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Barres de fer : pénurie en attendant la hausse des prix

10 avril 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Instabilités dans le marché de fers de construction. Notamment après la décision du gouvernement de libéraliser les prix de ce produit. Des hausses allant jusqu?à 15 % sont à prévoir. Entre-temps, la situation de pénurie perdure?

Il est peu probable que la réduction de la taxe douanière de 30 % à 15 % sur le fer importé (décision prise vendredi dernier de pair avec la mesure de déréglementer les prix de vente) profite aux consommateurs dans l?immédiat. Le marché fait face à un déficit depuis quelque temps, surtout à la suite de l?arrêt des opérations de Desbro International, principal fournisseur de fer, en mars dernier. Les distributeurs profitent de cette mesure de déréglementation pour ajuster les prix à la hausse et même réaliser des gains exceptionnels.

Certains opérateurs anticipent d?autres hausses importantes d?ici la fin de l?année. ?Avec la consommation grandissante de fers de construction dans les pays du Golfe, en Chine et en Inde, les prix de la marchandise continueront à subir des pressions à la hausse. Il n?est pas exclu que les prix connaissent une autre augmentation de 15 % à 20 % dans les mois à venir dans le sillage des hausses du coût des matières premières sur le marché mondial?, dit un opérateur. D?autres misent sur une stabilisation des prix sur le marché local une fois que les perturbations seront calmées. La dynamique de la libéralisation jouerait alors en faveur de la concurrence et les consommateurs en profiteront.

Toujours est-il qu?un récent rapport d?Enterprise Mauritius (EM) sur le marché de barres de fer dit douter que la libéralisation puisse favoriser la baisse des prix vu les tendances des cours au niveau international. EM fait certaines recommandations dans un contexte où le gouvernement souhaite maintenir une production domestique de fers de construction pour des raisons stratégiques.

Recommandations d?Enterprise Mauritius

L?agence de soutien aux entreprises préconise une politique d?accompagnement aux fabricants locaux pendant une période de transition. Elle suggère au gouvernement d?appliquer un programme de restructuration de l?industrie pendant une période de 20 mois avant que la libéralisation complète n?intervienne.

Le rapport d?EM demande aussi au gouvernement de maintenir les échéances de réduction tarifaire de la Southern African Development Community (SADC) afin d?accorder aux opérateurs locaux suffisamment de temps pour mettre en ?uvre leur programme de modernisation. EM préconise aussi une limite de 10 000 tonnes sur le fer importé des pays du Common Market of the Eastern and Southern Africa.

Le gouvernement n?a visiblement pas tenu compte de ces suggestions. Les producteurs locaux sont aujourd?hui devant un risque de déferlement de substituts importés potentiellement néfastes à leur rentabilité.

En reprenant les activités de Desbro, la compagnie sud-africaine Murray & Roberts s?installe comme le leader du marché. Le rapport d?EM met en garde contre un danger de monopole absolu de l?opérateur étranger.

Avec la libéralisation de l?importation, l?Afrique du Sud devient la source d?approvisionnement la plus compétitive pour Maurice en raison du coût du fret avantageux. Murray & Roberts aura un avantage définitif sur ce plan par rapport aux autres acteurs locaux. ?La réduction des tarifs douaniers sur les barres de fer provenant de la SADC va accentuer cet avantage. Il y a des risques de collusion entre Murray & Roberts et d?autres fournisseurs sud-africains pour créer un monopole dans un produit stratégique à Maurice en vendant à un prix bas dans le court terme?, prévient le rapport d?EM.

?On ne peut parler de monopole?

Par contre, certaines voix soutiennent que les risques allégués de monopole sont exagérés. ?Les prix sont libéralisés. D?autres fournisseurs seront intéressés à entrer sur le marché. On ne peut parler de monopole?, avance un observateur.

Murray & Roberts a déjà une présence à travers la compagnie Misco. Celle-ci importe des barres de l?Afrique du Sud dans le cadre d?un partenariat avec la société mauricienne Lam Po Tang. ?Avec les nouveaux développements, nous allons devoir renégocier les modalités de notre partenariat avec Murray & Roberts. Notre souci est d?avoir une source d?approvisionnement compétitive?, affirme Derek Lam Po Tang, directeur de la compagnie.

Akilesh ROOPUN

Témoignages...

■ Kamal Heerasing, un habitant de Beau-Bassin, éprouve toutes les peines du monde à compléter la construction de sa maison. Soit les barres de fer sont ?complètement introuvables soit elles se vendent à Rs 20 voire Rs 25 plus cher dans les rares endroits où on peut encore les trouver?. Sooreeadev Jhugroo, propriétaire d?une quincaillerie à Beau-Bassin, explique la situation par la fermeture de Desbro. Mais, il affirme que, pour le moment, où qu?il aille, ?c?est la pénurie la plus totale. Ce qui met en colère les clients?. A La Ville-Noire à Mahébourg, un quincaillier dit pratiquer quasiment les mêmes prix qu?avant la libéralisation. Faisant exception à la règle, un quincaillier de la capitale déclare que les barres de fer ne lui font pas défaut. Quant aux prix, ils varient selon la demande du client. ?Si un client prend beaucoup de barres de fer, on lui fait une réduction?, explique-t-il.

Corinne MINERVE

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