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Ban Ki-moon : l?homme du consensus mou
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Ban Ki-moon : l?homme du consensus mou
Comme Kofi Annan avant lui, Ban Ki-moon, le ministre des Affaires étrangères sud-coréen, accède presque par surprise à un des postes les plus en vue de la diplomatie mondiale. Peu connu, effacé, ce diplomate de carrière de 62 ans a été choisi par le Conseil de sécurité pour devenir, à partir du 1er janvier, le huitième secrétaire général des Nations unies. Il a le profil d?un homme ?plus secrétaire que général?, selon le bon mot américain destiné à rabaisser la fonction. Mais, à l?instar de son prédécesseur, ?il pourrait surprendre?, prédit son ami Nana Effah-Apenteng, ambassadeur du Ghana à l?Onu.
C?est que Ban Ki-moon a déjà prouvé ses qualités de stratège. Affable, discret et accessible, il a mené une campagne habile, sans heurter les grandes puissances, dotées d?un droit de veto, ni s?aliéner les pays du tiers-monde, qui constituent la majorité des 192 membres de l?Assemblée générale de l?Onu, chargée d?entériner sa nomination. ?Sa campagne en dit long sur son talent et son côté méthodique et volontaire?, admire un ambassadeur.
?Au fond, je suis quelqu?un qui harmonise?, déclarait Ban Ki-moon au Monde avant son élection. Ce goût du consensus, couplé à une voix contenue, lui a valu, dans les couloirs de l?Onu, la réputation d?être un candidat terne. ?Le troisième choix de tout le monde?, plaisante un journaliste, alors qu?un ambassadeur reconnaît qu??aucun des candidats n?avait un charisme à crever le plafond?. Sans hausser le ton, l?intéressé s?en défend. ?Je parle parfois doucement mais, lorsque c?est nécessaire, j?exprime mon engagement.?
<B>JFK pour modèle</B>
Né le 13 juin 1944 dans une famille d?agriculteurs, Ban Ki-moon est sorti major de sa promotion à l?université de Séoul, où il a étudié les relations internationales. Inspiré par le président américain John F. Kennedy, qu?il a rencontré à l?âge de 18 ans, il entre en diplomatie, passe par New Delhi et Washington. À 40 ans, il décroche un master à Harvard puis devient, en 1996, conseiller à la sécurité nationale du président sud-coréen. Ministre des affaires étrangères en janvier 2004, il est l?un des artisans d?une diplomatie active, à mi-chemin entre la Chine et le Japon, deux puissances qui l?ont soutenu.
Sans être un produit du système onusien comme Kofi Annan, Ban Ki-moon a consacré près de dix ans à l?institution, à la mission diplomatique sud-coréenne à New York d?abord, puis dans son ministère, et comme ambassadeur à Vienne, où siège l?Agence internationale de l?énergie atomique (AIEA). Fin septembre 2001, il est l?adjoint du ministre sud-coréen des affaires étrangères d?alors, Han Seung-soo, qui préside pour un an l?Assemblée générale de l?Onu. Il y orchestre le passage, par les 189 Etats membres, d?une résolution condamnant les attentats du 11-Septembre.
À plusieurs reprises, Ban Ki-moon a dû se frotter à l?épineuse question nucléaire nord-coréenne, dont il est, depuis janvier 2004, l?un des principaux négociateurs. Il s?est démarqué des Etats-Unis, qui appellent à des sanctions contre Pyongyang, alors que Séoul juge la tactique peu efficace et veut ramener son voisin du Nord à la table de négociation. ?Tout cela m?a préparé à gérer des problèmes complexes?, plaide Ban Ki-moon. Lorsqu?on le questionne sur ses loisirs, un silence pesant s?installe. ?J?aime regarder des films, lire des livres, finit-il par dire, hésitant. Mais j?aime travailler. Le travail me donne de la force.? Ses activités, avoue-t-il, ne lui laissent guère de temps pour son épouse, rencontrée au collège, ni pour son fils et ses deux filles, dont l?une travaille pour les Nations unies en Afrique et a été éberluée de sa candidature. ?En tant que secrétaire général, promet Ban Ki-moon, je serai prêt à renoncer à ma vie personnelle.? Dans les étages de l?Onu, sa réputation de brute de travail l?a précédé.
<B>Appui de Washington</B>
Sur le fond, Ban Ki-moon promet le changement dans la continuité. ?J?ai un respect profond pour Kofi Annan, et je vais essayer de construire sur ce qu?il a accompli.? Il a aussi fait campagne sur un programme de réforme de l?organisation, cher à l?administration Bush. ?J?ai personnellement une grande foi dans l?Onu, assure Ban Ki-moon. Mais nous devons réformer cette organisation sexagénaire pour la rendre plus pertinente et plus efficace.? De par sa nationalité, il revendique une ?relation spéciale? avec l?Onu, scellée par la sanglante guerre de Corée (1950-1953), qui fut, selon lui, ?le premier test de sécurité collective? de la jeune organisation.
L?appui de Washington a été discret, pour ne pas donner au candidat ?le baiser de la mort?, reconnaît un diplomate américain, conscient de l?atmosphère antiaméricaine à l?Assemblée générale. Mais il n?est pas sans condition. L?ambassadeur des Etats-Unis à l?Onu, John Bolton, n?a pas manqué de rappeler, en détachant chaque mot, que, selon la Charte de l?Onu, le secrétaire général n?est jamais que ?le plus haut fonctionnaire de l?administration?.
En imposant, voilà dix ans, Kofi Annan pour diriger une Onu qu?ils voulaient docile, les Etats-Unis avaient commis une erreur de jugement. En misant sur Ban Ki-moon, ils ne sont pas à l?abri d?une répétition de l?histoire. Le ministre sud-coréen promet déjà de jouer sur les deux tableaux, politique et administratif. ?Je pense qu?il sera un vrai patron des Nations unies, dévoué à la bonne cause?, assure un diplomate occidental, fin connaisseur de l?Onu, selon lequel ?la fonction transforme l?homme?.
<B>© Le Monde 2006
Distribué par
The New York Times Syndicate</B>
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