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Capitalisme démocratique

2 avril 2004, 20:00

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Démocratisation de l?économie ou capitalisme démocratique ? Le débat charrie sa cohorte de préjugés raciaux qui hypothèquent toute chance d?un échange sain d?idées et d?opinions. Alors que les partis d?opposition jettent l?anathème sur le fait que le pouvoir économique soit concentré entre les mains d?une poignée de familles ou encore alors que les gouvernants disent tout entreprendre pour ouvrir l?économie, ne serait-il pas plus juste de sortir des leurres des uns et des autres et prendre la pleine mesure de cette aspiration à un capitalisme démocratique qui offrirait ce qu?il y a de meilleur dans le système libéral tout en préservant les acquis de la protection sociale. Reconnaître une telle aspiration n?équivaut pas seulement à entrer dans un nouveau paradigme théorique. Il est beaucoup plus question ici d?une rationalisation du débat économique pour qu?on sorte d?un dualisme où on veut opposer les nantis aux parias.

En matière de partage du pouvoir, l?île Maurice a proposé jusqu?ici un modèle classique. On a bâti sur un modèle colonial où les possédants avaient un avantage certain. Après l?indépendance, on est parvenu à un modus operandi où le pouvoir politique et le pouvoir économique étaient supposés être soigneusement distincts. Un troc qui n?avait de sens qu?au plan symbolique. Car, en vérité, tout le monde le sait, cette ligne de partage est imaginaire. C?est lorsqu?on sort de la langue de bois qu?on arrive à tenir des discours comme l?a fait François Woo dans «Apartés» de «l?express» du 2 avril. Les vérités du marché mauricien privilégient le copinage et l?introduction de la seule «corporate governance» est loin de rétablir la balance et d?introduire les principes démocratiques dans le système économique. Dans ce contexte, il ne faut pas se voiler la face.

Le système économique reste à bien des égards un système hermétique au point de compromettre sa propre survie. Ce n?est pas parce qu?on a réussi une fois qu?on est assuré de réussir tout le temps. D?autant qu?à la ligne de départ, on jouissait d?un avantage considérable. Mais là n?est pas la question. Aujourd?hui, ceux qui tiennent à c?ur l?économie du pays savent que, sans l?apport de capitaux étrangers, le développement risque de connaître un frein. Les opposants du gouvernement ne sont pas sans le savoir. Mais ils préfèrent miser sur un thème qui leur semble être électoralement porteur comme lorsque Navin Ramgoolam déclare qu?il révoquera tous les permis IRS une fois qu?il reviendrait au pouvoir.

Un débat sain nous aurait épargné ce genre de dichotomie. Il y a des faits historiques qu?on ne changera pas. Il y a des enjeux d?avenir qu?il nous faut appréhender en restant le plus rationnel possible. Nous sommes malheureusement sortis de cette zone de la raison. Pourtant, il y a une chance à saisir. À un moment où on parle de diversification de l?économie avec des investissements massifs dans les technologies de l?information et de la communication, il aurait été approprié de créer un « level playing field » où, du petit entrepreneur au gros investisseur, les conditions seraient réunies pour donner à chacun sa chance et surtout à ceux qui ont les idées et pas les moyens. Une société qui veut passer du capitalisme oligarchique au capitalisme démocratique aurait fait ce choix.

Mais, nous sommes à Maurice où le seul terme de capitalisme fait peur. Qu?est-ce qui fait pourtant ce modèle capitaliste sinon cette obsession, dans certains cas, et cette ambition légitime, dans d?autres cas, de s?enrichir, d?avoir un meilleur niveau de vie. Or, nous préférons faire abstraction de telles réalités pour nous dire qu?il suffit de démocratiser l?économie pour résoudre tous les problèmes. Aujourd?hui, il ne s?agit pas de démocratiser l?économie. Il faut surtout ?uvrer pour un capitalisme démocratique qui intègre tout un système de surveillance et de contrôle où les intérêts de l?actionnaire motiveront toutes les initiatives.

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