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Bérenger contre-attaque

15 avril 2006, 00:00

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par Nazim ESOOF

L?homme est-il fatigué ? Prépare-t-il sa sortie ou un autre coup politique comme il les affectionne ? Paul Bérenger, semeur de vent ou stratège politique ? Les questions fusent sur la dernière bête politique encore en action de l?ère Sir Seewoosagur Ramgoolam. De loin ou de près, il donne l?impression d?avoir un pied toujours dans l?arène politique alors que l?autre le mène vers la postérité.

Les signes ne trompent pas. Le voilà à sa conférence de presse hebdomadaire, comme à l?époque pas si lointaine où il était PM, distribuant des bons et mauvais points. Il salue le dégel entre Navin Ramgoolam et Sir Anerood Jugnauth. Au Parlement, il ne se prive pas de souligner la performance de l?un ou l?autre membre de la majorité qui aurait bien traité un dossier. On le sent encore drapé de son manteau de Premier ministre, prenant de la hauteur par rapport aux événements.

Puis, une fois jeté dans l?arène, il se transforme. Le voilà qui encense Ashock Jugnauth. Qui prend pour cible Pravind Jugnauth. Qui tente de bousculer Navin Ramgoolam. C?est de nouveau la bête politique qu?on retrouve. Avec ses forces et ses faiblesses, il continue à faire de la politique comme il sait le faire. Soit en essayant de composer avec une réalité socio-électorale qu?il ne maîtrise pas suffisamment à son goût.

Incohérent le personnage ? Pas si sûr. Il redécouvre, dans la lutte fatricide qui l?oppose à Pravind Jugnauth, le goût de la realpolitik. Le «meurtre» politique du leader du MSM s?accompagne de «l?accouchement» d?un autre leader qui pourrait porter son parti. En fin de compte, à ce chapitre, il est surtout question de la survie du MMM. Après avoir fait d?énormes concessions à Pravind Jugnauth lors des négociations menant à la distribution des tickets aux dernières législatives, Paul Bérenger cherche quelque part à prendre sa revanche. S?il veut aussi jouer la carte d?Ashock Jugnauth, c?est qu?il est convaincu que ce dernier représente une meilleure alternative que Pravind Jugnauth. Mais son principal défi demeure son parti. Il ne peut pas l?abandonner. Il lui est viscéralement attaché même s?il n?en a plus autant besoin. Un parti et son organisation portent un homme au pouvoir. A quoi peut s?attendre aujourd?hui Paul Bérenger ? Il a déjà connu tous les échecs et toutes les réussites imaginables en politique. Pourquoi donc se livrer à de nouvelles ruades? Sinon pour sauver son parti du sort que le PMSD a connu après la disparition de Sir Gaëtan Duval. Sur le plan institutionnel, il peut toujours espérer un nouveau rôle de composition. D?où la formule de superministère.

Reste une autre hypothèse, voire une ultime ambition, qui est celle de travailler pour son pays. Il ne peut plus le faire en tant que PM. Les Mauriciens lui ont démontré qu?ils préfèrent les symboles à la réalité des choses. Alors il nous sort un autre symbole, Ashock Jugnauth. Comme l?homme n?a jamais appris à se réinventer, comme il n?est pas du genre à se réécrire en fonction des critiques et parce qu?au fond il préfère sa simplicité, voire sa rusticité, aux analyses qu?il juge pédantes et caractéristiques de ceux qui aiment gloser, théoriser et éditorialiser, il poursuit l?aventure en ne prenant aucun risque. A ce jeu, il sait au moins qu?il ne peut pas perdre.

Il ne s?aime pas assez pour se la jouer glamour. Il ne se prend au sérieux que pour remplir ses fonctions. En politique, il n?est que l?épigone d?une race d?hommes convaincus qu?il faut dissimuler sa candeur pour réussir. Ange pour les uns, démon pour les autres, il s?efforce d?assumer son destin d?homme. Ce qui n?est pas toujours évident. Quand on ne cherche que le respect et qu?on se retrouve avec de l?admiration ou de la haine, on finit par s?emmurer dans l?indifférence. Voilà donc un homme qui croyait avoir déjà écrit son destin jusqu?au moment où ce destin le rattrape pour de nouvelles aventures. Quand à un peu plus de 60 ans et que, dépendant des gens on est soit trop vieux, soit encore jeune pour la politique, c?est qu?on est quelque part parmi les inclassables.

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