et services à commercialiser, comme des formations sur le VIH. Les fonds propres sont minimes dans le budget de PILS aujourd''hui, mais cette piste doit être développée, car c''est cet argent qui nous permet d''agir dans l''urgence... », précise Emilie
Trousselier- Seepursaund.
Malgré la pression, la jeune Française ne changerait de poste pour rien au monde. « PILS c''était mon premier choix. C''est une chance d''évoluer dans une ONG qui a presque 17 ans d''expérience. J''apprends beaucoup sur la gestion d''une association, je suis impliquée dans les décisions avec les chefs de services, c''est passionnant », assure Emilie Trousselier, « j''espère pouvoir faire toute ma carrière dans le management des ONG et réussir à garder l''énergie et l''enthousiasme qui m''animent aujourd''hui, tout en conservant surtout mon caractère militant ».
• Prochaine soirée de levée de fonds pour l''association PILS, le 27 avril
• Pour faire un don ou verser une contribution CSR à PILS tel :  212.4841 ou [email protected]
Selvina, responsable de l’évaluation des projets
« Apporter le sourire sur le visage des patients », c’est ce qui motive Selvina Moothoosawmy jour après jour. Cancer awarness and control programme officer à l’association Link to Life, Selvina gère et évalue toutes les activités de l’association et accompagne les campagnes de sensibilisation sur les différents cancers. Un travail prenant qui la passionne.
« J’ai trouvé cet emploi grâce au site  internet ACTogether.mu. J’ai débuté en octobre 2011, le mois « rose » liée à la prévention du cancer du sein, à Maurice et à travers le monde », raconte Selvina Moothoosawmy, « et depuis le rythme reste intense avec les campagnes de dépistages à organiser, les causeries à la radio, la sensibilisation dans les entreprises, la formation des volontaires qui rejoignent l’équipe des écoutants dans les hôpitaux… Heureusement le travail ne m’a jamais fait peur. Chaque jour, j’apprends, chaque jour j’innove… Mon objectif : améliorer le service donné aux bénéficiaires ».
Selvina n’est plus une débutante dans le social, elle est arrivée à Link to Life avec un solide bagage universitaire derrière elle (un Bachelor en psychologie de l’Université de Maurice et une Maîtrise en counseling de l’Université de Technologie), ensuite elle a enchaîné les petits boulots et le volontariat en parallèle, faute d’obtenir un emploi de psychologue.
« Je manquais d’expérience bien sûr, mais je trouve qu’on ne laisse pas assez l’opportunité aux jeunes de s’en faire… J’ai pris de l’emploi dans l’administration au Mauritius Oceanography Institute et le soir, pour ne pas perdre mes compétences, j’animais des thérapies de groupe avec des alcooliques et des toxicomanes au Centre de Solidarité à Rose-Hill. Ensuite, j’ai obtenu un emploi de travailleuse sociale à La Fondation pour l’enfance Terre de paix à Albion. J’ai aussi été présidente de l’ONG TIPA, qui promeut la pédagogie à travers l’art dans les écoles en zone d’éducation prioritaire. Comme je souhaitais élargir mon expérience et approcher un nouveau profil de bénéficiaires, j’ai postulé à Link to Life. C’était un challenge, je ne connaissais rien au cancer et j’ai tout appris ici ! », sourit Selvina.
Une formation en accélérée qui n’est pas pour lui déplaire… « Chaque jour, je passe du temps sur internet car c’est indispensable que je connaisse les dernières évolutions de la recherche sur le cancer à l’étranger. Quand je n’ai pas le temps de me plonger dedans au bureau, je le fais le soir à la maison », précise Selvina.
Selvina n’a pas de temps à perdre, sa dernière mission : lancer une campagne de vaccination contre le cancer du col de l’utérus pour une centaine de jeunes filles de 11 à 17 ans vivant dans les poches de pauvreté.
Selvina jongle aussi avec les chiffres, les gros chiffres, puisque le budget annuel de Link to Life s’élève à 7 millions. « 60% de mon temps, je suis à la recherche des financeurs et j’assure le suivi et l’évaluation des projets. Mais dans une ONG, il n’y a pas de démarcation précise des tâches, c’est impératif d’être polyvalent et d’avoir le sens des initiatives », souligne Selvina, « mon travail me comble et c’est un miracle tous les jours de trouver l’argent et les bons contacts pour faire aboutir les projets ».
A l’hôpital Candos, Selvina est accueillie comme une VIP par les patients cancéreux et leurs familles. La preuve ultime du travail bien fait et une juste reconnaissance de tous ses efforts !
• Link to Life recherche des écoutants bénévoles tel : 686 0666
Priscilla, chargée de communication
Diplômée en relations publiques à l’Institut Charles Telfair, Priscilla Rose rêvait d’une carrière dans l’hôtellerie. L’association T1-Diams lui propose un stage qu’elle refuse sur le champ. « Je préférais travailler dans un hôtel… mais j’ai vite compris qu’il y avait bien plus de communication à faire dans une ONG… », confie Priscilla Rose. 
Stagiaire chez T1 Diams, Priscilla participera à la campagne sur le diabète de type 1, baptisée « Ca me regarde » inspirée d’une chanson de Yannick Noah. La campagne est un succès et quelque mois plus tard, son stage débouche sur un vrai emploi.
Depuis les missions variées s’enchaînent : organisation d’événements externes et internes (pour les 185 patients suivis par T1 Diams), causeries dans les écoles pour sensibiliser les profs et les élèves qui entourent un enfant diabétique,  animation du site web et de la page Facebook, écriture de newsletters, mobilisation des volontaires, relations presse, organisation de la quête annuelle qui aura lieu les 5, 6 et 7 avril…
« L’avantage c’est que mon travail n’est jamais monotone. Il faut être créatif pour trouver de nouvelles façons de communiquer sur le diabète de type 1, selon les publics. Par exemple, pour certaines familles, le diabète est encore une malédiction ou certains parents pensent à tord qu’il suffit seulement de réguler l’alimentation d’un enfant pour guérir le diabète de type 1. C’est faux et cela demande beaucoup de temps, de patience et d’imagination pour faire passer les vrais messages et lever les tabous. Heureusement, l’équipe de T1 Diams comprend des infirmières, des médecins et des travailleurs sociaux, qui font des visites à domicile, je ne suis pas seule », précise Priscilla Rose.
A 25 ans, très épanouie dans son travail, Priscilla Rose ne sait pas toutefois si elle envisagera toute une carrière dans le milieu associatif. « Dans une entreprise, il y a davantage de budget pour les campagnes de communication, qui peuvent se faire sur une base annuelle. Dans une association, c’est tous les 2 ou 3 ans, d’abord parce que le message prend du temps à passer et aussi parce que des campagnes nationales sont très couteuses… Il faut donc être un bon négociateur… Dans une ONG, on ne peut pas se permettre de dépenser à gauche et à droite. La grande majorité des fonds doit aller directement au service aux bénéficiaires, c’est la règle », souligne Priscilla Rose.
Et les bénéficiaires, Priscilla Rose ne les oublie jamais : « Je suis contente de travailler les samedis car cela me permet de rencontrer les enfants suivis par T1 Diams. Des enfants en bonne santé. Il faut savoir qu’un diabétique de type 1 mal encadré peut tomber dans le coma et mourir s’il n’est pas bien suivi. Depuis la création de l’association, c’est une grande satisfaction de savoir qu’aucun bénéficiaire n’est tombé gravement malade ». Une preuve de plus que la communication passe bien à tous les niveaux !
• T1-Diams recherche des volontaires  tel : 292 11 11
Yavin, coordinateur d’un centre de prévention
Etudiant en langues à l’Université de Maurice, Yavin Coopan rêvait d’une carrière de journaliste ou d’interprète. « J’ai travaillé à Radio One et au Matinal. A vrai dire, je n’avais jamais envisagé une carrière dans le social.  Plus jeune,  je n’étais pas au courant de la professionnalisation des ONG et de la diversité des emplois proposés », avoue Yavin.
En janvier 2010, Yavin tombe sur une offre d’emploi de l’association T1-Diams qui recrute un chargé de communication et de levée de fonds. « J’ai travaillé à T1-Diams pendant 2 ans et j’ai découvert toutes les facettes du travail : le traitement direct des bénéficiaire, la gestion des dons et l’administration, la communication… J’ai beaucoup appris et cela m’a donné envie de continuer dans cette voie », raconte Yavin Coopan.
Depuis un an, Yavin coordonne TiBaz, le centre de prévention de l’association Lead à Rose-Hill pour les adolescents, les jeunes adultes et aussi les parents.
« C’est important pour moi d’être engagé dans le social, je donne mon temps, mon énergie et en plus je suis payé pour cela, c’est formidable ! », déclare Yavin. A 30 ans, il se sent en accord parfait avec ses aspirations de vie.
Yavin Coopan constate que de plus en plus de diplômés mauriciens veulent contribuer au développement social du pays, y compris parmi les personnes formées à l’étranger. « Je les encourage à faire du volontariat pour voir vraiment si cette mission prenante leur conviendrait.  S’engager dans le social c’est un cheminement, il faut beaucoup apprendre et prouver qu’on est fait pour ce domaine. Beaucoup de jeunes diplômés souhaitent décrocher directement un poste à responsabilités dans une ONG, avec le salaire qui va avec. Mais sans expérience dans le social, ce n’est pas possible ! D’autres candidats considèrent malheureusement le travail social, comme un emploi « en intérim » en attendant de trouver un job dans le privé ou de reprendre leurs études… ce n’est pas sérieux ! Lors des entretiens d’embauche, il faut montrer qu’on est motivé pour faire carrière dans le social », insiste Yavin Coopan.
Et pour poursuivre un certain idéal de vie, il faut parfois renoncer aux avantages proposés par le secteur privé, comme l’assurance maladie, le plan de retraite… « J’espère qu’à l’avenir, les associations pourront proposer des packages attractifs, mais tout dépendra des financeurs qui assurent les frais de roulement des associations, dont le paiement des salaires et des avantages associés », souligne Yavin Coopan, « mais les jeunes doivent aussi savoir que le social permet de voyager. Par exemple, j’ai bénéficié de trois semaines de formation au CRIPS à Paris, le centre modèle de TiBaz ».
• A Rose-Hill, TiBaz est ouvert aux jeunes pour des sessions de prévention d’une heure sur l’alcool, les drogues et les maladies sexuellement transmissibles. TiBaz recherche  des jeunes volontaires. Tel : 465.2603
Retrouvez l''actualité sociale sur www.ACTogether.mu.
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