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Boycott colonialiste d?un projet économique aux Chagos

25 juin 2008, 00:00

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Le 7 mars 1962, Rogers revient à la charge avec l?aide de Moulinié. Ils proposent une compagnie, située aux Seychelles, pour exploiter les Chagos. Londres s?y oppose de nouveau, comme plus tard l?hôtel du gouvernement bloque mystérieusement un projet de développement à Agaléga, en le colorant de bérengisme mais pour offrir sur un plateau un projet analogue à de mystérieux promoteurs sud-africains. La stratégie anglaise et colonialiste demeure de mise : pas de développement dans les îles lointaines pour pouvoir les mettre à la disposition de some old friends. Pour Chagos, il s?agit de la base militaire américaine à Diego Garcia. Pour Agaléga, le mystère demeure entier.

En 1964, René Maingard de la Ville ès-Offrans, en tant que directeur général de Chagos Limited, compagnie devenue la seule détentrice des baux de l?archipel des Chagos, a l?occasion de discuter du développement économique de cet archipel avec des dirigeants anglais aussi prépondérants que MM. Lennox-Boyd, Ian MacLeod, Tufton Beamish, Patrick Wall. Il en retire l?intime conviction que la Grande-Bretagne ne tolère aucun développement économique aux Chagos afin de réserver cet archipel stratégiquement bien placé, au milieu de l?océan Indien, à des fins autres qu?industrielles pour ne pas dire militaires.

Plus tard la Grande-Bretagne procède à l?acquisition obligatoire des biens de la compagnie Chagos Ltd, en supposant que légalement et constitutionnellement elle peut le faire, compte tenu, entre autres, de la convention onusienne interdisant formellement tout démembrement de toute colonie avant son accession à l?indépendance économique et à la souveraineté nationale, compte tenu aussi du caractère inaliénable de toute partie du patrimoine territorial d?un pays donné. La Chagos Limited est ainsi contrainte à donner les pleins pouvoirs à Paul Moulinié pour négocier avec les autorités colonialistes anglaises les compensations dues, ainsi que la prise en charge des Chagossiens, se retrouvant, du jour au lendemain, expulsés manu militari de leurs îles natales et ancestrales. Londres offre une identité de £660 000 pour accaparer ainsi des biens de Chagos Ltd. Le 19 décembre 1975, cette compagnie procède à sa liquidation volontaire.

Il convient de noter le tonitruant silence, en juin 1983, de la presse ramgoolamiste et boolelliste sur le rapport du comité parlementaire restreint, présidé par Jean Claude de l?Estrac, rapport si accablant pour, entre autres, Seewoosagur Ramgoolam, Satcam Boolell et de nombreux dirigeants travaillistes. Pas le moindre effort médiatique pour prendre leur défense et essayer de justifier leur trahison. Ce silence ressemble à s?y méprendre à un aveu encore plus incriminant que ce document officiel accusateur. Il entérine surtout le bien fondé des sévères condamnations portées contre les dirigeants précités, dont celle gravissime d?avoir, pendant une quinzaine d?années, constamment menti à la population mauricienne et de l?avoir induite en erreur, y compris au Parlement.

Autre son de cloche, pour sûr, à Nuvo Lizour, hebdomadaire gauchiste, dirigé alors par Jack Bizlall et Eshan Khodabux. Ce journal titre : «Ramgoolam, Boolell et Duval sont des anti-nationaux». Il ne manque que Jugnauth pour former l?alliance Bleu-Blanc-Rouge. Le sous-titre de cet article, paraissant en une, est le suivant : «Seront-ils traînés devant une cour de justice pour haute trahison ?» Il s?agit, bien sûr, d?une vue de l?esprit car cela se saurait si la justice mauricienne pouvait sévir contre de hauts dirigeants politiques et de la nouvelle oligarchie d?Etat, s?estimant de droit divin et au-dessus de lois, ne pouvant que sanctionner le menu fretin mais pas les gros requins, à l?instar de la lutte anticorruption.

Il n?y aura pas de cour de justice mais de nouvelles élections législatives qui permettront à l?électorat mauricien, premier responsable de l?abandon des Chagos entre les mains de voleurs et de receleurs anglais et américains, d?installer de nouveau au pouvoir des ministres de 1965 (Boolell, Duval et Jugnauth) et au château du Réduit Seewoosagur Ramgoolam, en tant que gouverneur général et représentant à Maurice de notre chef d?Etat de l?époque, la... reine Elizabeth II.

Que reste-t-il de l?accablant rapport de ce comité parlementaire ? Absolument rien ! Aucun résultat. Notre électorat ne pouvait pas mieux récompenser la trahison de 1965. Cela prouve seulement que nous avons le gouvernement que nous méritons. Nous ne sommes pas dignes de posséder des îles aussi paradisiaques que nos Chagos.

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