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Baïssa en fête après l?attaque de l?hélicoptère américain

3 novembre 2003, 20:00

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Pour certains habitants du village irakien de Baïssa, on n?aurait pas pu rêver meilleur cadeau pour le ramadan que l?attaque meurtrière dont a été la cible un hélicoptère militaire américain, venu s?écraser dans l?un de leurs champs.

?Normalement, on fête le ramadan à la fin du mois. Mais cette fois-ci, la fête est précoce parce que des infidèles américains ont été abattus?, se félicite Abdullah Hissein. Inspiré, le chauffeur de taxi ajoute en suivant des yeux les hélicoptères américains qui, hier, survolaient encore le secteur : ?Maintenant, nous pouvons les abattre eux aussi.?

Quinze soldats américains ont été tués dimanche quand leur appareil, un Chinook de transport de troupes, a été touché par un missile sol-air. Le bilan de cette attaque est le plus meurtrier depuis le renversement du régime de Saddam Hussein, en avril, par les forces américaines.

A Baïssa, un village situé dans le ?triangle sunnite? qui constituait auparavant le fief de l?ancien président irakien, les semaines qui ont précédé le mois de jeûne du ramadan ont vu un accroissement sensible du ressentiment éprouvé envers les forces sous commandement américain.

Les Irakiens affirment que les forces américaines, qui sont souvent la cible d?attentats à la bombe ou de tirs de roquettes à Falloudja, ville voisine, ont mené des raids musclés dans les villages environnants pour y débusquer d?éventuels rebelles. Selon plusieurs villageois, les gens qui n?ont pas pu fournir d?informations sur ces ?combattants ennemis? ont été arrêtés à l?issue de perquisitions brutales des soldats.

?Je connais plusieurs personnes qui ont été arrêtées, et notamment l?imam local et sa famille?, témoigne Karim Mansour, un agriculteur. ?Ils ont emmené des gens après leur avoir mis un sac sur la tête.?

Les autorités américaines ont souvent imputé à des combattants fidèles à Saddam Hussein ou à des islamistes venus de pays voisins les attaques qui ont coûté la vie à au moins 136 soldats américains depuis que George Bush a déclaré fini le gros des opérations de combat, le 1er mai. Plusieurs habitants de Baïssa ont dit connaître un Syrien qui entraîne des rebelles. D?autres imputent les violences à des partisans de Saddam Hussein. Ils s?accordent en tout cas pour dire que, dimanche soir, les forces américaines se sont fait de nouveaux ennemis.

?Ils tirent sur tout ce qui bouge. Ils ont entendu un bruit, et ils ont tiré sur l?une de nos vaches. Quand nous sommes montés sur le toit et avons allumé une lampe, ils nous ont tiré dessus?, raconte Hussein Issaoui, un responsable des Douanes.

Les villageois expliquent que les soldats américains tentent d?amadouer les enfants avec des bonbons mais en vain. ?Les enfants prennent les bonbons, mais ils bernent les Américains?, souligne Maher Abbas, un agriculteur.

?Nous haïssons les Américains, même nos plus jeunes enfants ramassent des pierres et les jettent quand ils voient des hélicoptères.?

De jeunes garçons, pieds nus, observent les déplacements d?une quarantaine de véhicules militaires tous terrains Humvee et autres camions venus assurer la sécurité à l?endroit où s?est écrasé le Chinook. Eux aussi veulent attaquer des soldats de la coalition. ?Nous ne voulons pas des Américains?, lance Abdullah Wahab, 11 ans. ?Je veux abattre leurs avions.?

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