Publicité
Boolell déterminé à combattre pour la survie de l?industrie sucrière
Par
Partager cet article
Boolell déterminé à combattre pour la survie de l?industrie sucrière
Le gouvernement ne compte négliger aucune piste pour assurer la survie de l?industrie sucrière. Son action sera double : rallier les amis du groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) pour faire entendre notre cause sur le plan international. Et localement, accélérer la réforme de la filière sucre.
Telle est la voie dressée par le ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell, lors d?une première réunion samedi avec tous les partenaires de l?industrie sucrière, notamment les représentants de la Plantation House et les syndicats.
Pour le ministre, il faut se préparer au pire sans baisser les bras. La réforme du régime sucrier européen et une baisse de l?ordre de 39 % du prix du sucre sur quatre ans risquent fort d?avoir des effets désastreux sur cette industrie, sur l?économie et sur le social, a prévenu Arvin Boolell.
Sur le plan international, le ministre estime qu?il ne faut plus compter sur la Commission européenne, obsédée par l?idée d?une baisse drastique des prix. Mais Maurice et les ACP ont quelques alliés parmi les gouvernements de l?Union européenne.De plus, on peut s?allier au groupe des pays les moins avancés qui ont compris que l?initiative Everything but Arms (EBA) veut en fait dire Everything but Sugar. La possibilité d?exporter du sucre sur le marche européen est vide de sens s?il y a une baisse importante de son prix.
Le ministre Boolell estime que finalement l?avenir du sucre sera décidé au niveau de l?Organisation mondiale du commerce (OMC). ?Tous les chemins mènent à Genève?, insiste-t-il. Le ministre de l?Agro-industrie estime qu?il est possible de faire inclure le sucre sur une liste de produits sensibles qui seront exemptés des négociations multilatérales et traités différemment.
Mini-sommet à New York
Maurice et les ACP doivent appuyer l?Union européenne pour obtenir, à l?OMC, un traitement différent pour le sucre . Ils doivent s?assurer que l?Union européenne ne baisse pas le prix au-delà de ce qui est requis par Genève.
Maurice souhaite profiter de la tenue d?une réunion spéciale des Nations unies sur le millennium agenda en faveur de l?Afrique pour organiser un mini-sommet à New York entre l?Union européenne et les ACP.
?Nous leur dirons qu?il est paradoxal d?évoquer l?effacement de la dette si en même temps on veut annihiler le Protocole sucre qui est un instrument de commerce et de développement qui a fait ses preuves?, déclare Arvin Boolell.
Dans la panoplie d?actions diplomatiques envisagés, le ministre n?écarte pas la possibilité d?organiser une manifestation des producteurs de sucre des pays ACP. L?objectif est d?alerter l?opinion internationale sur les retombées catastrophiques de la réforme et de la baisse de prix .
Sur le plan local, la priorité est d?accélérer la reforme de l?industrie. Arvin Boolell a regretté que Maurice ait pris du retard. La réforme aurait dû démarrer dès 2001. ?We are behind schedule?, dit-il. Pour lui, le processus de réforme doit pouvoir réconcilier l?économie et le social. C?est le leitmotiv de son discours. Arvin Boolell indique qu?il favorisera la participation des petits planteurs et des employés dans l?industrie sucrière et dans les centrales électriques. Un consortium sera créé pour que ces employés puissent participer au capital de ces entreprises.
Le ministre soutient qu?il faut appliquer le principe d?un traitement spécial et différencié en faveur des producteurs des régions les plus défavorisées. ?Maurice ne peut pas plaider pour un traitement spécial et différencié auprès de l?OMC si elle ne l?applique pas elle-même localement?, dit-il.
Un des principaux éléments de la réforme doit être une réduction des coûts de production. Pour cela, il faut améliorer les opérations aux champs et à l?usine au moyen d?investissements dans l?épierrage, la mécanisation et la centralisation, laquelle doit être accélérée.
Une obligation morale et légale
L?énergie électrique produite de la bagasse est également une pierre angulaire de la réforme : on ne peut l?imaginer sans la dimension de production d?électricité, soutient le ministre. Il estime que la production d?énergie devrait doubler, passant de 300 millions de kilowatts-heure a 600 millions annuellement. Compte tenu de l?importance de l?utilisation de la bagasse pour cette production, il déplore qu?on ait construit une centrale fonctionnant exclusivement au charbon à St-Aubin. ?Cela nous a laissé un goût amer?, dit-il.
La production d?éthanol est également une autre composante essentielle de la réforme. L?objectif est de faire rouler les voitures avec une mixture d?essence contenant 20 % d?éthanol d?ici 2015. ?La recherche devrait nous permettre de cultiver des cannes à forte teneur en fructose et d?autres variétés à forte teneur en fibres. Et s?il faut aussi produire du sugar-cane fuel, allons-y?, dit-il.
A ce propos, Jean Claude Autrey, directeur du Mauritius Sugar Industry Research Institute, déclare que les solutions techniques existent : il ne manque que des policy decisions.
Le ministre a aussi indiqué sa volonté de rationaliser le global cess, une contribution pour financer les institutions d?appoint et les oeuvres sociales de l?industrie sucrière. ?Il faut une utilisation judicieuse des ressources?, dit-il.
La restructuration de l?industrie sucrière est inévitable. Il y a une limite à la diversification. Il faut donc construire un nouveau cluster de la canne. Mais ce plan nécessite des ressources financières très importantes : des dizaines de milliards de roupies.
De ce côté, il y a un espoir avec les mesures d?accompagnement prévues par l?Union européenne. ?Il faut prier pour que les montants soient appropriés?, déclare Arvin Boolell. Il y a une proposition de la Grande-Bretagne pour une aide de 100 millions d?euros dès l?année prochaine, et 500 millions d?euros annuellement entre 2006 et 2015. Pour cette même période, le ministre situe le manque à gagner à 570 millions d?euros, (quelque Rs 21 milliards) pour l?industrie sucrière. Arvin Boolell indique qu?il faudra étudier la possibilité d?obtenir une compensation pour les investissements déjà effectués.
?Meme si nous consentons à faire tous les investissements requis, il nous sera impossible de réduire les coûts de production dans la même proportion que la réduction de 39 % annoncée. Il nous faudra un soutien pour compenser la baisse des prix, sinon les producteurs se désintéresseront?, déclare Jean Li, secrétaire général de la Chambre d?Agriculture.
Pour Sawaran Gunessee, ambassadeur à Bruxelles, l?Union européenne a une obligation morale et légale, en vertu du Protocole sucre. Toutefois, l?Union européenne réplique qu?elle s?est engagée à garantir un niveau de prix mais pas le prix lui-même, explique-t-il.
Publicité
Publicité
Les plus récents