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Banoo Hosenbokus : petite employée devenue grande
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Banoo Hosenbokus : petite employée devenue grande
Le slogan «zone franche, zone souffrance» n?a jamais été autant d?actualité qu?aujourd?hui. Or, on oublie que ce secteur a offert l?indépendance économique à de nombreuses personnes, facilitant leur mobilité sociale. Banoo Hosenbokus, Business Unit Leader à la Compagnie mauricienne de textile (CMT) de La Tour Koenig en est l?exemple type.
«En réussissant à me faire embaucher à la CMT de St.-Pierre, j?ambitionnais de grimper les échelons de l?entreprise pour devenir dactylo ou tout au plus secrétaire administrative. Je n?avais jamais imaginé que j?aurais pu aller si loin et si haut», confie la souriante Banoo Hosenbokus, 38 ans.
La vie est en effet pleine de surprises. Banoo, issue d?une famille modeste, aurait très bien pu continuer à vendre des «brèdes malbar» et des bananes, cultivées par son père, à la foire de St.-Pierre, si sa voisine qui travaillait comme machiniste dans le petit atelier de la CMT, à St.-Pierre, ne lui avait pas proposé d?essayer de lui trouver du travail dans l?entreprise.
«J?attendais mes résultats de Form VI et je voulais travailler, mais en 1983, l?embauche était difficile à cause du contexte économique. Tout était donc bon à prendre. De toutes les façons, je n?ai jamais trouvé dégradant de vendre des légumes. J?aimais le contact avec les gens tout en rêvant d?être hôtesse de l?air ou enseignante, comme toutes les filles de mon âge.»
Elle connaît François Woo de vue car c?est un de ses clients à la foire. Lorsque sa voisine l?entraîne dans le bureau du directeur, Banoo parvient finalement à mettre un nom sur le visage de son client. A l?époque, la CMT n?emploie qu?une vingtaine de personnes. Le seul emploi disponible est celui de runner, c?est-à-dire s?assurer du transport des ballots de t-shirts aux machinistes. Elle accepte non sans avoir soufflé à l?oreille de François Woo qu?elle détient un certificat de secrétariat.
Banoo réussit tant bien que mal à s?adapter au rythme, courant pour fournir les machinistes en étiquettes qu?elle allait chercher au store. Au bout d?une semaine, elle y est mutée avec pour tâche de classer les étiquettes par catégorie au sous-sol et de préparer celles de chaque chaîne de production.
François Woo constate que Banoo est débrouillarde et qu?elle est capable d?assumer des responsabilités plus substantielles. Il lui demande alors de prêter main-forte au Wages Clerk et prendre la présence des employés.
Quelques mois plus tard, quand sa secrétaire s?absente momentanément, le directeur général de la CMT se souvient que Banoo a les compétences voulues pour la remplacer. Il lui demande de bien vouloir dactylographier une lettre. «J?avais une peur bleue de mal faire, j?avais les doigts qui tremblaient car je savais qu?il fallait que la lettre soit parfaite.» Malgré ses appréhensions, Banoo s?en sort bien.
Le Bien-etre avant tout
Au milieu des années 80, la CMT prend son envol. Le petit atelier est transféré dans le grand bâtiment d?en face à St.- Pierre. Banoo suit le mouvement. Dans ce nouvel environnement, elle agit comme Wages Clerk et dactylo. «J?étais emballée car on m?avait donné une machine électronique.»
C?est en dactylographiant la liste d?emballage pour l?exportation et le planning de la production qu?elle découvre en partie ce que la CMT a dans le ventre. «A travers cela, je savais exactement où allaient les produits de l?entreprise et comment s?effectuait la production.»
Cette découverte l?incite à vouloir se dépasser. La CMT quitte St.-Pierre pour son immense bâtiment à Phoenix. A ses responsabilités initiales vient s?ajouter l?accueil des nouvelles recrues. «A la CMT, on ne recrute pas des gens pour les jeter dans le bain et s?y noyer. On les accompagne. Je devais par conséquent expliquer les conditions de travail aux nouvelles recrues et les entraîner dans un tour du propriétaire qui commence par les toilettes, se poursuit avec la salle de rangement des sacs et se termine par la cantine. François Woo ne transige pas dessus. C?est le bien-être de l?employé avant tout. Ce n?est qu?après qu?on les mène sur leur lieu de travail.»
La confiance de François Woo à son égard affûte son désir de se perfectionner. Si bien qu?au moment où elle apprend que l?université de Maurice dispense un cours de Personnel and Business Management, elle s?y inscrit en douce. Ce n?est qu?au moment où elle y est admise qu?elle en fait part à son employeur.
Même s?il est vexé de la cachotterie, trois fois la semaine en après-midi, il la libère pour qu?elle puisse suivre le cours. C?est de son plein gré que Banoo regagne ensuite l?usine pour reprendre et terminer le travail du jour. «Ces trois ans et demi ont été très durs car en quittant le travail vers 20 heures, il me fallait encore étudier en rentrant à la maison.»
Malgré la difficulté d?allier travail et études, François Woo n?hésite pas à lui confier des responsabilités additionnelles. Banoo s?accroche pour plusieurs raisons, la principale étant qu?elle veut être un modèle pour ses frères et s?ur. Elle n?est pas peu fière quand elle tient finalement son diplôme entre les mains. Elle soumet d?ailleurs une copie à François Woo qui n?hésite pas à la récompenser.
Quand il rachète l?usine LPG à St.-Pierre et se lance pour la première fois dans le tricot, c?est elle qui est déléguée comme Unit Manager pour administrer la production de 300 travailleurs. Banoo a des appréhensions car elle va vers l?inconnu. Mais puisqu?elle est motivée par l?ambition d?apprendre et de mieux faire, elle s?acquitte de ses nouvelles responsabilités. «Je suivais toutes les étapes des commandes et François Woo était là comme tuteur. Il me fallait lui remettre un résumé quotidien de la production et il était très concerné par ce qui se passait.» Pour la première fois, Banoo, qui a déjà son permis de conduire, se voit prêter un véhicule pour deux semaines.
De la maille au tricot
Quand l?entreprise de tricots réalise une bonne performance, Banoo est récompensée par une voiture de fonction. Le directeur général de la CMT, qui sait que l?on peut se fier à elle, l?envoie ensuite à l?usine de Montagne-Blanche où l?automatisation a gagné la production. Là, elle renoue avec la maille. Ses craintes à l?effet de ne pas être acceptée par le personnel sont vite dissipées. N?ayant jamais eu la grosse tête, ce ne sont pas les promotions qui la feront changer.
Sentant que l?informatique serait un plus sur son curriculum vitae et que la CMT ne tarderait pas à se mettre à la page des dernières technologies, Banoo suit un cours d?informatique poussé en week-end. A la fin des années 90, elle est rappelée à la maison mère de Phoenix où François Woo et les autres directeurs entreprennent une réforme de la production et de l?administration. Les investissements dans de nouvelles technologies sont massifs. Banoo, qui avait senti le vent tourner, est entraînée dans le tourbillon.
Elle n?a le temps que de se marier à Ashraf Hosenbokus qu?elle fréquente depuis cinq ans et d?accoucher de leur fille Yusriya avant de se remettre au travail. Les directeurs de la CMT la sollicitent au département de support et elle se retrouve au c?ur des décisions. «Il fallait revoir les structures des quatre unités de production, revaloriser les départements tout en effectuant la formation. Celle-ci était tous azimuts. Pendant huit mois, j?étais au four et au moulin. Ce passage a été plus formateur que si j?avais passé cinq ans dans une université prestigieuse. J?ai été très sensible au désir des directeurs de faire leurs employés développer un réel sens d?appartenance à l?entreprise.»
Pour cela, François Woo institue une Quality Management Team dans laquelle Banoo trouve une place temporaire. L?objectif de l?équipe est justement d?organiser des activités fédératrices comme des tournois sportifs, des sorties et des formations. A cela, le directeur général de la CMT introduit des trophées récompensant l?efficience et l?assiduité qu?il a coutume de remettre en main propre.
Compétition saine
Banoo est ensuite mutée à l?unité de La Tour Koenig où elle agit d?abord comme Unit Manager avant de remplir le poste de Business Unit Leader qu?elle occupe depuis deux ans. La différence entre ces deux postes se situe au niveau du poids des responsabilités. L?Unit Manager gère uniquement la production alors que le Business Unit Leader gère l?usine dans sa globalité. Il doit insuffler suffisamment de motivation à ses troupes pour qu?elles améliorent leur productivité et permettre de réaliser des économies. «Une fois la semaine, les Business Unit Leaders des branches se rencontrent autour des directeurs à Phoenix qui nous donnent des directives.»
Les différentes unités sont-elles en compétition ? «Dans un sens, oui mais c?est une compétition saine. La différence entre elles s?évalue sur sa rapidité à fournir les commandes, sur la quantité produite en un temps précis, sur l?efficience et sur les économies réalisées». Banoo explique qu?elle n?est pas la seule à avoir gravi les échelons au sein de la CMT.
«Je ne suis pas un cas unique. François Woo et les autres directeurs incitent tous les employés indistinctement à se dépasser dans un environnement où prime l?esprit de famille. Des personnes qui ont commencé comme secrétaires sont aujourd?hui marketing leaders. Une Wages Clerk est devenue Responsable des achats. Une fille qui a débuté comme machiniste y est actuellement. Quand nos machinistes ralentissent la cadence avec l?âge, nous les recyclons pour qu?ils forment d?autres machinistes. Je crois que la CMT aura toujours besoin de Mauriciens et de Mauriciennes désireux de travailler.»
Ne craint-elle pas que son entreprise soit gagnée par la fièvre de fermetures qui sévit depuis les deux dernières années ? «S?il est vrai que le malheur frappe tout le monde et qu?on ne peut rien prévoir dans la vie, je crois qu?avec la vision de nos directeurs, leur volonté de s?adapter à un environnement en mutation et la confiance qu?ils accordent à leurs employés, il n?y a pas de risque que la CMT soit en difficulté.»
Quand elle jette un coup d??il sur son parcours, Banoo se dit qu?elle vit un conte de fées. Ayant pris goût aux études, elle veut maintenant parfaire ses connaissances en finances et en psychologie humaine. «Je pourrai étudier par le biais d?internet. Je compte m?organiser pour commencer l?année prochaine.» A ce rythme-là, on risque de ne plus pouvoir l?arrêter?
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