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BOLLYWOOD je t?aime à la folie

5 mars 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Jeudi 2 mars, 20 h 45, Centre-de-Flacq. Toute une famille est assise dans le salon, les yeux rivés sur la télévision. Ils sont cinq : le père, la mère et les trois enfants, des adolescents. La trame de Kuch meetha ho jaye, avec ses réparties en hinglish, retient toute l?attention de la famille, scotchée devant la télévision. Cela doit être le cas chez des centaines de familles indo-mauriciennes de l?île, est-on tenté d?avancer. Mais, ici nous sommes chez une famille sino-mauricienne.

« Nous sommes des fans de films indiens. Le jeudi, c?est sacré et nous fermons notre boutique tôt ainsi que notre taverne. Et nous nous mettons devant la télévision pour LE film de la semaine. » Les propos de Jacques, 55 ans, sont clairs quant à l?importance qu?accorde sa famille à la grand-messe télévisée du jeudi.

Jeudi 2 mars, 15 h 25, Morcellement Sodnac, Quatre-Bornes. Comme pour de nombreux adolescents, dans la chambre de Ravin trône un poster géant de l?équipe de Liverpool ? cela aurait pu être Manchester United !

Et à côté de l?équipe du Merseyside sont affichés deux maxi-posters d?Aishwarya Rai et de Rani Mukherjee, deux vedettes de Bollywood. Ravin, élève du collège John Kennedy, se qualifie de « fan de Bollywood ».

Jeudi 2 mars, 12 h 30, gare Victoria, Port-Louis. Aïsha et Veena, deux employées d?une boîte d?assurances, discutent des Zee Cine Awards 2006 :

« Dommage que le spectacle soit si cher ! Sinon, mo ti pu al Pailles ! », « J?ai voulu avoir les billets les moins chers, mais tout était déjà vendu ! » Et toutes deux de se consoler en prenant rendez-vous pour la diffusion du spectacle en différé à la télévision. « Mais, nous allons suivre le direct à la radio », préviennent-elles.

Qu?est-ce qui fait donc courir tant de Mauriciens, toutes communautés confondues, au cinéma indien ? D?abord, explique Tony Gungaram, employé dans un vidéoclub de Quatre-Bornes, « il y a le fait que les films sont disponibles en version sous-titrée ». Ce qui, assure-t-il, permet à l?ensemble des Mauriciens de suivre ces films. Puis, selon lui, la qualité des images, qui n?ont pas « grand-chose à apprendre d?Hollywood ».

Cette globalisation du cinéma est également mise en avant par Madhukar Dewnarain, passionné et critique de cinéma. « Le cinéma indien a beaucoup évolué, tant dans la manière de filmer que de raconter l?histoire. Il y a désormais une vision novatrice dans le cinéma indien », explique-t-il. Ainsi, même si la trame originale est toujours presque la même histoire d?amour, elle est racontée différemment, avec des techniques de « filmage » différentes.

« Nous avons des cinéastes influencés par les États-Unis. Et le spectateur mauricien est dans un terrain familier. D?où le fait que les films indiens attirent tous les Mauriciens. » Des exemples de tels cinéastes : Kuran Johar, Nikhil Adrani et Rajkumar Hirani.

La trame sert également à attirer le grand public. Plus l?histoire est simple et implique la transgression d?un interdit social ou une dénonciation de la pauvreté ou de l?intolérance, plus le public se sent « in ». « Les Mauriciens adorent les films indiens où l?on parle d?amour sortant vainqueur de conflits de castes ou de classes sociales. C?est le rêve. Et le fait que les films sont modernes, avec de superbes mélodies et de beaux acteurs, vous avez la recette de l?engouement public », explique Rajwani Boodhoo, fan de Bollywood et étudiante en sociologie.

Sensualité des danses et mélodies entraînantes

Autre atout du cinéma indien dans ce monde « globalisé » : l?arrivée comme actrices d?anciennes reines de beauté, telles Aishwarya Rai et Sushmita Sen. « Elles ont permis de mieux vendre le cinéma indien à Maurice. Les affiches des films où elles figuraient servaient à attirer les foules », affirme Rajwani Boodhoo. Mais la beauté masculine attire également : « Le look cosmopolite d?Arjun Rampal, par exemple, aide les jeunes à s?identifier aux protagonistes des films », explique Madhukar Dewnarain.

Ce que constate Siddick, gérant d?un vidéoclub en région rurale : « Les vedettes sont incontournables. Amitabh Bachchan est la super idole. Dès qu?il figure dans un film, c?est sûr que nous aurons une forte demande. Il y a ensuite Rani Mukherjee, Aishwarya Rai, Preity Zinta et Madhuri Dixit. »

La sensualité des danses et les mélodies entraînantes des chansons attirent de nombreux Mauriciens. « Nous sommes loin des danses autour des arbres des années soixante-dix. Aujourd?hui, c?est très style Dirty Dancing, avec des vêtements taille basse et mini-jupes. Tout baigne dans la sensualité », avance Rajwani Boodhoo.

Comment un cinéma qui interdit baisers, enlacements ou poitrine dénudée peut-il attirer tant un jeune public ? Un élément de réponse tient également du fait que « la sensualité transpire dans toutes les scènes. Et les clichés sont archi-connus », explique l?étudiante en sociologie. Et de citer comme exemple les scènes sous la pluie, avec des vêtements transparents moulant des poitrines gorgées d?eau?

Madhukar Dewnarain fait remarquer que le cinéma indien est « aujourd?hui tellement bien formaté » qu?il attire Hollywood. Les droits de plusieurs films bollywoodiens sont ainsi en instance de négociations pour des remakes made in USA. Ainsi, un major d?Hollywood a acquis les droits de Ek ajhanee, avec Arjun Rampal et Bachchan. Une Aankhen version US est également prévue.

La preuve que le Mauricien n?est pas le seul hors du sous-continent à apprécier Bollywood. « La diaspora indienne a réussi à faire connaître Bollywood au monde. Qui aurait pu imaginer il y a vingt ans qu?une production indienne, Lagaan, aurait figuré parmi les dix films les plus vus en Grande-Bretagne ? », constate Madhukar Dewnarain.

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