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Blanchiment d?argent Monnaie courante ?
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Blanchiment d?argent Monnaie courante ?
Vous souhaitez placer Rs 1,5 million en banque ? Il vous faudra en justifier la provenance. Votre argent est le fruit d?actions illicites et vous voulez contourner la procédure ? Adressez-vous donc à cinq banques différentes et versez dans chacune Rs 300 000, limite pour éviter la contrainte de la justification. Ou encore éparpillez-le dans les comptes d?amis ou de parents. Mais s?il se sait que vos chèques proviennent de comptes de différentes banques, vous ferez alors l?objet de soupçons? car vous aurez contourné la loi.
Ce sont de tels soupçons qui sont au coeur de l?affaire Beekarry-Bizlall, où le second reproche à l?autre d?avoir contribué indirectement à « blanchir » de l?argent. « Blanchir », autrement dit convertir de l?argent « sale » obtenu par la vente de drogue ou par un autre délit en argent propre qui aurait une source légitime ou en biens sous diverses formes. Un concept que le vocabulaire a hérité de rien moins qu?Al Capone.
Pour cacher la provenance illicite de son argent, le grand bandit avait acheté d?innombrables blanchisseries. L?argent qu?il obtenait de la contrebande de whisky, de son réseau de prostitution, de jeux clandestins et d?extorsion était versé en banque sur les comptes de ces blanchisseries, même celles qui n?avaient presque pas de clients. Il lavait ainsi son argent sale.
Jack Bizlall s?est enflammé pour les Rs 1,5 million de Beekarry. Ce serait en fait par centaines de millions que les roupies sont blanchies dans le pays, affirme Ajay Daby, Drug Commissioner. S?il y a mille et une façons de le faire, la bonne vieille méthode Al Capone serait la plus fréquente.
<B>À LA MANIÈRE D?AL CAPONEm</B>
Le procédé est parfaitement copié. Pour placer en banque ses Rs 10 millions, un marchand de drogue investira par exemple dans un petit supermarché. Il récupère ainsi son argent, blanchi par l?écoulement des marchandises dans ce petit commerce. Il perd sans doute quelques centaines de milliers de roupies dans le procédé, mais ce n?est que des poussières par rapport à ce qu?il gagne.
« On assiste impuissant à ce phénomène à Maurice, déplore un haut cadre de l?une des plus importantes banques du pays. Des petites tabagies font croire qu?ils ont des revenus de plus de Rs 20 000 par semaine, des éleveurs de poulet vendent leur volaille à un prix bien inférieur à leurs coûts de production, trois supermarchés vendent également au-dessous du prix auquel ils achètent leurs marchandises...
La liste est longue et les banques acceptent l?argent parce que la source indiquée par le client est une source propre, un commerce. »
Mais puisqu?elles arrivent à deviner que ces commerces sont des façades, pourquoi les autorités n?enquêtent-elles pas plus en profondeur pour connaître la provenance réelle de l?argent utilisé et n?épluchent-elles pas les livres de comptes ? A cette question, deux organismes, mis sur pied pour lutter contre le blanchiment d?argent, répondent qu?ils n?en ont ni les moyens ni les effectifs.
L?ampleur du phénomène est énorme et mériterait pourtant qu?on lui consacre ces moyens. On ne parle pas que de supermarchés, mais de restaurants, de pensions de famille, d?agences de location de bungalows, de location de voitures?
<B>RS 10 MILLIONS DANS UN ATTACHÉ-CASE>
A cette longue liste de façades commerciales, s?ajoutent d?autres types de « business » : l?achat et la revente des voitures, des maisons, des terrains ou des campements. Le blanchisseur, ici, a seulement besoin d?une personne disposée à déclarer un prix de vente sensiblement inférieur à la valeur réelle d?un bien immobilier pour ensuite empocher la différence « en cachette ».
Exemple : pour obtenir un prêt de Rs 1,2 million de la banque, il suffit de pouvoir justifier des revenus de Rs 20 000 par mois. Le propriétaire d?argent sale peut utiliser ce prêt, acheter campement ou maison dépassant Rs 5 ou 6 millions et déclarer le prix de vente à Rs 1,2 million. Celui qui vend verse son argent en banque en déclarant qu?il a vendu son campement. La banque ne vérifiera pas le montant exact déclaré pour cette vente. L?acheteur peut après revendre pour Rs 7 millions et reverser l?argent en banque. Le tour est joué, son argent a été blanchi. Transformer son argent sale en devises est une autre forme de blanchiment. Il suffit d?une pièce d?identité pour obtenir, à un bureau de change, Rs 300 000 en devises. Et il suffit au trafiquant de quelques complices pour échanger plusieurs lots de Rs 300 000 à ces guichets. Tout comme le petit commerce est une façade pour certains, le métier de marchand ambulant l?est pour d?autres. Ses devises en poche, le marchand ambulant peut s?en aller faire son shopping à l?étranger.
Pas plus tard que la semaine dernière, le Drug Commissioner et son équipe ont traqué un de ceux-là à l?aéroport de Plaisance. Selon leurs renseignements, il allait prendre l?avion avec Rs 10 millions en devises dans son attaché-case. Ils feront chou blanc. L?homme se présentera cinq minutes avant la fermeture du comptoir sans la somme. Pour le commissaire, il ne fait aucun doute que la source était fiable : elle a déjà permis la saisie de Rs 7 millions. Il est fort probable que l?argent était en possession de quelqu?un d?autre et que les Rs 10 millions seraient parties. Il était impossible, sans mandat, de fouiller tous les passagers.
« Les marchands ambulants qui font la navette entre l?Asie et Maurice, et importent des marchandises par conteneur entier, deviennent de plus en plus une source de blanchiment », affirme Ajay Daby. Ils paient ainsi une bonne partie de leurs marchandises en devises directement auprès de l?exportateur. Certains de ces marchands déclarent des profits de plus de Rs 5 millions qui ne sont pas retraçables, de l?argent qui regagne le circuit comme de l?argent propre.
Il y a encore le financement des partis politiques ou l?achat de lingots d?or. « Menu fretin pour les gros bonnets ! », s?exclame Ajay Daby. Ils ont tellement d?argent qu?il faut des cadres plus solides pour l?écouler. « Vous rendez-vous compte de l?argent qu?ils brassent ? Essayez seulement de l?imaginer si je vous dis qu?en quelques mois, la mère d?un trafiquant de drogue s?est offert plus de Rs 800 000 de voyages à l?étranger?»
<B>En chiffres </B>
Selon le Fonds monétaire international, plus de US$ 500 milliards seraient blanchis dans le monde annuellement. Aucun rapport spécifique n?existe sur Maurice mais on estime généralement à environ 10 % du produit national brut d?un pays l?ampleur du blanchiment, ce qui équivaudrait environ à Rs 15 milliards par an.
<B>La FIU, la police des blanchisseurs</B>
Dès qu?un cas de blanchiment est soupçonné, un « suspicious transaction report» est envoyé à la Financial Intelligence Unit (FIU) qui mènera l?enquête. La FIU travaille en consultation avec la Banque de Maurice et l?Independent Commission against Corruption. La FIU s?appuie sur le Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act de 2002.
<B>Les banques s?arment</B>
Le blanchiment à travers les banques est de plus en plus difficile depuis le scandale MCB-NPF. Une personne peut avoir plusieurs comptes dans une banque mais désormais, ces comptes sont marqués d?un unique numéro d?identification de la personne. Si, pour une raison ou une autre, il faut bloquer un compte, l?information le signalera à la base de données qui bloquera tous les comptes de cette personne en utilisant son numero d?identification.
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