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BRANDO L?immortel
Nous les acteurs, nous sommes le fantasme du public. On répond au besoin qu?ont les gens de rêver. » Marlon Brando avait tout compris. Il n?était pas seulement acteur, il était devenu un mythe. Sa présence à l?écran, sa voix grave, son regard hypnotique, son allure de sex symbol, même son t-shirt souillé de docker dans Sur les Quais et surtout son t-shirt à rayures qu?il portait dans Un tramway nommé Désir, l?ont à jamais immortalisé aux yeux de tous. Acteur adulé, puis ange déchu, celui qui s?était exilé sur un atoll près de Tahiti, était un être à la fois égoïste et généreux.
Il avait cette façon de fixer la caméra. Cet air désinvolte d?affronter chacun de ses personnages, pour les rendre plus vrais, plus sauvages. De tous les talents d?acteur qu?il possédait, celui qui a tout fait basculer, c?était indéniablement cette façon de se jouer du scénario, de miser sur l?improvisation pour s?approprier ses personnages. Marlon Brando, formé à l?Actor?s Studio, est rapidement devenu son porte-drapeau. Il a révolutionné le cinéma et le métier d?acteur.
Suffisance du personnage
C?est sa rencontre avec Elia Kazan qui va tout accélérer. Un tramway nommé désir écrit et dirigé par Kazan, lui ouvre les portes d?Hollywood. Marlon Brando affronte Vivien Leigh, la star inoubliable d?Autant en emporte le vent. Le duo fait des étincelles. Marlon Brando accède à la cour des grands. Il devient également objet de fantasmes. Ce rôle lui vaut une première nomination à l?Oscar du Meilleur acteur.
Il enchaîne avec Jules César et L?Equipée sauvage. Commence alors pour lui, une folle période de gloire dans laquelle son génie affronte les plus grands rôles. Il tourne avec les plus grands et séduit les plus belles femmes d?Hollywood : Sophia Loren, Elizabeth Taylor, Tippi Hedren, entre autres. Il met également en scène son unique long-métrage : La vengeance aux deux visages, un western hallucinant et désespéré dans lequel transpirent les tourments de l?homme.
Malgré la gloire, Marlon Brando n?est pas heureux. Le miroir déformant d?Hollywood lui laisse un goût amer sur les lèvres. La suffisance du personnage devient inquiétante. La plus constante : son mépris déclaré du métier qu?il a choisi d?embrasser « que pour l?argent » et le statut qu?il procure. Loin des feux des projecteurs, Marlon Brando rêve d?autre chose. De paix. De calme. Du jour au lendemain, il cesse de s?impliquer dans ses rôles. Sa vie privée défraie la chronique. Il épouse la cause indienne et s?achète un coin de paradis du côté de Tahiti. La déchéance est proche.
Hollywood ne le séduit plus. Il veut changer de registre. Il est désormais au premier rang dans la lutte pour la reconnaissance des droits civiques en Amérique. Il est aux côtés de Martin Luther King. Il devient parallèlement le porte-parole des Indiens qui plaident leur cause au Sénat. La carrière cinématographique de Marlon Brando est au point mort. On le dit fini.
Mais tel un phoenix renaissant de ses cendres, Marlon Brando réapparaît. Il fait mieux qu?un come-back. Il se métamorphose. Francis Ford Coppola, cinéaste encore inconnu, d?origine indienne, l?impose aux producteurs de la Paramount. Ces derniers, d?abord réfractaires à l?idée, finissent par l?accepter à défaut d?Ernest Borgnine ou d?Anthony Quinn. Brando n?incarne pas Don Corleone.
Il devient un exemple
Il est le Parrain. Son travail d?acteur est encensé. Il devient un exemple pour la génération montante, celle d?Al Pacino et de Robert de Niro notamment. Il reçoit un deuxième Oscar, mais ne daigne pas se présenter devant l?Académie. A la place, il leur envoie une jeune Indienne pour leur expliquer les malheurs de son peuple et la discrimination dont sont victimes les Indiens d?Amérique.
Après le triomphe du Parrain, Marlon Brando enchaîne avec un autre film choc: Le dernier tango à Paris. Ce film extrême, sexuel et philosophique, lui apporte une autre onde de gloire. L?acteur se retire ensuite. Sa fille Cheyenne devient le centre d?intérêt de sa vie. Il l?aimait tellement. Trop peut-être aux yeux de certains. Marlon est en adoration devant cette ravissante petite fille née en 1970. Le père est possessif. Manipulateur. La fille se révolte. Son enfance a été lumineuse, son adolescence tourmentée. Elle se réfugie dans la drogue et la violence, jusqu?au jour où celui dont elle porte l?enfant est assassiné. Plusieurs fois internée, Cheyenne dénonce son père. Au procès qui s?ensuit, Marlon Brando fond en larmes. L?amant de Cheyenne a été tué par Christian, le frère de celle-ci. Il est condamné à dix ans de prison. Inculpée pour complicité, Cheyenne bénéficie d?un non-lieu. Le week-end de Pâques 1995, Cheyenne se tue, après deux tentatives de suicide infructueuses. Marlon Brando est anéanti.
L?homme devient l?incarnation de la démesure. Il accepte des rôles minables au cinéma. Comme l?adolescent agité, renfermé et parfois violent qu?il était, il se laisse aller. Il devient obèse et perd de sa superbe. Il n?est plus que l?ombre de lui-même. Il vit en ermite sur son île, où il installe épouses, maîtresses et enfants.
Sur son paradis tahitien, là où ont été dispersées ses cendres, Marlon Brando repose en paix. Loin d?avoir laissé sa famille dans le dénuement, l?acteur laisse derrière lui un héritage évalué à $ 21,6 millions, dont $ 18, 6 en biens immobiliers. Son testament, rédigé en août 2002, dresse une liste de dix enfants, nés de ses trois mariages.
A VOIR SUR MBC 1
«Le Parrain»
?uvre de légende, film d?un siècle et de toute une génération, Le Parrain de Francis Ford Coppola, sera diffusé ce soir à 21 heures sur la MBC 1. Trois Oscars sont venus récompenser ce monument du cinéma en 1972, dont celui du Meilleur acteur pour Marlon Brando.
Le Parrain est l?adaptation cinématographique d?un best-seller de Mario Puzo. Ce dernier vouait une véritable fascination pour la Sicile et la mafia italienne. La Paramount a d?abord approché Sergio Leone et Costa Gavras pour l?adapter au cinéma. C?est finalement Coppola qui fut chargé de le porter à l?écran. Manquant de conviction, ce dernier s?y attelle plus par souci d?argent que par passion.
Une fois le projet entamé et surtout grâce à la fougue de Marlon Brando, Francis Ford Coppola fit exploser le budget initial du film. Au lieu du million initialement prévu, il en obtient sept. Ce qui, pour l?époque, relevait déjà de l?exploit.
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