Publicité

Campagne américaine : les coups bas pleuvent

28 août 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

George Bush et John Kerry ne se sont fait aucun cadeau depuis que la compétition a commencé entre eux, il y a cinq mois, pour l'élection présidentielle de novembre, mais l'affrontement vient de prendre, en quelques jours, une tournure particulièrement brutale. La cause de ce changement de climat est l'intervention, dans la campagne, d'un groupe d'anciens combattants qui accuse le candidat démocrate de mensonge au sujet de son service pendant la guerre du Vietnam.

Interrogé dans son ranch de Crawford, au Texas, George Bush a déclaré que son adversaire avait « servi admirablement » et il a dénoncé, de façon générale, les attaques personnelles menées, des deux côtés, par des groupes militants. Mais il n'a pas condamné spécifiquement les publicités télévisées mettant en question le passé militaire de John Kerry.

Méthodes sournoises

Les accusations de ceux qui se sont baptisés les « Patrouilleurs vétérans pour la vérité » (Swift Boats Veterans For Truth) ont été efficaces. Elles ont pratiquement annulé l'avance dont le sénateur du Massachusetts disposait, dans les sondages, depuis la convention démocrate de Boston, fin juillet. Selon un spécialiste new-yorkais, interrogé sur la chaîne d'information Fox News et qui a analysé une série d'enquêtes d'opinion menées dans plusieurs États, l'effet a été net auprès des électeurs indépendants. La proportion de ceux d'entre eux qui se disent décidés ou enclins à voter pour John Kerry aurait diminué, en moyenne, d'un tiers.

Que disent les adversaires du sénateur ? Qu'il a exagéré la gravité des situations dans lesquelles il s'est trouvé, au Vietnam, en 1968 et 1969 ; qu'il a été décoré pour des actes de bravoure douteux ou médiocres ; qu'il a abattu dans le dos un ennemi très jeune et blessé ; qu'il a passé très peu de temps, au total, dans des zones de combat ; enfin, qu'il a calomnié les soldats américains ayant participé à cette guerre en les accusant, en 1971, lors de sa célèbre audition au Sénat, d'avoir commis des crimes.

Les anciens combattants qui se sont réunis pour attaquer John Kerry n'ont pas produit de preuve de leurs affirmations. Celles-ci ont été contredites, non seulement par des camarades de combat qui ont pris parti pour le sénateur, mais aussi par d'autres, qui ne se sont pas engagés publiquement ou qui ne l'avaient pas fait jusqu'à maintenant. Les démocrates peinent, néanmoins, à remonter le courant.

Une polémique virulente

La campagne Kerry a reproché au président d'avoir manqué l'occasion de faire preuve de probité en demandant clairement aux « Patrouilleurs vétérans » de cesser de diffuser leurs publicités. John Edwards, le candidat démocrate à la vice-présidence, a déclaré que George Bush doit « assumer sa responsabilité », sachant que la campagne de ces anciens combattants est « financée par ses partisans » - le millionnaire texan Bob Perry - et qu'un des « officiels de sa campagne » s'exprime dans une des vidéos. Il s'agit d'un militant dont l'équipe Bush a assuré qu'il avait été déchargé de ses responsabilités.

La riposte démocrate parie sur l'idée que les électeurs n'aiment pas les publicités négatives, ni les coups tordus. Un spot diffusé au nom du sénateur du Massachusetts reproduit un extrait d'un débat de 2000 entre George Bush et son rival républicain, John McCain, ce dernier lui reprochant les calomnies diffusées par des groupes prétendument indépendants. Le président est accusé, ainsi, d'employer de nouveau les mêmes méthodes, sournoises et exploitant les failles de la législation sur le financement des campagnes.

Cependant, George Bush a répondu en invitant John Kerry à dénoncer, avec lui, tous les groupes qui se situent hors des campagnes officielles et qui pratiquent les attaques personnelles. Il a dénoncé les « milliardaires qui signent des chèques » avec lesquels ces organisations achètent des temps d'antenne et des pages de journaux. Il faisait allusion à des financiers comme George Soros et à des groupes comme MoveOn. org, qui dépensent des millions de dollars hors de tout contrôle, dès lors qu'ils attaquent le candidat républicain, mais n'appellent pas à voter pour le candidat démocrate.

« J'ai demandé au sénateur Kerry de se joindre à moi pour en finir avec ce genre de financement », a dit M. Bush.

La virulence de la polémique autour de faits datant de 35 ans s'explique, d'abord, par le fait que John Kerry met en avant ses états de service depuis son entrée en campagne, il y a presque deux ans. Il le fait pour démontrer qu'un démocrate peut être aussi patriote qu'un républicain et aussi déterminé à assurer la sécurité des Américains. Il cherche, aussi, à profiter du fait que George Bush, lui, a fait en sorte d'échapper à la conscription en s'engageant dans la garde nationale du Texas.

L'action des anciens combattants anti-Kerry, dans laquelle les observateurs politiques décèlent la patte de Karl Rove, conseiller politique du président, est venue à point nommé pour miner l'un des principaux points forts de John Kerry.

Mais les critiques adressées au sénateur pour son action contre la guerre, après son retour du Vietnam, montrent que la plaie provoquée par cette guerre dans la société américaine peut toujours se rouvrir.

@ 2 004 Le Monde ?

Patrick Jarreau

Distribué par The New York

Times Syndicate

Publicité