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Café, cerf, ?tilapia? au menu 1982 de Bel Ombre
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Café, cerf, ?tilapia? au menu 1982 de Bel Ombre
L?établissement sucrier de Bel-Ombre (abritant, depuis, une zone touristique fort appréciée, n?en déplaise à quelques pêcheurs et politiciens grincheux, devenus depuis députés plus silencieux, sinon moins amers) est, à la fin de 1981, une ruche débordante d?idées et d?initiatives, les unes plus ambitieuses que les autres. Mais dans ce pays d?apathie et de ronronnement routinier, il faut davantage que l?esprit d?avant-garde et de pionnier pour assurer la réussite de véritables révolutions de mentalité et de comportement.
Il ne s?agit donc pas de canne à sucre, une culture n?ayant plus de secrets pour aucun agro-technicien local digne de ce nom. Bel Ombre S.E. voit plus loin, même si pour le faire, cette propriété sucrière puise parfois dans les racines centenaires de son patrimoine agricole.
Entamons ce menu 1981 de Bel Ombre avec un hors-d??uvre au tilapia. En 1982, cette propriété sucrière entend mettre à exécution un programme d?élevage et de production concernant ce poisson pour la consommation locale. Ce méprisé de nos rivières peut devenir, en effet, une des chairs les plus appréciées des Mauriciens, pense-t-on.
Une tournée d?information de Jean Alain Lalouette et de Pierre Rouillard, en 1980, à la Baobab Farm de Mombassa, Kenya, est à la base du projet. Les Kenyans apprécient énormément ce poisson, élevé selon une méthode mise au point par l?université de Sterling, en Ecosse. La courbe de croissance du tilapia est particulièrement intéressante. La FAO y voit une précieuse source de protéines, pour un coût relativement modique.
Pour Arthur Lagesse, administrateur de Bel Ombre S.E, il est indispensable de maîtriser la technologie nécessaire. Il faut surtout empêcher le tilapia de croiser si l?on veut qu?il croisse et pas seulement en sagesse. L?approvisionnement en eau de qualité est indispensable au succès de l?entreprise. Le choix peut se faire entre le pompage de l?eau souterraine ou celui de l?eau de mer.
Bel Ombre vise une production de tilapias de 250 grammes pour les hôtels (un poisson dans l?assiette) et un poisson de deux kilos pour les familles mauriciennes. On aimerait bien recevoir, de temps en temps, de bonnes nouvelles du tilapia de Bel Ombre.
Après le tilapia, place au plat de résistance à la chair de cerf, comme il se doit. Bel Ombre entend passer de la chasse, à courre ou presque, à l?élevage en feedlots. Elle crée à, cet effet, la Deer Farming Co Ltd qu?elle confie, bien sûr, à Jean Alain Lalouette. Elle estime que, vers 1985-86, elle pourra mettre, sur le marché, quelque 21 tonnes de viande, provenant des carcasses de 700 cerfs abattus annuellement, selon les normes sanitaires en vigueur. Mais cette propriété sucrière prévient : les Mauriciens ne connaissent pas assez le cerf. Ils doivent étudier ses m?urs de façon plus approfondie s?ils veulent que cet élevage soit une réussite agro-industrielle.Ce projet date de 1976. Deux ans plus tard, la Société des Chasseurs (me tenant, toujours en point de mire) sollicite l?avis d?un expert néo-zélandais, le Dr Drew. Un deuxième feedlot de 125 cerfs est créé. En 1980, leur nombre passe à 200 pour atteindre 375 en décembre 1981. Ils sont répartis sur 34 arpents à Case Noyale. Cette superficie augmentera graduellement pour atteindre 85 arpents.
Jean Alain Lalouette insiste sur la création d?une cellule de recherches. Faire passer un troupeau d?un paddock à un autre est tout un art. Son entreprise adhère à la Deer Farmers Association de Nouvelle-Zélande afin de bénéficier de ses recherches et de son expérience. Encore faut-il adapter les recommandations néo-zélandaises au climat mauricien pour obtenir des résultats satisfaisants.
La production de maïs est en plein essor et offre des garanties alimentaires prometteuses. Les nouvelles sont également bonnes du côté de la parasitologie. Les analyses de spécimens de crottin et de sang ne révèlent heureusement aucune trace de parasites menaçants. Autre source de satisfaction : le poids des faons de trois jours passe d?une moyenne de 3,5 kilos à 5,5 kilos entre 1977 et 1981.
On peut prétendre à une démocratisation plus marquée de la viande de cerf. N?oublions surtout pas son potentiel touristique. Nos biches attendrissent davantage nos visiteurs que nos vaches. Nos taureaux ne dégageront jamais la morgue virile de nos grands cerfs.
Le café figure plus que jamais au menu des projets de Bel Ombre S.E. pour 1982 et années suivantes. On a toujours planté du café à Chamarel où, dit-on, la canne à sucre ne pousse pas là où croît le caféier. Les variétés séculaires sont l?excelsia et le libereca, connues pour leur résistance aux cyclones. A la suite de la venue d?un expert, M. du Chatler, vers 1966, la production du café connaît un nouvel essor. Il trouve la région propice à cette culture. Bel Ombre y introduit la rabeka, une variété de premier grade mais moins résistante aux cyclones. En 1968-69, on plante cette variété sur une quarantaine d?arpents. Après les dégâts causés par Gervaise, en février 1975, cette superficie est réduite à 25 arpents. Depuis Bel Ombre s?efforce de propager la variété naine, catura, originaire du Zimbabwe. Elle résiste mieux aux cyclones et sa productivité précoce, à partir de 18 mois, est appréciée.
En 1981, Bel Ombre produit en moyenne 60 tonnes annuelles de cerises, lui fournissant environ 12 tonnes de café grillé, destiné à la consommation locale. Les baies sont mises à fermenter pendant une quinzaine de jours, avant d?être mises à sécher au soleil. Elles vieillissent pendant six mois avant d?être grillées, moulues, mises en sachet et en tasse. Le reste est affaire de saveur.
Tilapia, cerf, café... joli tableau de chasse. Bel Ombre doit à présent viser le pousse-café et les liqueurs.
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