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Blueberry, l?expérience secrète Entre Leone et mystique
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Blueberry, l?expérience secrète Entre Leone et mystique
?Blueberry appartient a un genre défini par le critique français de cinéma André Bazin en 1955 et apparu, selon lui, à la suite de la Seconde Guerre mondiale : le surwestern. II s?agit d?un western qui, ne se contentant plus d?être la forme classique connue, accueille en lui des préoccupations autres que celles qui le caractérisent d?ordinaire, d?ordre politique, psychologique... ou, comme ici, spirituel (empruntées au savoir d?une société traditionnelle sur les forces intérieures de l?être humain). Le surwestern ?est un western qui aurait honte de n?être que lui-même? et qui exigerait être traité comme une forme ayant besoin d?un contenu?? (Les Fiches du Cinéma)
A l?origine de ce film de Jan Kounen, il y a la bande dessinée créée par Jean-Michel Charlier et Jean (Moebius) Giraud dans les années 1960, époque qui coïncide avec l?apparition d?un nouveau genre cinématographique : le western spaghetti. De fait, la bande dessinée est toute imprégnée de cet univers, comme l?est la première partie du film venant juste après l?introduction montrant Blueberry, le héros agonisant. Il est en fait sous l?effet d?un hallucinogène et il se souvient de sa jeunesse, de son arrivée au far west en diligence, emmené dans ces contrées par son oncle (Tcheky Karyo) ?afin qu?il devienne un homme?. Il se souvient surtout de la rencontre avec la jeune prostituée dont il tombe amoureux. Alors qu?il l?a rejoint dans sa chambre (après qu?il a faussé compagnie au vieil ivrogne censé l?héberger), un homme, Wallace (Michael Madsen), fait irruption. Il y a échange de coups de feu. Blueberry est blessé et c?est la jeune fille qui est tuée d?une balle en pleine tête. Alors, il fuit droit devant, sans s?arrêter, jusqu?à ce qu?il tombe d?épuisement. Il est recueilli par des Indiens. C?est à partir de là que ce western se démarque non seulement des autres mais aussi de la BD.
Tout, jusque-là, évoquait l?univers de Sergio Leone à la manière d?un hommage : les décors, les costumes, les personnages, et même la façon dont meurt la jeune fille. Mais, à partir du moment où le héros arrive chez les Indiens, Blueberry bascule dans un tout autre genre, le western mystique, car tout le film tourne alors autour du chamanisme. Les Indiens qui recueillent Blueberry (son nom n?est jamais prononcé dans le film, tous l?appellent Mike, excepté les Indiens qui l?appellent Nez Cassé) l?initient à leur culture et c?est ainsi qu?il découvre tout un univers composé d??esprits? de plantes, de la terre ou d?animaux et aussi de forces intérieures qui habitent l?être humain.
Deux films en un
On le retrouve bien des années après, incarné par Vincent Cassel et marshall de Palomito, une bourgade où cohabitent tant bien que mal Américains, Mexicains et Indiens. Clin d??il au ?vrai? western : on retrouve aussi Ernest Borgnine à ses côtés. Mais nous sommes bien dans un ?surwestern?. Bien que marshall, le héros appartient toujours au monde des Indiens et la trame va servir de prétexte à une initiation du spectateur à la culture chamanique vue par Jan Kounen. Non seulement la paix de cette communauté est menacée lorsque deux individus (Eddie Izard et Djimoun Hansou), mandatés par un riche propriétaire terrien, débarquent à la recherche d?une mine d?or qui se trouve au c?ur du territoire indien mais la paix intérieure du héros est elle aussi menacée lorsque ressurgit Wallace, fantôme de son passé devenu un véritable démon, à la recherche d?une sorte de pouvoir paranormal suprême.
Dès lors, le héros ayant à affronter deux périls, l?un sur le plan matériel et l?autre sur le plan du surnaturel, le film évolue sur ces deux plans avec une réussite assez discutable dans les deux cas. Pour le premier, on peut dire que ce western français est réussi, en ce sens qu?il n?a pas, ou presque pas, l?air d?être un western français. On oublie vite que le rôle principal est tenu par un acteur français tant celui-ci arrive à être convaincant dans son personnage (au pire, il n?y a pas grand-chose qu?on puisse lui reprocher). C?est le genre de film où on demande plus aux personnages d?être ?spectaculaires? que d?avoir de la substance et de la profondeur. Les personnages secondaires, quand il s?agit des bons, le sont juste assez pour ?remplir? le film et servir de faire-valoir au héros et, quand il s?agit des méchants, ils ne manquent pas de pittoresque : Michael Madsen en ?voleur d?âmes? et Geoffrey Lewis en ranchero vénal. Mais on pourrait aussi parler de Eddie Izzard et de Djimoun Hounsou en aventuriers sans foi ni loi.
En plus, l?action ne manque pas de rythme, rebondissements, bagarres et poursuites se succédant avec peu de temps morts. Ce qui n?excuse pas pour autant certaines séquences sans logique, une poursuite finale en deçà des espérances ou encore la présence de Juliette Lewis (Maria, la fille du ranchero, amoureuse du héros) à titre purement décoratif. Sans compter sa calamiteuse interprétation de ?Danny Boy?, une ballade irlandaise qui pourtant ne voulait de mal à personne.
Sur l?autre plan, celui du surnaturel, la réussite est d?autant plus sujette à discussion que le film appelle à une certaine adhérence à cette vision qu?a Jan Kounen de la culture chamanique. Les magnifiques prises de vues de ravins, de canyons et d?étendues désertiques sont comme une exaltation d?une nature faite pour les âmes intrépides.
Et il y a aussi les ?forces? émanant de certains rochers, les serpents et l?aigle dotés d?un certain pouvoir, la consommation du peyotl ou mescal (ces petits cactus qui poussent au ras du sol avec une fleur bleue ou rose au sommet) hallucinogène, ces voyages intérieurs multidimensionnels avec visions de mille-pattes et autres petites bestioles. Tout cela ressemble étonnamment aux écrits d?un certain Carlos Castañeda, un américain très populaire dans les années 1970.
Pour explication, les livres de Castañeda parlaient de son apprentissage auprès de Don Juan, un sorcier indien du Mexique et on y retrouvait toute la panoplie d?attrape-couillons ?New Age? mentionnée précédemment. Bien évidemment, ces écrits suscitèrent un vaste engouement de par le monde, des milliers de gens se découvrant soudainement une vocation chamanique et devenant disciples de ce Don Juan. Inutile de dire aussi que la consommation de peyotl ou mescal aux États-Unis augmenta de façon considérable. Or, il s?avéra que les écrits de Carlos Castañeda n?avaient été qu?affabulation. L?auteur lui-même devait l?avouer : il avait tout inventé ? hormis la consommation de peyotl ou mescal, évidemment ? pour les besoins d?une thèse qu?il présentait pour une maîtrise en mythologies américaines.
Spéculer si Jan Kounen a fait ou non partie des disciples de ce Don Juan ne servirait aucune fin utile. Mais il faut avouer que, vu sous cet angle, cette ?expérience secrète perd un bon pan de sa crédibilité. Et puis, même en faisant abstraction de cette possible fumisterie et en suivant cette partie mystique de l?intrigue, on n?en arrive pas moins à cet affrontement dans des ?dimensions intérieures? qui se traduit sur l?écran par un déferlement d?effets numériques. Lesquels effets sont tellement abstraits qu?ils laissent le spectateur dans la confusion la plus totale, l?agacement l?emportant sur le suspense quant au dénouement.
Dommage. Car sans cette fin pour le moins décevante, Bluberry aurait été, malgré ses défauts, un film sympathique en plus d?être original.
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