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Bush en Afrique : la stratégie derrière l?humanitaire?
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Bush en Afrique : la stratégie derrière l?humanitaire?
Derrière son paravent humanitaire, la tournée de George Bush en Afrique servira avant tout à défendre les intérêts stratégiques et militaires de Washington et à combattre l?influence de la Chine, estiment les spécialistes du continent.
Bush, qui a entamé une tournée dans cinq pays par une brève escale au Bénin avant-hier, est arrivé en Tanzanie hier. Puis, il se rendra au Ghana, au Liberia et au Rwanda. Il consacrera la plus longue étape de son voyage à la Tanzanie, dont le président Jakaya Kikwete est considéré par Washington comme un modèle de dirigeant progressiste africain.
Il a signé un accord sur le versement de 698 millions de dollars pour financer des infrastructures dans le cadre du Millennium Challenge Corp, une initiative qui permet de fournir des fonds aux pays qui adhèrent aux principes démocratiques et s?engagent à assainir leurs finances publiques. Kikwete vient de nommer un nouveau gouvernement après la démission du Premier ministre Edward Lowassa, visé par l?ouverture d?une enquête sur un contrat suspect. Mais Washington y voit la confirmation que le chef de l?Etat est engagé dans la lutte contre la corruption.
Les efforts de Bush pour revendiquer des succès en Afrique dans les derniers mois de sa présidence se heurtent cependant au scepticisme de l?opinion concernant les intentions de Washington ou, comme ailleurs, à l?hostilité que provoque sa politique étrangère, à commencer par la guerre d?Irak.
Quelque 2 000 musulmans ont défilé dans le calme vendredi à Dar es Salaam pour dénoncer Bush et sa guerre autoproclamée contre le terrorisme. «Bush sera ici pour son propre bénéfice, pas parce qu?il se soucie du peuple de ce pays», a affirmé l?un des organisateurs du défilé, cheikh Moussa Kundecha.
Emmanuel Dickson, un étudiant, a ajouté : «L?Amérique et Bush ont une seule politique, s?occuper de leurs propres intérêts. S?il nous donne de l?argent pour la santé et les infrastructures (...), que veut-il en échange ? Il veut déployer des forces en Afrique et empêcher les Chinois de renforcer leur influence. Pékin est aujourd?hui le troisième partenaire commercial du continent, derrière l?Union européenne et les Etats-Unis.
Des experts soulignent que Washington s?est aliéné des puissances régionales comme l?Afrique du Sud par une politique confuse. Ils prennent pour exemple le dossier de l?AFRICOM (Commandement africain). Les Etats-Unis ont voulu implanter sur le continent noir le siège de cette structure approuvée il y a un an par Bush, qui offre à la fois une formation aux armées africaines et des activités humanitaires. Mais les Africains s?y sont opposés.
L?AFRICOM n?a fait qu?alimenter un mécontentement déjà fort dû aux choix de Washington dans sa lutte contre l?islamisme armé lancée après les attentats du 11 septembre 2001.
<I>«L?Amerique et Bush ont une seule politique, s?occuper de leurs propres interêts. S?il nous donne de l?argent (?) que veut-il en échange ?»</I>
Le soutien, par exemple, à l?intervention des troupes éthiopiennes en Somalie pour appuyer le gouvernement intérimaire contre les tribunaux islamiques et la remise à l?Ethiopie de suspects musulmans, y compris des ressortissants kényans, a provoqué une vaste réprobation.
La politique américaine, écrit Patrick Smith de la lettre Africa Confidential, «semble naviguer à vue».
«Quel est le fondement de cette politique ? Est-ce un lien sécuritaire basé sur la militarisation ou une politique beaucoup plus orientée vers le développement ?»
«Il y a le sentiment que l?Afrique a hérité des restes de la guerre contre le terrorisme et que cela a été très mal géré, ce qui a pour le moins diminué la réputation des Etats-Unis dans la région sans grand bénéfice en termes d?impact militaire.»
Un autre sentiment répandu est que Bush s?efforce de freiner l?influence de l?Asie, et de la Chine en particulier, et que Washington est avant tout intéressé par les ressources pétrolières dans le golfe de Guinée, qui doivent fournir le quart des besoins américains d?ici 2015.
«Ce qui prédomine dans l?esprit de Bush, c?est la Chine», estime un étudiant ougandais, Joseph Mwaka. «La Chine préoccupe les Etats-Unis en prenant des marchés et en signant des contrats de partenariat commercial (...). Les pays africains n?auront plus besoin de l?aide américaine pour survivre.»
© Le Monde 2008 Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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