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Avec J.-M. G. Le Clézio, rendons hommage au bien-Aimé nonagénaire Césaire

13 septembre 2003, 20:00

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La petite salle polyvalente ? ce qui ne l?empêche pas d?être si souvent tristement, misérablement, vide à l?occasion d?autres célébrations des joies de l?esprit tout aussi mémorables ? du Centre Culturel Charles Baudelaire accueille le mardi 16 septembre à 17 h 30 une rencontre en hommage aux 90 ans du poète, écrivain et politique martiniquais Aimé Césaire. La participation de Jémia Le Clézio, Gaston Valayden (lectures de texte) et d?Issa Asgarally (animation) pimentera cette célébration des belles lettres martiniquaises afin que son souvenir demeure impérissable dans la meilleure part de notre âme collective.

Notre participation à cet hommage-Césaire, nous la devons d?abord à nous-mêmes. Où trouver meilleure occasion de prouver que nous sommes encore capables d?un tel sursaut de l?esprit, que nous ne sommes pas complètement rouillés par le boulot-auto-dodo avec la dose voulue de télé pour parachever l?abrutissement ? Mais attention ! la salle est minuscule, les places debout limitées en nombre, l?escalier non sablonneux ni malaisé mais montant et étroit. Premiers venus, premiers installés. Pour les autres?

Nous devons aussi notre participation à l?intérêt que nous portons aux belles-lettres, à la place que nous donnons dans notre vie à la littérature et à la lecture. Mais nous la devons surtout au fait qu?Aimé Césaire partage avec nous le privilège d?être un membre ? certainement l?un des plus éminents ? de notre sixième continent, composé des peuples frères des îles s?urs des vastes océans. Il fait partie, comme chacun de nous, de ce prototype insulaire de l?humanité nouvelle et renouvelée car métissée et épicée aux saveurs de multiples migrations venues des autres continents, ces vieux mondes que sont la Mère Afrique, l?Europe coloniale, les Indes pas seulement galantes et la Chine d?où vient toute civilisation continue, ignorant toute décadence.

Mardi, par la magie du verbe de Le Clézio et de ses acolytes, Aimé Césaire sera parmi nous en esprit et en vérité. Parons-nous donc de nos plus beaux vêtements de Lumière, à l?image du Siècle illustré si brillamment par Voltaire, Rousseau, Diderot, Beaumarchais et Mozart, pour accueillir dignement le père du concept de la Négritude et avec lui tous les autres princes disparus de la littérature francophone antillaise, les Frantz Fanon, les Édouard Glissant, les Joseph Zobel, les Saint-John Perse, ou encore leurs dignes successeurs les Simone Schwartzbart, les Raphaël Confiant, les Patrick Chamoiseau.

Faisons-le sans complexe surtout. D?autant plus que dans son Histoire des Littératures, l?Encyclopédie de la Pléiade n?accorde qu?une toute petite page à l?ensemble de la littérature antillaise du xxe siècle, contre trois pleines à celle de Maurice, (Tome iii, édition de 1978, pages 1436-37 et 1446-48).

Mais qui est Aimé Césaire ? Né en 1913 à Basse-Pointe, commune du nord de la Martinique, il est issu d?une famille nombreuse, mais aux moyens financiers modes-tes. Brillant élève du lycée Victor Schoelcher (1804-93, apôtre de la libération des esclaves, en 1848, dans les colonies françaises) de Fort-de-France, il décroche une bourse d?études en France métropolitaine. Il dira avoir quitté avec joie cette société martiniquaise étroite et mesquine au sein de laquelle il a l?impression d?étouffer.

À quelques mois près, il est donc de la classe (annuelle) de nos André Decotter, Marcel Cabon, Jean René Noyau, Auguste Toussaint, Suzanne Charoux, Yves Ravat, sans oublier Loys Masson, leur illustre cadet.

Césaire arrive à Paris en 1932. Dans les couloirs du lycée Louis-le-Grand, il rencontre un certain Léopold Sédar Senghor, que les Mauriciens eurent l?honneur de recevoir en 1973 (Ocam) et en 1993 (sommet de la Francophonie). Senghor devient son ami et son mentor.

Il le convertit à l?Afrique. Il l?aide à mieux appréhender la société martiniquaise et à mieux démarquer son identité antillaise de ses racines africaines.

Avec Senghor, Birago Diop et Gontran Damas, il fonde le journal L?étudiant noir. Apparaît alors au firmament littéraire la brillante constellation Négritude. En 1936, Césaire commence la rédaction de son célébrissime Cahier du retour au pays natal.

Agrégé de lettres, Césaire revient à la Martinique pour enseigner au lycée Victor Schoelcher. Il fonde, en pleine Seconde Guerre mondiale, la revue Tropiques et accueille dans son île André Breton (1896-1966) et André Masson, fuyant la dictature hitlérienne et en route vers les États-Unis. Breton préface Les armes miraculeuses, un recueil de Césaire, qui fait une entrée remarquée dans le mouvement surréaliste.

Suit un séjour de six mois en Haïti, à l?invitation de René Mabille. Césaire revient à la Martinique avec, dans ses valises, un essai historique sur Toussaint Louverture (voir l?express du 7 avril 2003) et une pièce de théâtre, La tragédie du roi Christophe, en hommage à ces deux héros de l?indépendance haïtienne.

La politique attire de plus en plus notre jeune agrégé. Sollicité par le Parti communiste français (PCF), il est pour la première fois élu maire de Fort-de-France en 1945. L?année suivante, le voilà député de la Martinique. Il le restera pendant 48 ans (jusqu?en 1994) et maire de Fort-de-France pendant 56 ans (jusqu?en 2001). Des records de longévité politique. Mais n?en disons pas plus de peur de donner à certains des idées d?inamovibilité.

Aimé Césaire a alors 33 ans. Un âge mythique. Il se sent par trop isolé, cloué qu?il est désormais à cette double identité antillaise et africaine qu?il doit transfigurer. Nouveau messie politico-littéraire, il se met en quête de disciples. Avec l?aide d?Alioune Diop, Paul Niger, Guy Tirolien, il crée Présence africaine. Cette revue devient maison d?édition et publie notamment les ?uvres de l?égyptologue Cheik Anta Diop, de Joseph Zobel et une charge au vitriol de Césaire contre le système colonial, Discours sur le colonialisme.

Le PCF le déçoit au moment de l?invasion de la Hongrie par l?Union soviétique, en 1956. Il abandonne le marteau et la faucille la même année que Jean-Pierre Chabrol, Charles Denner, Jacques Derogy, Max Gallo, Emmanuel Le Roy-Ladurie, François Maspéro et le caricaturiste Tima, mais pas forcément pour les mêmes raisons. Il fonde alors le Parti progressiste martiniquais. Heureusement, ses activités politiques ne l?empêchent pas d?écrire. Il publie ainsi Soleil cou coupé (1948), Corps perdu (1950), Ferrements (1960), Et les chiens se taisaient (1963), Une saison en Congo (1966) et Une tempête (1969).

Pousser le cri nègre

Les années passent, sa devise demeure inchangée : « Pousser d?une telle raideur le cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées ». Il prône pourtant la départementalisation de la Martinique en 1946, ce qui lui vaut aujourd?hui encore des critiques virulentes, mais pas toujours fondées, objectives et valables. Il doit donc lutter sur deux fronts : contre les tenants du statu quo et ceux qui bousculent prématurément le cocotier natal. Au Parti communiste, il reproche une adhésion obsolète au mythe de la supériorité du modèle occidental.

En poésie, il reprend sans cesse le même schéma dramatique, montrant la destruction d?un monde ancien, l?avènement d?un monde nouveau, des images clés, l?annonce de la révolution à venir.

Édouard Maunick sera présent mardi, sinon en chair et en os, du moins en esprit et en vérité. Nul mieux que lui, à Maurice et ailleurs, n?a salué comme il se doit la pensée et la présence d?Aimé Césaire dans ces temps qui sont les nôtres. On ne trouvera nulle part ailleurs meilleur hommage au chantre antillais de la Négritude et meilleure conclusion à cette chronique que dans son Toi laminaire ? Italiques pour Aimé Césaire .

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