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?Bernard était à cinq mètres de moi quand il a disparu?
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?Bernard était à cinq mètres de moi quand il a disparu?
?Sept mois mo travail assistant marqueur pour Raphaël Fishing, zame monn trouv enn gilet sauvetage lor zil.? Assis sur un lit, à côté de sa tante Nella Louis, chez lui à Grand-Baie, Jean Daniel Meunier, 20 ans, raconte. Il est l?unique rescapé du naufrage de samedi dernier près de Gros-Roche, îlot Raphaël, sur les bancs de pêche de St-Brandon, dans lequel a péri Linley Chelin, 39 ans.
Outre ses proches, Florise Adolphe, compagne de Bernard Céline, 45 ans, porté disparu, et son fils Keagan sont présents. Florise ne peut contenir ses larmes.
Interrogé sur cette allégation, Alain Langlois, directeur de Raphaël Fishing, compagnie qui gère la pêche sur les bancs dément. ?Cent gilets sont disponibles à bord du Gentilly. Ceux qui en veulent peuvent les prendre. Malheureusement, aucune loi n?oblige les pêcheurs à porter un gilet de sauvetage.?
C?est en avril 2003 que Jean Daniel Meunier, originaire de Montagne du Sable, Rodrigues, débarque à Maurice. Il prend de l?emploi chez Raphaël Fishing.
Samedi, les trois employés font une tournée. Ils rentrent au bureau après avoir effectué des relevés auprès des pêcheurs. Daniel Meunier est assistant marqueur, Linley Chelin était marqueur et Bernard Céline, grévier.
?Samedi, 11 heures. Nous quittons l?îlot Raphaël dans notre pirogue. Ce bateau en fibre de verre a déjà connu des avaries. Il faut charger une cargaison auprès des pêcheurs de l?île Avocaire. Nous repartons avec une tonne de capitaines, cateaux et autres poissons, peu après midi. A proximité de Gros Roche, c?est la catastrophe.
?Il est 14 h 30. La pirogue subit une forte houle et tangue dangereusement. Sous les coups de butoir des vagues, le moteur est arraché. La pirogue prend eau. Bernard Céline et moi retirons notre imperméable avant de nous jeter à l?eau. Linley Chelin, lui, saute dans les vagues avec son imperméable.?
Les trois hommes luttent contre les flots. ?Je nageais devant. A cinq mètres de moi, je vois Bernard qui crie : mo pa pe cavap nage. Puis il a disparu. J?ai nagé 40 mètres encore. J?ai mis pied à terre sur Ti-Raphaël, à 300 mètres du lieu du naufrage. J?ai beaucoup pleuré en pensant à mes amis. C?est à Ti-Raphaël que le pêcheur Georgy Begué m?a retrouvé. Il m?a ramené sur le site du drame, mais il n?y avait rien. Les recherches n?ont rien donné. Puis, je suis parti sur un bateau vers l?îlot Raphaël.? Repartira-t-il sur les bancs ? Jean Daniel ne le sait.
Demain, 35 pêcheurs rentrent au pays à bord du Gentilly, démora-lisés par ce dernier naufrage.
Longue attente au quai E
L?émotion est à son comble hier au quai E où Jacqueline Raffaut, la fiancée de Jean Daniel Meunier, est venu accueillir son bien-aimé. A côté d?elle, Florise Adolphe se lamente: ?Rann moi mo mari?, dit-elle.
Depuis 7 heures, Jacqueline et sa s?ur Marlène guettent à l?entrée du quai. Elles sont rejointes par la tante de Jean Daniel, Nella Louis qui est accompagnée de sa mère, Marie Noël Gabriel. A 8 heures, elles sont autorisées à pénétrer sur les quais. Une heure plus tard, l?excitation les gagne. La Dérive, un des bateaux de Raphaël Fishing, accoste.
Alain Langlois monte à bord pour accueillir Jean Daniel. Le rescapé apparaît sur le pont. Il est impatient et, signe d?angoisse, se mordille les lèvres. Il saute sur le quai. Une trentaine d?employés du port assistent à la scène.
Jean Daniel est aussitôt mitraillé par la horde de photographes présente. Les journalistes sollicitent ses premières impressions. Jean Daniel refuse tout commentaire : ?Mo pena nanrien pou dire.? Devant l?insistance des journalistes, il lance: ?mo fine conne nage?.
Alain Langlois, qui le soutient par les épaules conduit le jeune homme vers son véhicule pour gagner Grand-Baie.
Alors que les proches du rescapé se réjouissent de le revoir sain et sauf, Florise Adolphe a le c?ur serré. Aucune nouvelle de Bernard Céline. Son fils Keagan, 9 ans, qui espérait revoir son père débarquer, et sa mère Josée sont à ses côtés. ?Mo envi kone si mo mari vivan ou si li finn mor, mo envi trouv so lekor?.
Deux heures plus tôt, de l?autre côté du quai, une pénible scène a eu lieu. Le cadavre de Linley Chelin est débarqué du patrouilleur CGS Le Vigilant. Des policiers du port, dirigés par le chef inspecteur Gérard Orange et l?inspecteur Soman Appayah, attendent à côté du Mortuary Van de la police.
Le corps est ensuite transporté à la morgue de l?hôpital Jeetoo, Port-Louis. L?autopsie est pratiquée par le Dr Sudesh Kumar Gungadin. Le médecin légiste attribue le décès à l?asphyxie due à la noyade. La victime porte des blessures aux oreilles, causées par des morsures de poissons.
Les funérailles Linley Chelin ont lieu ce matin, à 11 heures à l?église Notre-Dame de Lourdes, à Rose-Hill. La famille souhaite recevoir, au lieu de fleurs, des dons en espèces. Ils seront remis par la suite à la famille du disparu Bernard Céline.
Appelé à la rescousse, depuis mardi, Le Vigilant patrouille longuement sur les lieux du drame. Les 45 membres d?équipage, les gardes-côtes de St- Brandon et les pêcheurs ratissent la zone autour de Gros- Roche, à bord de huit embarcations.
Des plongeurs découvrent la pirogue gisant à 11 mètres de profondeur. La zone est réputée infestée de requins, les recherches s?annoncent difficiles.
Mercredi matin, une équipe de pêcheurs menée par Georgy Meunier repère le corps sans vie de Linley Chelin dans son imperméable orange. Les plongeurs du sergent Mario Follet le repêcheront. A hier matin, Le Dornier des gardes-côtes survolait toujours la zone du naufrage.
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