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Bénarès : le road movie est en marche
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Bénarès : le road movie est en marche
L?équipe est soudée autour de Barlen Pyamootoo. L?homme est concentré, réactif, attentif, jamais fébrile. Aucune tension. Aucune inquiétude. Le mot d?ordre : Action ! Le réalisateur ne se laisse pas démonter par les gros nuages qui obscurcissent le ciel d?été. L?équipe a élu domicile sous une bâche, dans un coin de Montagne-Blanche, au milieu des champs de cannes.
Sur le plateau, la fée s?appelle Annick Rosse. Son travail change la vie de l?acteur. A coup de brosse, de fond de teint et de maquillage, elle permet aux acteurs de se transformer.
Chaque personnage nécessite une vraie construction. Jimy, la cinquantaine tapante, a besoin de plus de gris dans les cheveux. Zelda, la jeunesse étincelante, a besoin de plus de brillant sur les yeux. La transformation n?est pas spectaculaire, et pourtant elle change tout.
Depuis seize jours, acteurs, techniciens, producteur et réalisateur vivent au rythme des scènes, des répliques et des caprices du temps. Les prises se sont multipliées pour obtenir le tempo souhaité et la séquence voulue. Les journées sont longues. Six jours de tournage par semaine, à raison de douze à quinze heures par jour, ne sont pas une mince affaire. Certains affichent la fatigue. Vanessa Li Lun Yuk, celle qui interprète la triste Mina, s?est effondrée. Elle s?est couchée de tout son long sur le siège de l?autocar qui abrite les costumes. Davidsen Kamanah, celui qui prête ses traits à Nad, cherche également un coin tranquille pour se reposer. Kristeven Mootien, l?interprète de Mayi, a grand besoin de se désaltérer.
Eléments déterminants
De l?autre côté de la « base », l?équipe technique fait bloc autour du réalisateur. Ce dernier donne ses indications à demi-mot. Jacques Bouquin, le directeur de la photo, Bernard Aumouy, l?ingénieur du son, deux grosses pointures du cinéma français, encadrés de la scripte et des assistants réalisateurs, vont prendre place à bord du camion, à leurs postes respectifs.
Le tournage de la séquence 7, va reprendre dans un moment. Deux pick-up identiques, attirent soudain l?attention. L?un, juché sur ses quatre roues, a fière allure. L?autre, installé sur une remorque tirée par un camion, privé de moteur et de son châssis à l?avant, est assez pittoresque. Ces pick-up retapés, repeints et revêtus sont des éléments déterminants du film. Ces deux véhicules servent de décor et de moyen de locomotion aux deux principaux personnages.
Construits grâce à l?ingéniosité de quelques amis mécaniciens, soudeurs et tôliers, ces deux véhicules permettent le déplacement de Nad et de Mayi, de Bénarès à Port-Louis.
La caméra, placée à l?avant plan de ces véhicules est le témoin privilégié des lieux traversés. «Il y a des mouvements que nous avons réussi à restituer filmiquement. D?autres qu?il a fallu revoir et retravailler, tout en gardant la poésie du roman ,» explique Guillaume de Seille, le producteur. « Nous bénéficions d?une grande souplesse au niveau de la technique. Nous faisons ce que nous avons envie de faire. C?est un luxe appréciable. »
Le départ est donné vers 11h30. Les acteurs répètent leur scène. La caméra en mouvement, filme le déplacement du pick-up et glisse lentement sur les visages de ces gens ordinaires. Jimy, le chauffeur, Nad et Mayi, les deux amis, partis chercher des femmes pour passer la nuit. Les plans travelling de route, fixent sur pellicule, l?arrière pays.
Vishnu, l?as du volant qui conduit le camion, chargé de trois tonnes de matériel et des membres de l?équipe technique, garde les yeux rivés sur la route. A 20 km/h, le camion tire la remorque sur laquelle est placée le pick-up avec ses trois occupants.
Escortée par deux motards de la police, la troupe traverse le village de Montagne-Blanche, de Melrose et de Petit Paquet. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages, bien décider à être le trouble-fête. « On va s?arrêter juste au virage ,» lance Laurent Cavero, premier assistant réalisateur dans le talkie-walkie. «Dès que Laurent parle, tout le monde lui obéit au doigt et à l??il,» plaisante Guillaume de Seille. «Nous devons surveiller chaque moment où le soleil nous envoie quelques rayons. Nous devons tourner trois minutes du film en moyenne, pour un long-métrage de quatre-vingt-dix minutes. Cependant, depuis le début du tournage, le gros hic a été le temps. Nous avons même eu droit à de la pluie ! »
Force est de constater qu?une fois de plus, les conditions climatiques ne sont guère favorables. La petite troupe reprend la route. « Nous sommes un peu comme les saltimbanques. Les gens que l?on croise nous demandent où est la star. Ils ne comprennent pas comment ça se fait que ce long-métrage soit d?abord un long-métrage mauricien, coproduit par des Français et tourné en créole ! » explique en riant Guillaume de Seille. La chaleur accablante, la faim qui tenaille les estomacs et le manque d?aubaine commencent à peser sur l?équipe. «Allez, on rentre à la base pour manger, » lance Laurent Cavero.
La pause déjeuner, propice aux éclats de rire, permet à tout le monde de se détendre. Jérôme Boulle, qui incarne Jimy, le chauffeur du pick-up, est de loin le plus serein des comédiens. Calme et enjoué, il amuse la galerie. On rit, on s?alimente, on s?accorde une pause, avant que les claps ne reprennent à nouveau.
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