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Bienvenue au PM

5 octobre 2006, 00:00

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par Nazim ESOOF

Après Cuba, New York et la Roumanie, le Premier ministre est de retour à Maurice. Nous ne nous appesantirons pas sur ses inévitables escales à Londres. Il peut difficilement s?en passer et c?est bien une lubie qu?on lui accordera, même si cela peut paraître quelque peu fantaisiste et anecdotique cette obsession d?un Premier ministre à se poser aussi souvent dans la capitale anglaise.

Désormais sur le seul sol mauricien, après des interventions pertinentes sur des platesformes internationales, le Premier ministre est appelé à se reconnecter à la réalité locale. De son départ à son retour, il enregistrera que le gaz ménager et l?essence sont plus chers aussi bien que les prix d?autres commodités qui ont pris l?ascenseur. La rationalité économique continue à oppresser le peuple et il devient de plus en plus difficile de vivre dans ce pays. Sans doute faut-il passer par là avant d?atteindre un niveau de vie plus raisonnable et plus en rapport avec nos moyens. Mais entre-temps, le gouffre ne cesse de s?élargir. De nombreuses familles atteignent les profondeurs insondables de la pauvreté et de la précarité.

Le Premier ministre en est probablement conscient et il ne tardera pas à prendre les mesures qui s?imposent. Peut-être profitera-t-il même de la distance et de la hauteur que lui a procurées son séjour à l?étranger pour faire son ?mea-culpa? par rapport à notre titre de presse. En effet, ce serait la moindre des choses que de reconnaître qu?un titre accusé de vouloir nuire a fini par avoir raison sur bien des questions. Mais ce n?est pas dans la nature du politique des reconnaître ses erreurs. On en est conscient et doublement lorsqu?il s?agit d?une personne qui voit des complots partout. Nous n?en ferons donc pas une guerre de pacotille.

Le contexte est difficile et il faut espérer un effort collectif qui transcende les intérêts particuliers. Après avoir plaidé en faveur d?une ascèse nationale, discours tenu surtout avant la présentation du dernier budget, le Premier ministre s?est limité ces derniers temps à un exercice de ?crisis management? continu. Est-il déjà rattrapé par la contingence ? Sans aucun doute. Il importe cependant de revenir à l?essentiel.

Une nouvelle dynamique doit se mettre en place. Le réformisme reste la seule alternative aussi longtemps que nous ne pourrons proposer autre chose. Mais ce réformisme qui consacre la société de marché ne sera pertinent que s?il est vécu comme une phase transitoire. La société mauricienne a pendant trop longtemps été soumise à une certaine pusillanimité réformiste pour qu?on ne donne pas leur chance à ceux qui disent ?uvrer en faveur d?une transformation en profondeur du pays. Mais jusqu?ici, nous sommes demeurés résolument dans la rhétorique. Même si on ne peut s?attendre à des résultats concrets immédiats, rien ne présage non plus une société empreinte de volontarisme et d?égalitarisme. Parce que fondamentalement, il n?y a rien qui ait changé dans nos têtes. La révolution des mentalités n?a pas eu lieu. Pire, le pouvoir a pris de mauvaises habitudes. Déjà !

Bienvenue donc au PM. Dans un pays rongé par le doute et la pression d?une roupie dont la valeur ne cesse de diminuer. Un pays qui se pose de sérieuses questions sur la démarche de ses dirigeants. Un pays où la rue gronde même si elle n?est pas intrinsèquement imprégnée de la culture de la contestation. Ici, et cela fait plusieurs décennies, on intériorise la colère pour l?exprimer à travers le cycle de l?alternance. Sauf que les principales formations politiques ont instauré un jeu de chaises musicales où elles se partagent le pouvoir à tour de rôle. Ce n?est qu?un peuple qui manque d?ambition qui s?en accommode aussi facilement !

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