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Bras de fer en haute mer

21 novembre 2007, 00:00

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Le chairperson de l?Assemblée régionale, Joseph Chenlye Lamvohee, a fait l?acquisition du Scumbrianae, un bateau de pêche en fibre de verre vieux de 20 ans. Après avoir remis en état le moteur et entrepris quelques travaux de réparation, il a invité, un samedi après-midi, le Chef commissaire, Johnson Roussety, et trois autres amis, le skipper Joseph Marcelin César, Stervino Fatchen et Wendy Grandcourt, à une partie de pêche sportive en haute mer.

Le Scumbrianae fait partie des cinq bateaux de pêche au gros prêtés autrefois à la communauté des pêcheurs rodriguais pour des campagnes de pêche hors lagon. «Le bateau était laissé à l?abandon. Je l?ai acheté il y a un mois et demi pour m?adonner à la pêche sportive. Mon papa était pêcheur et je l?accompagnais en mer à l?âge de six ans», confie Joseph Chenlye Lamvohee, 40 ans, qui fait les dernières vérifications au moteur avant le départ.

Comme lui, Johnson Roussety partage depuis l?enfance la même passion dévorante pour la pêche en haute mer. «Je vais investir dans l?achat de mon propre bateau de pêche. La mer, c?est mon passe-temps», révèle le Chef commissaire, de huit ans plus jeune que le chairperson.

La pêche en haute mer ne laisse pas de place à l?amateurisme. Le seul maître à bord pour cette sortie périlleuse est le skipper Joseph Marcelin César. Sa présence est rassurante parce qu?il compte une quinzaine d?années d?expérience dans le domaine de la pêche au gros. Il a aussi à son actif la capture d?un marlin de 680 livres.

13 h 45. Les derniers préparatifs avant le départ de Port-Mathurin vont bon train. Le Chef commissaire arrive avec les équipements de pêche, quatre cannes dotées de moulinets et de lignes de 50 livres et de 130 livres, des gilets de sauvetage, des bidons de mazout et des bouteilles d?eau. Il traverse un pont de bateaux avant d?embarquer sur le Scumbrianae.

Une fois le réglage du moteur complété, le réservoir est rempli de mazout. «Ce bateau peut passer deux à trois jours en mer. Nous allons nous déplacer à une vitesse moyenne de huit n?uds, ce qui est approprié pour la pêche sportive. Notre destination est à huit mille nautiques (environ 17 kilomètres). Il nous faut au moins deux heures pour y arriver», explique Joseph Marcelin César.

14 heures 30. Les amarres sont larguées et le bateau s?éloigne graduellement de la zone portuaire. Exceptée une fine pluie, les conditions climatiques s?annoncent bonnes pour la journée. On a même l?impression que le bateau glisse sur le lagon. A l?aide d?un seau de peinture en plastique vide attaché à une corde, Wendy Grandcourt lave à l?eau de mer le mazout qui est tombé pendant le remplissage du carburant.

Les membres d?équipage se relaient à la barre. Ils se mettent tour à tour dans la peau du skipper, du mécano ou du marin- pêcheur. Une demi-heure plus tard, les man?uvres difficiles commencent. Des vagues de trois mètres de haut font tanguer le bateau.

Johnson Roussety et Joseph Chenlye Lamvohee n?ont pas peur d?affronter une mer démontée. Ce sont bien des hommes de mer, ils ont tantôt les yeux rivés sur l?océan pour voir si un gros poisson mord à l?hameçon et tantôt se déplacent d?un bout à l?autre de l?embarcation sans perdre l?équilibre malgré le roulis. Chenlye Lamvohee s?aventure même sur le pont alors que, par moments, on a l?impression que le bateau pique du nez et s?enfonce au creux des vagues.

<B>Une dorade de 15 kilos</B>

16 heures. Branle-bas à bord. Joseph Chenlye Lamvohee vient de ferrer une dorade avec des reflets bleus et or pesant une dizaine de kilos. Il doit livrer une véritable partie de bras de fer pour ramener sa prise assez près du bateau pour être gaffée par un de ses amis. A tout moment, le poisson peut se libérer. Mais tel un marin-pêcheur expérimenté, il réussit son coup. L?équipage est alors gagné par l?excitation. La longue attente n?a pas été vaine.

Dix minutes après, Johnson Roussety réussit, à son tour, à ferrer une autre dorade presque de la même taille. C?est la joie à bord. La plus grosse prise, une troisième dorade de 15 kilos, sera faite par le Chef commissaire peu après la deuxième. Elle déclenchera l?euphorie?

Les membres d?équipage s?attendent à de plus belles prises. Mais il ne se passera rien même s?ils voient des dorades leur passer sous le nez. Une discussion animée s?ensuit à bord sur la façon de pêcher. Le skipper insiste pour que ses consignes soient respectées et qu?il y ait une seule ligne en mer. Johnson Roussety, fonceur de nature, ne semble pas vouloir renoncer, mais Joseph Marcelin César aura quand même le dernier mot. En haute mer, il est plus le maître à bord que l?ami à terre.

A l?approche du DCP (Dispositif de Concentration de Poissons), que les pêcheurs appellent communément radeaux (en raison des bouées installées en forme de radeau), les man?uvres deviennent de plus en plus délicates. A cet endroit, l?eau peut atteindre une profondeur de 100 mètres. De temps en temps, on entend des membres de l?équipage crier : à bâbord (à gauche) ou à tribord (à droite). Le skipper préfère rester à la barre, craignant une fausse manoeuvre. Mais leur espoir va fondre comme sel au soleil. Pas de nouvelle prise. Il est déjà l?heure de rentrer.

Le Scumbrianae accostera Port-Mathurin vers 18 h 30. L?équipage est épuisé, mais satisfait d?avoir ramené trois belles prises. Parce qu?il leur est déjà arrivé de rentrer ? bredouille.

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