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Bassin-Blanc : les failles d?une longue enquête
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Bassin-Blanc : les failles d?une longue enquête
L?énigme des amants de Bassin-Blanc vient en partie d?être révélée mardi. En effet, la théorie des premiers enquêteurs, selon laquelle Ramesh Sandooram et Anshi Ittoo se sont donné la mort, ne tient plus la route.
Dans le cadre de l?enquête judiciaire sur le décès inexpliqué des amants, le Dr Satish Boolell, médecin légiste, a donné certaines précisions. Les amants ne se sont pas noyés mais, au contraire, ont reçu des coups sur la tête avant que leurs corps ne soient jetés dans le cratère.
Le chef du service médico-légal, qui avait autopsié leurs cadavres quatre jours après qu?ils aient été portés disparus, soit le 14 novembre 2002, a énuméré les éléments démontrant que Sandooram et Ittoo ont été victimes d?un foul play.
À la barre des témoins, le Dr Boolell a expliqué que Ramesh Sandooram, 38 ans, et Anshi Ittoo, 17 ans, étaient sans doute déjà morts quand leurs corps ont été jetés dans l?eau stagnante de Bassin-Blanc.
Des traces de coups à la tête
Il n?y a pas non plus de traces d?eau dans leurs voies respiratoires, leurs poumons et leurs intestins. Ce qui aurait été le cas s?ils avaient succombé à une noyade.
L?absence de résidus du lac tels que des sédiments et autres organismes vivants dans leurs voies respiratoires écarte aussi la thèse de la noyade. Et même si cette eau est absorbée par les tissus de leur corps lors de la décomposition, il aurait dû y avoir des traces. Or tel n?est pas le cas.
Le médecin légiste a aussi mis l?accent sur certains détails observés sur les deux cadavres, ce qui porte à croire qu?il y a bien eu foul play dans cette affaire. Le corps de Sandooram portait des traces de coups « violents » à la tête, au cou, au bras, à la poitrine et au coude, alors qu?Anshi avait des blessures à la tête.
Ramesh Sandooram a dû être plaqué au sol et son hémorragie cérébrale est de nature traumatique. La nature de ses blessures, et de celles de sa jeune maîtresse, n?est également pas compatible avec la thèse des premiers enquêteurs selon laquelle les amants se seraient jetés dans le lac.
Si tel avait été le cas, leurs blessures auraient été d?une autre nature, de par la topographie du terrain. Au vu des précisions apportées par le Dr Boolell, les familles des deux amants se demandent si la théorie qu?ils aient été victimes d?une méprise n?est pas la plus probable pour expliquer leur décès.
En effet, peu avant sa mort Sandooram avait fait l?acquisition d?une Toyota Land Cruiser appartenant à son cousin, Kishan Hazareesingh, qui est l?un des accusés dans l?agression à l?acide du Dr Kishan Malhotra, le gendre de sir Anerood Jugnauth.
« Moti kone ti ena bate touye »
Comme Hazareesingh était propriétaire d?une des deux seules jeeps de ce type à Maurice, la possibilité qu?on ait agressé Sandooram en croyant que c?était Hazareesing est de nouveau d?actualité.
Avec les éléments mis en avant par le Dr Boolell, les proches de Sandooram estiment qu?il y a eu des failles dans l?enquête policière. « Pou moi mo ti kone ti ena bate touye, pa enn suisid. Ramesh ti ena enn tas proze », confie son père.
L?homme de loi des Sandooram, Me Siv Potayya, se demande si les explications du Dr Boolell ne sont pas suffisantes pour demander que l?enquête judiciaire soit stoppée et, qu?à la place, une enquête préliminaire démarre au plus vite, d?autant que la Major Crime Investigation Team a un suspect.
Le frère d?Anshi, Bipin, a en effet été inculpé de meurtre, et son avocat a fait une motion réclamant que le surintendant Hurrydeo Raddhoa s?expli-que sur l?enquête policière qu?il mène en parallèle avec l?enquête judiciaire devant la cour de Souillac. Il sera entendu le 2 mai.
Au point où en sont les choses, les proches des victimes se demandent s?il y a eu suffisamment de communication entre les limiers de la CID de Savane et le service médico-légal, à l?époque, pour qu?ils en viennent à penser qu?ils avaient affaire à un double suicide.
Somme toute, l?enquête aura démarré dans le désordre dès le départ. Quand les deux corps ont été découverts, flottant dans le lac, les plongeurs du Groupe d?intervention de la police mauricienne avaient déjà pris l?initiative de les enlever avant l?arrivée du médecin légiste.
Le Dr Satish Boolell a dû opposer son veto, mais en attendant son arrivée, les sentiers menant aux berges où les corps ont été retrouvés ont été piétinés?
La seule chose à faire désormais est que l?enquête soit relancée. C?est ce que fait Hurrydeo Raddhoa et on ne peut que lui souhaiter bonne chance.
Retour sur les lieux
À 13 heures jeudi, la magistrate Razia Janoo et les avocats du Parquet et de la famille refont le trajet dans le cadre de l?enquête sur la mort des deux amants. Le terrain est glissant. Chacun tente de mettre les pieds au bon endroit pour ne pas glisser et tomber sur ceux qui sont devant.
« Eh, fer enn manier personn pa glise sinon nou tou ale la », avertit un policier. Certains, conscients du danger, s?arrêtent de temps en temps.
« Mo dimann moi kouma nou pou fer pou remonte », lance un journaliste.
Quelques minutes après, un policier qui ferme le cortège s?adresse à un homme qui cueille des goyaves de Chine. « Ki sannla ou ete ou.
Mo finn gaign lord pa less tou dimounn desann. »
« Mo form parti fami Itoo », rétorque l?homme. Hébété, le policier lui demande de ne pas trop s?aventurer car le terrain est trop glissant.
À mi-chemin, une corde a été installée pour pouvoir descendre plus facilement jusqu?au lac. Il faut environ une vingtaine de minutes pour y arriver. Pour remonter à la surface, même scénario.
Conclusion : il est quasiment impossible que le couple soit descendu vers le lac de son propre gré. Autre élément surprenant, on ne capte pas le réseau téléphonique à cet endroit. Donc, à partir d?où Ramesh Sandooram a-t-il appelé son ami Sachin Padaruth de son téléphone portable pour l?informer qu?il avait des problèmes avec deux hommes ? Bassin-Blanc n?a pas encore livré ses secrets.
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