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Bruit de bottes aux Comores

14 février 2008, 00:00

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Bruit de bottes aux Comores

Les applaudissements et les cris d?«Allah Akbar» qui accompagnent l?acheminement des troupes de soldats et du matériel militaire démontrent que le choix de l?option armée pour rétablir l?ordre a Anjouan reçoit une large adhésion de la population comorienne, fatiguée de voir leur pays souffrir de tentatives séparatistes.

Après les multiples pressions de l?Union africaine et de l?Organisation internationale de la francophonie, c?est au tour de l?Afrique du Sud, des Etats-Unis et de la France (qui contrôle déjà Mayotte) de venir proposer leurs bons offices pour éviter à ce petit pays de quelque 600 000 âmes les affres de la violence.

Le président de l?Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi, aurait donné une dernière chance à l?initiative internationale pour amener le colonel Mohamed Bacar, à la tête de l?exécutif de l?île d?Anjouan, à se conformer aux exigences de la communauté internationale, à savoir le déploiement immédiat à Anjouan de l?armée nationale comorienne et l?organisation d?une nouvelle élection présidentielle libre et démocratique à Anjouan. Ce que Mohamed Bacar refuse de faire. Depuis 2002 en effet, il ne cesse de multiplier les menaces séparatistes à l?égard des autorités de l?Union des Comores.

La reconduction du président de l?Union des Comores en 2006 et celui des chefs des exécutifs des trois îles, en juin 2007, devait normalement consacrer définitivement la normalisation des institutions comoriennes.

Toutefois, le cafouillage orchestré par les hommes du Colonel Mohamed Bacar a conduit au report des élections à Anjouan. Défiant le gouvernement central et l?Union africaine, en charge de l?organisation du scrutin, l?homme fort de l?île s?est présenté tout seul aux urnes et s?est autoproclamé vainqueur.

Depuis, toutes les pressions de la communauté internationale pour organiser de nouvelles élections libres ont échoué, ce qui a conduit l?Union africaine à prendre des sanctions individuelles contre les principaux responsables de la junte. Ayant compris que l?Union africaine ne prendrait aucune mesure en dehors des pressions diplomatiques pour restaurer l?autorité de l?Etat sur l?île rebelle, le Président de l?Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi a exprimé sa détermination à mettre fin à cette crise en employant la manière forte.

Depuis, dans les administrations, les places publiques, les médias et même dans les familles, que ce soit à Ngazidja ou à Anjouan, le seul sujet de conversation est le «débarquement militaire».

Par ailleurs, le 14 janvier dernier, ils étaient un millier de personnes rassemblées place de l?indépendance pour soutenir l?idée d?un débarquement militaire afin de libérer Anjouan. «Nous sommes réunis sur cette place parce que nous sommes convaincus que la communauté internationale va continuer à tergiverser alors que notre pays se désagrège depuis dix ans. Nous soutenons notre armée dans sa décision de mettre fin, une fois pour toutes, à la prise en otage d?une partie de notre pays», s?est exclamé un des orateurs sous les applaudissements.

Souffrances humaines et dégâts matériels</B>

Jamais un sujet aussi délicat que le choix des armes pour résoudre un problème politique, ne s?était autant banalisé. Ceux qui connaissent les Comores, le calme et la sympathie de ses habitants, ne manqueront pas de s?étonner de la fièvre qui règne à Moroni et à Mutsamudu ces dernières semaines.

Toihir, un ancien ministre, estime que par ces cris de guerre, le président Sambi veut pousser l?opinion internationale à accélérer la recherche d?une solution rapide. Et au ministre d?ajouter : «S?il n?y a pas de solution, il devra effectivement intervenir militairement.»

Les opposants à la guerre ont bien essayé de montrer les conséquences d?une entreprise par essence faite d?incertitudes, de souffrances humaines et de dégâts matériels pour un pays pauvre et faiblement peuplé. De plus, certains émettent des doutes quant à la volonté et à la performance d?une armée qui a toujours déposé les armes lors des coups d?Etat de Bob Denard.

Conscient de ce fait, le chef d?état-major disait devant ses hommes : «Il s?agit d?une intervention à l?intérieur de nos frontières, nous n?allons pas faire une guerre mais une opération de rétablissement de l?ordre».

Lors du sommet de l?Union africaine qui s?est déroulé le 31 janvier dernier, le président Sambi a annoncé à ses pairs l?imminence de l?intervention de son armée. Et depuis, les Comoriens vivent avec le bruit des bottes. L?avenir s?annonce périlleux.

<B>A. Mohamed </B> <I>(des Comores)</I>

<B>Saandi Assoumani : «La population prise en otage»</B>

Ministre depuis une semaine, Saandi Assoumani, de l?île de Ngazidja, est bien conscient que les Comoriens vivent un moment décisif. Né à Nyoumalima il y 40 ans, le jeune ministre connaît bien Maurice pour y avoir décroché son diplôme en entrepreneuriat. Il s?exprime sur la crise que traverse son pays et plaide pour la coopération régionale.

■ <B> Quelle est votre analyse de la situation et quel est le moral de la population ? </B>

L?archipel des Comores est encore une fois à un tournant de son histoire. Si le président Sambi arrive à obtenir le départ du colonel Bacar par la pression de la communauté internationale ou par l?intervention militaire, il nous aura fourni une occasion en or de nous interroger sur la viabilité de nos institutions sans la pression des séparatistes.

Je trouve un peu maladroit qu?il n?ait pas impliqué suffisamment la classe politique dans la gestion de cette crise, notamment dans cette phase décisive. Néanmoins, en tant que garant de l?intégrité territoriale et de l?Unité nationale, Sambi a toutes les prérogatives pour rétablir l?autorité de l?Etat par tous les moyens et créer les conditions pour que le pays puisse repartir sur de nouvelles bases.

Par rapport au moral de la population, elle est globalement favorable à l?usage de la force pour rétablir l?ordre à Anjouan. Je pense que le peuple dans sa majorité en a assez d?être pris en otage, une situation qui dure depuis dix ans déjà. Toutefois, il faut reconnaître en même temps que ce peuple exprime ses sentiments primaires et manque de discernement sur les risques inhérents d? une opération militaire sur les plans humain, matériel et financier.

■ <B>Quel devrait être le rôle des pays de la région ? </B>

Les pays de la région doivent rester aux côtés des Comores comme ils l?on fait jusqu?ici. Cependant, il est regrettable que nos voisins immédiats considèrent la crise comorienne comme un litige entre Anjouan et les autres îles. En fait il s?agit d?une tentative de dissidence d?une partie du territoire contre l?Etat. Après 10 ans de désillusion, la situation a évolué ; aujourd?hui c?est une bande de personnes qui se rebelle contre l?autorité de l?Etat et pour ce faire, elle a pris en otage une partie de la population vivant dans l?île. Nous suggérons donc que ceux qui viennent nous aider prennent en compte cette primauté de l?Etat sur les entités qui le composent.

■ <B>Comment assurer une paix durable à l?ensemble des Comores ? </B>

Dans la situation économique désastreuse des Comores, chacun pense que c?est l?autre qui est la cause de sa misère. Donc pour asseoir une paix durable, il faut engager le pays dans la voie de l?espoir. Je dis bien l?espoir, car le développement ne se fera pas du jour au lendemain. Par ailleurs, dans toute organisation, s?il y a des groupes de personnes lésées, c?est une source de déstabilisation permanente. Il faudra alors veiller à la rationalité et à l?équité pour qu?aucune catégorie sociale ne se sente mise à l?écart. Enfin, nous avons la chance de pouvoir nous intégrer dans un espace économique régional très dynamique et de pouvoir tirer parti de l?expérience et de l?expertise de nos îles s?urs pour décoller.

A.M.</B>

Faible utilisation des fonds</B>

Deux ans après la Conférence des amis des Comores de décembre 2005 à Maurice, le gouvernement comorien et ses principaux partenaires font le point sur la mobilisation des fonds. A l?initiative de la délégation de la Commission européenne, les services de l?Ordonnateur National du Fonds européen de développement (FED) et le Commissariat général au plan analysent la mise en ?uvre des engagements pris. Il s?avère que deux ans après, le total des fonds mobilisés sont évalués à 176 millions de dollars US. Selon les informations recueillies par le Commissariat général au plan, les paiements effectués sont évalués à 54,1 millions de dollars US, soit 30,7 % des fonds mobilisés. Dans son rapport présenté à l?ouverture de la réunion, Mme Alfeine Sitti Soifiat, Commissaire générale au Plan, a déclaré que cette faible mobilisation des ressources est dans une large mesure imputable au manque de performance de l?administration comorienne. Admettant le haut niveau de formation des cadres nationaux et leur compétence dans leur domaine respectif, elle a stigmatisé l?inadéquation des profils aux postes, la valse incessante des affectations, le plus souvent pour des raisons politiques. La coordination, fortement nécessaire, entre les bailleurs intervenant aux Comores a fait l?objet de l?intervention de Mme Claudia Wiedey, chef de délégation de la Commission européenne et de Mme Audrey Robson, chargée de mission de la Commission à Moroni.

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