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Ben quoi le taux d’intérêt !
L’opération se prépare dans le plus grand secret. On attend le meilleur moment pour choquer les esprits. Bientôt, contre toute attente, la Banque de Maurice (BoM) va... baisser le taux Lombard ! Eh ben alors, c’est à prendre ou à laisser !
Surréaliste ? Pas si sûr. Tout peut être sujet à la rationalisation. On introduit quelques bonnes prémisses, on développe une ambiguïté constructive autour d’un modèle, et on conclut en relativisant la contradiction. De toute façon, l’économie étant une science humaine dans un monde imparfait, toute conclusion est discutable. Ce relativisme mène tout droit à des politiques irrationnelles.
Une nouvelle réduction du taux Lombard serait un signal fort de la BoM qui s’engage à sauver la zone franche, du moins lui donner un énième temps de répit pour se restructurer. Ce serait aussi un signal clair en faveur d’une volontaire dépréciation de la roupie, une manière de rendre notre économie plus compétitive et de favoriser sa transition vers le développement du secteur des services. C’est ce que souhaiterait le gouvernement.
Selon les tenants de cette thèse, il ne fait pas sens, économiquement parlant, d’augmenter le taux Lombard. L’économie doit être relancée. Une hausse du taux d’intérêt découragerait les investisseurs à prendre des risques. Il convient donc de réduire les charges financières des entreprises tout comme il faut alléger les dettes de l’État. Les taux de rendement sur les bons du Trésor ont connu trop de hausse. Une baisse du taux Lombard y mettrait un arrêt définitif.
Les banques ne souhaiteraient pas une nouvelle baisse du coût de l’argent. Elles détiennent encore trop de liquidités entre leurs mains, n’arrivant pas à financer de nouveaux projets. Les comptes financiers récemment publiés démontrent que les Interest Incomes ont chuté. Les banques ne voudraient pas voir remonter le taux Lombard avant d’avoir accru leurs portefeuilles de prêts et d’avoir assuré un réajustement à la hausse de leur Non-Interest Income.
Au contraire, une nouvelle baisse du taux Lombard arrangerait les banques. L’épargnant se verra pénaliser alors que les taux d’intérêt à l’emprunt seront plutôt rigides. Les principales banques commerciales n’ont jamais été aussi profitables que dans le contexte actuel de laxisme monétaire.
Dans la mesure où les intérêts particuliers de l’industrie textile, du gouvernement et des banques se rejoignent, la Banque de Maurice aura à faire preuve d’une sacrée dose d’indépendance pour oser se les mettre à dos. Mais elle devra assumer ses responsabilités afin de mener à bien sa mission qui est de protéger la valeur de la roupie et le pouvoir d’achat du citoyen. Selon des prévisionnistes, l’inflation annuelle pourrait atteindre 4,7 % en décembre 2004, puis 5,5 % en juin 2005. On sera bien loin de ce qu’avait espéré la BoM au début de l’année !
On ne peut plus évoquer le court terme pour justifier une politique délibérée de la dépréciation de la roupie. C’est devenu un disque rayé, car pour avoir chanté une politique de court terme depuis plusieurs années, on est déjà arrivé dans le long terme. Et d’ailleurs, si le court terme veut dire quelque chose, la dérogation d’une année obtenue sous l’AGOA et le renvoi de la réduction du prix sucrier au-delà de 2005, devraient suffire pour faire taire les fausses notes.
À ce titre, notre deuxième baromètre économique est tout à fait cohérent: alors que certains analystes pensent que le chômage va se stabiliser dans les douze mois à venir, nombreux sont ceux qui se veulent pessimistes sur la même période.
Relever le taux Lombard, voilà une manière parmi d’autres de tuer le pessimisme ambiant...
<B>(www.pluriconseil.com)</B>
<B>Eric NG PING CHEUN</B>
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