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Brouillon ?

30 septembre 2007, 00:00

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J?ai toujours pensé que l?on devrait avoir deux vies : un brouillon de vie, (comme nous faisions nos rédactions de cours moyen à l?école), suivi d?une vie au net, une mise « au propre », comme nous disions. Bien sûr, ce n?est là qu?une fable, un rêve imaginaire. Pour ceux qui espèrent en un au-delà de l?existence d?ici-bas, ce brouillon, cette esquisse, c?est le cours du temps qu?il nous est donné de passer sur cette terre. La vraie vie, la réussite de notre moi profond, nous l?obtiendrons parvenus au seuil du royaume des morts. C?est aussi la croyance en la réincarnation, la transmigration des âmes sous d?autres formes visibles. Mais de ces « brouillons » successifs, quel sera le plus digne de notre nature humaine ? C?est remettre la question à plus tard. Toutes ces hypothèses restent d?ailleurs à prouver...

Les Evangiles chrétiens traitent abondamment de la « résurrection ». Faut-il prendre le mot au pied de la lettre ? Il ne me semble pas. D?ailleurs où caserait-on ces milliards d?individus ? Il s?agirait plutôt, comme le suggère Jean Guitton, (« Les pouvoirs mystérieux de la foi ») d?une « réédification » de l?être entier, l?esprit, le mental étant totalement réconcilié avec le biologique, dans un lieu virtuel, en quelque sorte. Le brouillon de notre vie terrestre serait ainsi fondu dans le grand Tout cosmique, le « pneuma » - (en grec, « penuma » équivaut au « spiritus » latin : le souffle, l?esprit). Pour les agnostiques qui doutent, sans certitude de rien, le but est de mener le quotidien de leur brouillon sans trop de ratures. À un journaliste qui lui demandait : Avez-vous la foi ? Raymond Queneau répondit : La question n?est pas de croire, mais de savoir. Or, nous ne savons rien. « Croire », c?est le pari de Pascal. La foi permet de vivre dans une relative quiétude de l?esprit. Mais de certitude, point. Seule vérité indiscutable, la mort. Ne pas « penser à la mort », ce n?est pas l?éliminer. Mieux vaut peut-être s?y préparer, conseillent les sages.

L?histoire d?une vie reproposant rarement des secondes chances, mieux vaut également ne pas rater celles qui se présentent. Malheur aux hésitants, aux pusillanimes qui craignent de s?engager, attendant une meilleure occasion. Exemple historique : en juin 1940, après l?invasion de la France, (et de l?Europe) par les troupes hitlériennes, un De Gaulle aurait pu, comme beaucoup d?autres, s?exiler en Espagne, en Amérique du Sud, aux Etats-Unis, espérant une conjoncture plus favorable... Or, sans hésiter, seul, condamné par le régime de Vichy, il part à Londres, avec cet espoir fou et une volonté peu commune : se faire admettre comme celui qui continuera le combat, que le monde juge perdu. Réorganiser une armée et, dans la patrie occupée, convaincre qu?une Résistance est possible... On connaît la suite. Le pari ! Celui-là n?était pas gagné d?avance.

Pour le simple individu que nous sommes, évoquer un brouillon à l?existence ne peut être qu?un fantasme, un retour à la « case départ ». Ah ! si la vie était un Jeu de l?Oie...

On pourrait, grâce au hasard de points gagnés aux dés, se sortir des embûches de la route : les puits, la prison, la marche arrière... Dans la réalité, ces embûches peuvent se révéler fatales.

Pourtant, cette idée de permanence de la vie, (dans l?impermanence du monde) continuée après la mort est commune à beaucoup de cultures : celtique (en Irlande), indienne, bouddhique (le Samsara, la roue du temps), tibétaine (le livre des Morts ou « Bardo Thodol » - bardo signifiant « intervalle », celui qui nous fait passer de l?agonie, puis de la mort à un état de renaissance, en fonction de nos mérites). En fait, ce symbolisme définit surtout la permanence de ce désir indestructible : être après avoir été.

La conclusion de cette réflexion est qu?il faut savoir vivre, avant de devoir mourir. Des erreurs, des choix douteux, des coups du sort, nous en faisons, nous en subissons tous. Nul n?est à l?abri des risques de vivre. Encore faut-il les identifier ? être « attentifs » - les éviter si l?on peut. C?est ce à quoi sert la liberté réfléchie : mener sa vie avec bienveillance... Ce n?est déjà pas une mince affaire. Notre marge de décision est restreinte à nos choix volontaires. Tant que le destin ne choisit pas pour nous. Nous n?aurons jamais l?éventualité d?un « brouillon ». À nous de produire un premier jet intéressant. Avant qu?il ne soit trop tard comme disait Pierre Dac, ce philosophe de la gaîté absurde : « La mort ? Un manque de savoir-vivre. »

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