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Bernadetteet ses petits protégés

6 novembre 2004, 20:00

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Un « bonjour » sincère lancé à l?adresse des écoliers du Centre de l?Amitié à Camp-la-Paille, Bambous et voilà qu?ils rayonnent comme des fleurs au soleil ! Ici les visiteurs sont accueillis comme des rois. Chacun repart, attendri par la spontanéité des enfants qui ne se font pas prier pour pousser la chansonnette. Personne ne quitte l?école sans être gratifié de bises sonores et de cadeaux faits main.

Cette école, c?est celle de Bernadette Camoin, ancienne religieuse récemment « oscarisée » pour sa contribution à l?allégement de la pauvreté. « C?est le couronnement de ma vie et un grand encouragement. Je prie pour avoir suffisamment de force pour poursuivre ma mission », lance la sexagénaire avec enthousiasme.

<B>« Nous sommes partis de rien »

Elle se souvient du jour où elle a mis pour la première fois les pieds à Camp- la-Paille, il y a trente-deux ans. Le petit village est ainsi appelé, car la plupart des maisons sont bâties avec de la paille et des bâtons d?aloès. Bernadette est alors frappée par la pauvreté qui y règne. « Des familles entières vivaient dans une pièce. Pour nourrir leurs enfants, les mères faisaient griller des bomblis séchés sur des cendres. Lorsque j?ai vu toute cette misère, j?ai su que je devais faire quelque chose. »

Elle décide alors de centrer son action sur l?éducation des enfants. Le baïtka (lieu d?enseignement) de la localité, en tôle rafistolée, fera l?affaire. Le mobilier est des plus rudimentaires, sept bancs et pupitres fabriqués avec des planches récupérées. L?école débute ses activités avec sept élèves en mars 1987. « Notre but était de susciter le goût d?apprendre. » Nombreux étaient ceux qui, à la suite d?échecs scolaires, abandonnaient l?école au profit du travail et de l?errance.

Mais les réticences sont tenaces. Les parents ont du mal à accepter que leurs rejetons aillent à l?école. Il arrive fréquemment que la situation financière de la famille rende le travail de l?enfant indispensable. D?autres n?y allaient pas car ils étaient responsables des frères et s?urs dont ils devaient s?occuper. Mais c?est sans compter la force de persuasion de Bernadette. « Nous avons su les motiver? »

Entre-temps le ministère des Terres approuve son projet d?école et lui offre un terrain à bail dans la cité. Mais l?argent fait défaut, et elle ne sait pas vers qui se tourner pour financer la construction du bâtiment qui abritera son école. Toutefois, Bernadette ne perd pas courage. Comme les enfants sont doués pour la danse et le chant, elle crée le Nakabandi Group. « Ils se produisaient dans les fêtes populaires. On commençait à les connaître et les gens les sollicitaient souvent pour animer des mariages. »

C?est ainsi que la United Way entendra parler de Bernadette Camoin et de ses petits protégés, et débloquera une somme de Rs 100 000 pour aider à construire le bâtiment. Dès lors, la chance leur sourit. Le gouvernement décide d?accorder une subvention aux enfants défavorisés, tout en respectant certains critères. Puis en 2000, le Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups leur accorde une aide de Rs 450 000. Un don du ministère de la Femme lui permet d?offrir des chaises, des tables, des livres et des jeux éducatifs aux petites têtes brunes. Plusieurs volontaires apportent également leur contribution.

Ainsi naît le Centre de l?amitié. « Nous sommes partis de rien, et je dois dire que nous sommes passés par des épreuves qui nous paraissaient insurmontables. Il a fallu lutter pour réussir. Si l?école existe aujourd?hui c?est grâce à la contribution de tous? » Elle accueille désormais 70 enfants de deux à cinq ans. Grâce aux efforts de Bernadette Camoin et de ses collaboratrices Amrita Dookee et Farozia Ramjan, ils ont retrouvé un climat stable et chaleureux pour prendre le chemin de l?école. « Le changement est remarquable. Il y a encore beaucoup à faire, mais on voit bien que les enfants s?épanouissent. Ena dimounn dir nou lesiel ine vinn dan lendroi. »

L?infatigable sexagénaire ne compte pas s?arrêter en si bon chemin. À quelques pas de là, un bâtiment s?élève lentement. Financé par l?Union européenne, ces murs abriteront très bientôt une garderie.

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