Publicité
Cadenasser la presse
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
On oublie trop souvent de rappeler que lorsque la presse est bâillonnée, il n?y a pas que les journalistes qui sont concernés. C?est l?ensemble de la population qui en pâtit. Si les médias finissent par être contrôlés par le pouvoir c?est le droit à l?information qui sera piétiné, ce sont les libertés fondamentales des citoyens qui seront foulées aux pieds. La population doit prendre conscience des risques qui existent pour elle quand la liberté de la presse est menacée. Elle aura tort d?attendre que la machine répressive s?emballe avant de réagir face aux menaces existantes contre la presse.
La logique de la répression est déjà à l??uvre. Vendredi, le bruit des sabots des officiers de la Central CID dans la salle de rédaction de Radio One a constitué un réveil brutal pour ceux qui sont restés insensibles aux différentes sonnettes d?alarme tirées dès 2005. Beaucoup n?ont pas cru ou n?ont pas voulu croire au danger lorsque le gouvernement avait évoqué une Media Commission dans le but de domestiquer la presse. Puis le Premier ministre a annoncé son intention de «strengthen existing provisions» pour sanctionner ce qu?il appelle «defamatory, if not untrue, allegations». Ensuite, il y a eu l?arrestation de trois journalistes, dont le rédacteur en chef de l?hebdomadaire Week-end, Gérard Cateaux. Ils sont inculpés de publication de fausses nouvelles et de diffamation. Tout cela a précédé le coup de force de la bande d?enquêteurs qui a fait irruption dans les locaux de Radio One pour interroger nos deux cons?urs, Karishma Beeharee et Humaira Ali.
L?événement de vendredi est significatif car il révèle clairement les intentions du gouvernement. Il s?agit d?une intimidation d?Etat. La man?uvre vise à instiller la peur parmi ceux qui ont pour vocation d?informer la population. L?action intimidante de l?Etat a été imaginée sans doute par un conseiller un peu fourbe du Premier ministre. Il pense pouvoir transformer les journalistes en parfaits soumis et la presse indépendante en clone de la MBC en se dandinant avec son épée de Damoclès.
Ce n?est pas nécessaire de retourner sur les circonstances ubuesques qui ont conduit à l?interpellation des deux journalistes de Radio One. L?opinion publique a compris que les autorités ont pris un bazooka pour tuer un moustique. Tous savent que si un journaliste a commis une erreur de bonne foi, qu?il l?a corrigée promptement et a présenté des excuses aux personnes lésées, la page doit être tournée. Si les autorités ont néanmoins estimé qu?il fallait déployer les grands moyens après «l?erreur» alléguée, c?est qu?ils ont un agenda caché.
A Maurice, la presse est déjà bâillonnée par des lois rigoureuses, même si nous avons la chance d?avoir un judiciaire éclairé qui donne généralement une interprétation progressiste de ces lois. Ce bâillon ne suffit pas aux yeux des dirigeants. Ils veulent également un cadenas.
Publicité
Publicité
Les plus récents