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Campements : la résistance s’organise

17 juin 2006, 20:00

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La fronde des propriétaires de campements, construits sur des terrains de l’État loués à bail, s’organise. Ces derniers voient d’un très mauvais œil les nouvelles mesures de taxation énoncées par le ministre des Finances, Rama Sithanen, dans son discours budgétaire. Ils sont 1 300 propriétaires de campement à être concernés par cette disposition.

Francis Hardy, avoué, ne mâche pas ses mots. Il s’agit selon lui d’un subterfuge qu’utilise l’État pour « rattraper des contrats mal négociés ». De nombreux campements situés sur les terres de l’État, laisse-t-il entendre, sont en fait des résidences principales. « Je ne suis pas contre le principe de l’augmentation de loyer. Mais vous ne pouvez pas demander un effort financier aussi considérable à des gens qui n’ont pas les moyens.

Le gouvernement le sait très bien puisqu’il connaît les revenus de ces gens-là. Le message est clair : cassez-vous », dénonce-t-il.

Même son de cloche du côté de Seeff Properties, une agence immobilière spécialisée dans la vente et la location de résidences de luxe, où l’on souligne l’inquiétude des propriétaires. Ces derniers doutent de pouvoir réunir la somme nécessaire pour régulariser leur situation. « Je pense que personne, à ce jour, ne veut rendre son terrain, mais la difficulté financière aura peut-être le dernier mot », explique Véronique Lagesse, Sales Manager chez Seeff Properties. Et Francis Hardy d’ajouter : « Je suis pour un compromis. Augmentation du loyer, oui, mais raisonnable. Il faut écarter la prime proposée par Sithanen. »

Le nouveau régime de taxes sur les biens immobiliers, notamment sur le bail des campements se trouvant sur les terres de l’État, préconise des frais d’avance (upfront premium) variant entre Rs 2,5 millions et Rs 5 millions pour cinq ans, ainsi que des frais de location se situant dans une fourchette de Rs 125 000 à Rs 250 000. Dans la confusion entourant l’application de cette mesure et l’absence de détails, ces propriétaires se disent inquiets et manifestent leur indignation dans des cercles restreints.

Intervenant à la télé lors d’une émission spéciale mercredi soir, Rama Sithanen s’est expliqué sur la question : « L’État possède des terres dans les meilleurs sites de l’île Maurice. Il faut que nous récupérions de l’argent de ces sites pour pouvoir aider d’autres personnes. Nous sommes en train d’être juste là-dessus.

Il s’agit de terrains sur les meilleurs sites, loués à Rs 200 ou Rs 300 par an actuellement. »

La carte de la transparence</B>

Tim Taylor, CEO de Rogers, est d’avis que c’est une mesure juste : « Le gouvernement n’a pas remis en cause les droits des propriétaires. Il leur offre le choix : soit ils conservent leur terrain jusqu’à l’expiration de leur bail en sachant qu’il ne sera pas renouvelé, ou alors, ils régularisent leur situation en acceptant de se soumettre aux nouvelles conditions. »

Le renouvellement des baux, fait-il par ailleurs ressortir, a toujours été à la discrétion du gouvernement.

Jouant la carte de la transparence, Tim Taylor, explique qu’il est propriétaire d’un campement construit sur un terrain pied dans l’eau, d’un arpent, à Poste-Lafayette. Il le loue à bail depuis 1972 et affirme s’acquitter d’une location annuelle de Rs 25 000. Pour régulariser sa situation, il devra, d’après ses estimations, débourser entre Rs 3,4 millions et Rs 3,5 millions ainsi qu’un loyer annuel de Rs 150 000 à Rs 175 000. Une somme qu’il trouve « justifiée ».

Seule ombre au tableau, la possibilité de voir grimper le loyer à l’issue des trois ans que durera désormais le bail. Et le patron de Rogers d’affirmer qu’il entend bien régulariser sa situation dès que possible.

Son voisin immédiat, Arif Currimjee, président du Joint Economic Council et Managing Director de VIEO, qui fait face à une situation semblable, affirme lui aussi être disposé à régulariser sa situation. Mais tout le monde n’a pas les moyens de payer une telle somme. « C’est un patrimoine familial, c’est tout ce que nous avons. Nous ne pourrons pas débourser plusieurs millions de roupies en un tour de main », confie, pour sa part, une femme dont le terrain se trouve à quel-ques pas de la plage publique de Péreybère, l’un des plus beaux sites du pays.

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