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Blair, de l?état de grâce aux désillusions
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Blair, de l?état de grâce aux désillusions
Par un matin ensoleillé de mai 1997, Tony Blair fut porté au pouvoir par un raz-de-marée d?optimisme. Dix années ont passé et il s?apprête à quitter Downing Street dans une atmosphère générale de désillusion et de confiance rompue.
Sous son règne, le plus long depuis Margaret Thatcher, la Grande-Bretagne est devenue un pays plus riche, portée par les succès de la politique économique du New Labour. Mais c?est sans aucun regret qu?une majorité d?électeurs le verront quitter les responsabilités.
?La raison pour laquelle l?opinion est à ce point furieuse, c?est qu?elle lui avait fait confiance et que lui-même se projetait comme une personnalité digne de confiance?, avance Anthony Seldon, auteur d?une biographie du Premier ministre travailliste.
?Il a offert au peuple les perspectives d?un monde meilleur, d?une Grande-Bretagne meilleure. Il y a toujours de l?orgueil. Nul dirigeant ne peut faire cela. Il y a eu de véritables progrès en Grande-Bretagne, mais pas la reconnaissance en retour?, ajoute-t-il. Blair, qui avait salué ses partisans après la victoire de mai 1997 en leur annonçant qu??une nouvelle aube s?était levée?, est tombé du rang de Premier ministre le plus populaire de l?histoire au cercle des plus impopulaires.
Le dirigeant charismatique qui promettait d?être ?plus pur que pur? a fini par devenir le premier chef d?un gouvernement britannique à être interrogé par la police dans le cadre d?une enquête de corruption sur de présumés dons versés au New Labour en échange de titres honorifiques.
En dix années de gouvernement travailliste, l?économie britannique a connu une croissance sans faille et un recul constant du chômage. Les écoles et les hôpitaux ont bénéficié d?investissements massifs et le conflit nord-irlandais a laissé place à un processus de paix.
Pourtant, un sondage commandé par The Observer révèle la profondeur du fossé qui sépare les aspirations de Blair et la perception qu?en ont les Britanniques interrogés. A 58 %, ils estiment ainsi que la Grande-Bretagne n?est pas un pays plus heureux qu?en 1997. A 69 %, ils jugent qu?il est devenu plus dangereux. Et la guerre en Irak est présentée comme le plus grave échec de Blair. ?Fantastique pour ce qui est de la poésie de la politique, il était moins doué pour la prose du gouvernement?, note Andrew Rawnsley, éditorialiste de l?Observer.
Pour Philip Stevens, éditorialiste au Financial Times et biographe de Blair, l?histoire pourrait cependant être plus généreuse que ses contemporains à l?égard d?un Premier ministre qui, au final, a autant divisé l?opinion que ne le fit avant lui Margaret Thatcher.
L?usure du pouvoir frappe traditionnellement les dirigeants, quels qu?ils soient. Avec le temps, la presse se fait plus corrosive. Mais rares sont ceux qui contestent l?aptitude infaillible qu?avait Blair à capter l?état d?esprit de la nation lorsque des tragédies frappaient.
De la mort de la princesse Diana en 1997 à sa réaction aux attentats du 11-Septembre et jusqu?aux attentats de juillet 2005 contre les transports en commun londoniens, Blair, poursuit Philip Stevens, ?avait le doigt sur le pouls de la nation et je ne pense pas qu?il l?ait perdu?.
Paul MAJENDIE
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