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Bisanvil une belle aventure
Bisanvil, le court-métrage de Caméléon Production, financé par l?Union européeenne, sera diffusé en avant-première ce vendredi. La projection sera précédée d?une sélection de court-métrages mauriciens et suivi d?un débat animé par David Constantin, le réalisateur. Retour sur une aventure commencée en 2003.
David Constantin et Gopalen Chellapermal, les deux têtes pensantes de Caméléon Production, ont toujours fait de la fiction de manière originale. Quoi de plus ingénieux que de représenter la société mauricienne, sur un trajet en bus, de Quatre-Bornes à Port-Louis! Qui n?a jamais emprunté cette route sur un trajet « l?express », et qui ne s?est jamais retrouvé gêné par un voisin trop bavard, regardé de travers par une vieille dame pétrie de valeurs traditionnelles, ou qui, n?a jamais été amusé par les questions qu?un enfant qui ne cesse de poser à son aîné ? Bisanvil, est un petit bijou satirique, tellement représentatif du microcosme mauricien, qu?il vous fera rire, tant le miroir est vrai. `
Au fur et à mesure que la caméra capte ces scènes de vie, ces visages et ces paysages toujours familiers, on reste là, on reconnaît. David Constantin a conservé le don de nous faire voir les choses de l?intérieur et il conserve surtout le goût de nous montrer ce que nos yeux sont habitués à voir. Des personnages pas si hauts en couleur que cela, parce que chacun d?entre eux, est représentatif d?une réalité ? celle d?une île Maurice multiculturelle, où « les cultures se côtoient mais ne se mélangent pas. »
Nisha et Steeve, deux jeunes de race et de milieu social différents, fuient le toit parental. Ils veulent se marier librement. Ils empruntent le bus « express » assurant la liaison entre Quatre-Bornes et Port-Louis. D?autres passagers font le voyage. Nani, une grand-mère d?origine indienne et Roshan, son petit-fils de neuf ans. « Zougader », joueur invétéré, dont le seul objectif est d?arriver à temps à Port-Louis pour aller aux courses. Piow, un vieillard borné qui, s?étant trompé de bus, veut à tout prix descendre, au grand dam d?Idriss, le receveur. Ce dernier règne d?une main de fer sur son bus. Au cours de ce voyage épique, ce petit monde s?excite, entre en conflit et se réconcilie sous l?oeil amusé de Roshan. Une tranche de vie qui brosse un portrait coloré de la société mauricienne et de ses contradictions.
Au fil de ce court-métrage d?une vingtaine de minutes, la caméra et les dialogues enrichissent avec rigueur et constance, une ?uvre de fiction profondément ancrée dans la réalité mauricienne. De ce quotidien ordinaire que dépeint Bisanvil, le réalisateur s?attarde sur les fractures sociales : l?impossibilité de vivre un amour entre un « nasyon » et une jeune fille de bonne famille hindoue, la joie d?une grand-mère hindoue dont la fille épouse un homme « ki travay dan gouvernman ».
<B>Microcosme mauricien</B>
Ce trajet en bus, qui n?est autre qu?un trajet au c?ur du microcosme mauricien, ne verse jamais dans le grotesque. Il est vrai, authentique, satirique et ne manque jamais de réalisme. « Le propos de notre film, est de montrer que les temps changent et que les esprits n?ont d?autre choix que d?évoluer avec eux, pour le bien de tous, » explique David Constantin.
Ce bus est donc le reflet de la société mauricienne. Chaque personnage représente une certaine mentalité mauricienne, de l?homme de la rue, au politique, en passant par celui qui veut tout ignorer de ce qui se passe autour de lui. « Nous recherchions une situation qui serait représentative des travers de la société mauricienne. On a cherché une sorte de métaphore qui serait à la fois très mauricienne et capable de recréer cette société dans un lieu clos. Nous voulions également que tout ce petit monde soit en mouvement et qu?ils aillent tous dans la même direction. C?est comme cela que l?idée du trajet en bus nous est venue, » explique le réalisateur.
Porté par d?illustres inconnus, à l?exception d?Anon Payendee et de Thierry Françoise, les huit acteurs principaux, se prêtent au jeu de la caméra avec conviction. « Nous avons longtemps répété dans un bus que nous avions loué. Nous savions que les conditions de tournage ne seraient guère facile, compte tenu de la promiscuité du lieu. Les comédiens se sont surpassés et ont rapidement pris goût à la caméra. »
Autant les comédiens sont pour la plupart des amateurs, autant l?équipe technique, elle, est rodée. Claire Mathon, chef opératrice, Pierre Gerval, ingénieur du son, Simon Roca, 1er assistant caméra, Juliette Grandmon, scripte et productrice associée et David Constantin à la réalisation, ont su capter diverses essences de notre société.
Dédié à feu Francis Leroi, l?un des premiers à encourager le projet, Bisanvil, financé par l?Union européenne, a mis deux ans ou presque à aboutir. « De la préparation au montage final, il s?est écoulé beaucoup de temps. Les conditions de tournage étaient difficiles, nous avions peu de moyens, mais nous avions tous à c?ur de mener le projet à bon port. » Le scénario, à l?origine écrit par Gopalen Chellapermal, a énormément évolué.
La musique du film est signée Menwar, le chantre du « sagaï » mauricien. Le film a été produit par Caméléon Production et co-produit par Charivari Films, une boîte de productions française. Il a bénéficié du soutien de la Mauritius Films Development Corporation, de l?ambassade de France à Maurice, de la Compagnie mauricienne de Textile et de la Phoenix Camp Minerals.
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