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Basseer Beelontally, marchand de saveurs

22 octobre 2006, 00:00

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Devant sa vitrine regorgeant de naans de toutes tailles, Basseer Beelontally se tient, en ce temps du ramadan devant la Jummah Mosque. Dès 9 heures, il est sur place, s?abritant du soleil cuisant de Port-Louis sous un large parasol, à côté de ses amis vendeurs comme lui. Âgé de 59 ans, c?est avec courage qu?il demeure ainsi dans la chaleur de la cité sans boire ni manger. « C?est la prière qui me donne du courage. Je ne ressens même pas la fatigue », confie-t-il.

Tout comme les nombreux dévots, Basseer ne manque jamais le Fajar, la première prière du matin qui marque le début de la journée de jeûne après le Sehri, le repas du matin qui s?étend jusqu?à 4 h 30. Et jusqu?à 17 heures, il demeure ainsi sur place et ne délaisse ses naans que pour la prière de 13 heures, le Zohar.

En début de semaine, Basseer et ceux de foi musulmane célébreront l?Eid-Ul-Fitr, la fête qui marquera la fin du ramadan, l?un des cinq piliers de l?islam. Ce mois sacré est quotidiennement marqué par une extrême dévotion traduite par une discipline dans le jeûne, et par des prières et la lecture du Coran. En temps ordinaire, les dévots peuvent se consacrer à leurs prières à leur domicile mais durant ce mois, c?est avec assiduité qu?ils se rendent à la mosquée plusieurs fois par jour. Ainsi, la Jummah Mosque, à Port-Louis, où s?est installé Basseer pour vendre ses naans, voit défiler plus d?un millier de croyants quotidiennement.

Mais les allées et venues des nombreux fidèles à la mosquée ne sont pas les seuls signes d?un moment spécial de l?année.

À côté du trafic incessant, des innombrables passants et ceux qui demandent l?aumône, se trouvent divers marchands de gâteaux et de petites douceurs comme le fameux mootay ou les dates, ainsi que des vendeurs de bonnets et de parfums.

Une vraie tradition

Et les naans que vend Basseer font aussi partie intégrante de ce moment de jeûne. Des vitrines remplies de ces galettes préparées à base de farine, de lait, de beurre, d??ufs et d?eau, font leur apparition dès que débute le mois sacré. Le naan est devenu une vraie tradition.

Mais pour Basseer, le naan n?a pas toujours été son gagne-pain. En fait, ce n?est que tout récemment qu?il a commencé à s?adonner à cette activité. Ce fils de laboureur a toujours vécu dans la précarité. Très jeune, il a quitté le domicile parental pour la maison de ses grands-parents où il a grandi. Comme il n?avait pas les moyens de continuer sa scolarité, il s?est, par la suite, consacré à plusieurs petits boulots afin de joindre les deux bouts.

Au début, il vendait des plats de briyani et de mines sur le trottoir à Port-Louis, avant d?être embauché comme soudeur par une compagnie privée. « J?ai travaillé très dur durant toutes ces années. Tous les jours, même le dimanche, je travaillais du matin jusqu?au soir. » Ces années sont aussi marquées par la rencontre avec Samsoo, qu?il épousera peu de temps après et avec qui il aura trois fils.

Malgré les nombreuses difficultés financières qu?il a rencontrées, Basseer n?a jamais baissé les bras. « J?ai toujours fait de mon mieux pour mes enfants », insiste-t-il. Et très fier, il parle de ses trois fils qui sont désormais infirmiers en Angleterre. Mais Basseer va aussi connaître une dure épreuve. En effet, sa femme qui était gravement malade, meurt. « Après sa mort, je n?avais plus le courage de faire quoi que ce soit », confie-t-il.

Toutefois, Basseer ne peut pas continuer à vivre sans boulot. Il commence donc à vendre des naans. « Il y a certaines personnes qui viennent même de Mahébourg pour les acheter », raconte-t-il. Ce ne sont effectivement pas les clients qui manquent. Ceux qui viennent quotidiennement à la mosquée sont toujours tentés d?acheter ces galettes qui se déclinent en différentes saveurs : au fromage, au curry de poulet ou aux épices. Ces galettes trouvent aussi preneurs chez ceux qui sont dans l?Ittekaaf, c?est-à-dire ceux qui, pendant les dix derniers jours du ramadan, demeurent en retraite à la mosquée et qui se consacrent à leurs prières et à la lecture du Coran.

Après la fête d?Eid-Ul-Fitr, Basseer ne sera plus marchand de naan et se consacrera à la vente de petites gourmandises comme le délicieux goolab jamoon en attendant le prochain ramadan.

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