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?Baby blues? l?effet mère
Neuf mois durant lesquels le ventre s?arrondit et au bout desquels survient l?accouchement. Devenir mère, ce n?est pas que ça. Il s?agit d?un processus beaucoup plus complexe, un phénomène tout autant physique que psychique auquel les femmes sont confrontées. Elles font alors face à des appréhensions, des craintes, à un sentiment d?impuissance... Certaines s?en sortent plus ou moins bien. Mais ce n?est malheureusement pas une règle générale. D?autres sont, en effet, victimes de baby blues.
Le phénomène baby blues se traite au cas par cas. Il peut être plus ou moins grave dépendant, notamment, de l?entourage de la mère, du soutien qui lui est apporté, de la compréhension dont on fait preuve vis-à-vis d?elle une fois qu?elle a donné naissance à son enfant. Car une chose est sûre, en temps normal, la femme enceinte est au centre de beaucoup d?attention.
?Pendant la grossesse, la femme est souvent valorisée. Toute l?attention qu?on lui accorde conjuguée au fait qu?elle n?a pas ses règles fait qu?elle se pense un être privilégié. Elle n?est alors plus une femme comme les autres mais une personne à part entière. À la naissance toutefois, ce ne sera plus elle le centre d?attention mais le bébé. Il y a alors un déplacement d?importance?, explique le psychologue Kurt Barnes.
Est-ce à dire que la femme est profondément nombriliste ? Non. Il est important de savoir qu?après l?accouchement, la mère a parfois tendance à se sentir vide, victime d?une sorte de castration qui fait qu?elle ne serait, à ses yeux, plus à même d?exister. On parle de castration parce que la grossesse représente une sorte d?outil de la vie supplémentaire qui lui est enlevé au moment de l?enfantement. D?où l?importance d?accompagner la maman, de l?aimer, de l?épauler... Si l?on sous-estime l?impact qu?un manque d?attention peut avoir sur la maman, on risque d?encourager le baby blues.
Car le baby blues découle justement de ce sentiment d?inutilité. ?Le baby blues est une réaction psychologique par rapport à une perte subie par la mère. Il y a un vide qui se fait à la fois dans le ventre et dans la tête. La femme se sent inutile notamment du fait que tout le monde arrive et regarde l?enfant, le père est très content et elle, pour sa part, a une attente en elle qui n?est pas satisfaite. Cette déception ajoutée au fait qu?elle se dit qu?elle ne pourra pas donner la vie pendant un moment fait qu?elle participe à sa propre castration?, souligne, de son côté, le gynécologue Vijayen Mardemootoo.
Sentiment pire chez la mère célibataire
Autre point non négligeable : l?aspect culturo-socio-économique. La femme qui vient de mettre un enfant au monde a aussi peur de ne pas être à la hauteur de la conception que le monde d?aujourd?hui a de la mère. Elle se rend soudain compte du désarroi dans lequel se trouve le monde et craint de ne pas pouvoir aider son enfant à y faire face. ?Il y a alors un sentiment de rejet non seulement de l?enfant mais de soi-même, vu le sentiment d?être incapable de faire face à la difficulté de la vie?, poursuit Kurt Barnes.
Ce sentiment de rejet est pire encore chez la mère célibataire. Ce qui ne veut aucunement dire que le baby blues ne se manifeste pas chez la femme qui vit en couple. Il faut, en effet, savoir que pendant la grossesse, déjà, la peur s?installe. Les statistiques effrayantes sur les malformations et les maladies que l?on peut contracter ne font que s?ajouter à l?angoisse de la femme enceinte eu égard à la douleur, à la fatalité. La ?roulette de la génétique? qui vient après le plaisir de concevoir fait ainsi que le maintien de la vie tient une grande part d?irrationnel.
Celles qui n?en sont pas à leur première grossesse ne sont pas non plus immunisées quand il en vient au baby blues. Elles peuvent, elles, se soucier de l?aspect purement physiologique, se dire qu?avec l?âge, le corps risque d?avoir des ?manquements? susceptibles de nuire à l?enfant.
Tous ces éléments peuvent donc encourager l?apparition du baby blues. Celui-ci se manifeste sous plusieurs formes. ?Cela ne se limite pas aux pleurs. La femme est alors dans un état où elle veut être à des milliers de kilomètres de l?endroit où elle se trouve. Souhaitant aller ailleurs, elle peut parfois laisser l?enfant à sa propre mère ou le donner à l?adoption. Il est aussi possible que des extrêmes comme l?abandon d?enfant ou l?infanticide en résultent. Cela lorsque la personne perd sa lucidité?, soutient le psychologue.
Cet état dépressif est temporaire, allant d?une durée d?un à trois mois suivant la naissance. Le traitement peut être psychologique ou médical, selon les signes que montre chaque patiente. Dans certains cas, la probabilité d?un problème psychiatrique découlant du baby blues n?est pas exclue. Il est alors nécessaire que des médicaments soient prescrits.
Pathologie de gens coupés de leur racine...
D?autres femmes, elles, peuvent se sentir mieux si elles ont un suivi psychologique qui prendrait également en compte l?aspect sophrologique (on tente alors de surmonter le malaise psychique par des techniques de relaxation proches de l?hypnose). Le fait d?être simplement mieux entourées, mieux comprises peut suffire dans d?autres cas.
Il est, du reste, intéressant de noter que le fait de rester trop longtemps avec l?enfant après l?accouchement risque de rendre la mère plus malade. Lorsque l?on sait que pendant leurs trois mois de congé de maternité, ce sera pourtant le cas, on est tenté de se demander pourquoi le congé de paternité n?a pas encore été envisagé. Ou alors l?éventualité de laisser le choix au couple. Histoire que le père et la mère puissent assumer, dès les premiers mois, leur rôle de parent et décider ce qu?il y a de mieux pour l?enfant.
Pendant des siècles, la maternité et la naissance ont été une affaire intime et familiale. On accouchait chez soi, protégé par un univers familier et rassuré par un ensemble de coutumes et de rites. La grande affaire était de survivre et si possible, de permettre à son enfant de vivre. C?est une pathologie de gens coupés de leur racine de transmission, de l?autorisation de devenir mère.
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