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Bizlall veut démissionner du MMM et du Parlement

26 octobre 2005, 20:00

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La rumeur veut, en cette fin d’octobre 1980, que le député syndicaliste mauve Jack Bizlall songe à s’éloigner de son parti et même de l’Assemblée législative où il est le député de Port Louis Ouest-GRNO, après avoir été brillamment élu, le 20 décembre 1976, en tête de liste avec 7 467 voix sur 18 989 votants, soit un pourcentage de 39,88 % des suffrages exprimés. Il n’a pas encore pris de décision définitive car sa démission parlementaire pourrait permettre l’arrivée à l’Assemblée législative d’un député PMSD et renforcer ainsi la majorité maigrelette de Seewoosagur Ramgoolam, subsistant à coups de “transfugion”.

Explications : en octobre 1980, il n’y a plus ni état d’urgence, ni censure de la presse mais les élections partielles n’ont toujours pas été rétablies. Cela permet, ainsi, mais dans des circonstances demeurées mystérieuses, à Kher Jagatsingh de remplacer, en janvier 1977, Heeralall Bhugaloo comme ministre de l’Education et de devenir un des rares députés correctifs de la majorité hindoue. Si Bizlall démissionne du Parlement, son siège doit normalement revenir à l’un des deux candidats de son parti, le MMM, et appartenant à sa communauté, la population générale (que le lecteur me pardonne ces précisions ethniques). Ils sont Jacques de Commarmond et Sydney Selvon. Ils ont, toutefois, précédé Bizlall en s’éloignant du MMM et même de la politique active et partisane. Le premier a pris de l’emploi comme chef du personnel de la Food and Allied et le second est retourné à ses premières amours, la presse non partisane et indépendante. A défaut donc de candidat MMM non élu et appartenant à la population générale, l’éventuel siège vacant de Bizlall reviendrait au candidat PMSM le mieux placé pour briguer son remplacement (L. Carver, par exemple). A l’époque, il n’est pas question de la formule de “Guimbeau hors du MMM mais toujours dans l’opposition dirigée par Bérenger”. En 1980, le MMM c’est l’opposition et le PMSD fait partie de la frêle majorité rouge et bleu. Cyril Guimbeau est même le premier député PMSD de Rodrigues, élu en première position avec 5 392 voix sur 9 941 votants, soit 57,26 % des suffrages exprimés. D’où les hésitations de Bizlall. Le froid qui s’installe entre Bérenger et lui ne va pas jusqu’à ouvrir la porte parlementaire à un nouveau volatile de la basse-cour bleue. C’est là où l’on distingue les vrais politiciens des girouettes virevoltant dans tous les sens à la moindre frustration.

Mais qui est Jack Bizlall ? En 1980, il est déjà une référence en matière d’intégrité syndicale et socialiste. Ancien fonctionnaire, il devient un des piliers de la FSSC de la grand époque, dirigée, entre autres, par Koomara Venkatasawmy. Il renonce à la fonction publique pour se lancer dans la politique active et se faire élire au n° 1, aux législatives du 20 décembre 1976. Il ne tarde pas à devenir une des têtes pensantes et dirigeantes de l’aile gauche de ce parti. Ses prises de position et ses déclarations reçoivent rarement l’imprimatur du politburo mauve. Il ne tarde pas à occuper allègrement la place graduellement abandonnée par Paul Bérenger à la tête du mouvement syndical mauricien. Il devient, chaque jour davantage, le négociateur attitré de nombre de syndicats et même de fédérations syndicales, au fur et à mesure que le chef syndicaliste Paul Bérenger se mue en futur ministre des Finances et se prépare à négocier un “new deal” avec le secteur privé et à recevoir la bénédiction de Mic Paturau, le coordonnateur du secteur privé. Même les menaces bérangéristes, en 1980, de nationaliser Rogers, ne parviennent pas à convaincre Bizlall que le MMM n’est pas un parti politique en voie d’embourgeoisement.

Bizlall explique à L’express : il est confronté à plusieurs contradictions qui l’empêchent de faire convenablement son travail de syndicaliste et de politicien. L’alternative est de démissionner et du MMM et du Parlement pour recommencer à zéro. Il démissionne comme négociateur de la GWF, à la fin de septembre 1980. Il compte s’occuper de plusieurs syndicats d’employés de la Marine Authority, du CEB, de la CWA. Il se bat pour que le gouvernement mette en pratique les recommandations du rapport Lefebvre dans le port. Il faut mal le connaître pour insinuer qu’il démissionne pour prendre un emploi dans ce secteur privé honni par lui. S’il n’y a plus, à Maurice, qu’un politicien et qu’un syndicaliste “clean” il s’agira à coup sûr de Jack Bizlall ou de Ram Seegobin.

En attendant de pouvoir démissionner du Parlement sans que son siège n’aille au PMSD de Duval, Bizlall fait ce qu’il a toujours fait : il réfléchit. Il explore toutes les avenues possibles. Il pèse le pour et le contre et examine avantages et inconvénients de la moindre option. Une chose est certaine : son avenir personnel, celui de sa femme et de ses enfants ne pèseront d’aucun poids dans la balance. Seule compte à ses yeux l’amélioration des conditions de vie et de travail de la classe ouvrière. On doit saluer bien bas et respecter un Mauricien du calibre de Jack Bizlall même si on n’est pas toujours sur la même longueur d’onde que lui.

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