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Aux arbres, citoyens !
par Nicholas RAINER
La crédibilité est la plus précieuse des capitaux. Et même si la classe politique mondiale connaît actuellement un déficit inéluctable de cet atout de choix, il n?en reste pas moins qu?elle continue à tenter, coûte que coûte, d?en revendiquer le monopole. Mais, contrairement à ces milliardaires qui dilapident leurs fortunes pour ensuite les reconstruire, les politiques ne peuvent risquer de perdre leur crédibilité de peur de ne jamais la retrouver. C?est justement à cette caractéristique qu?elle doit sa primauté.
Ce qui nous amène tout droit au c?ur de la confusion qui règne autour du projet d?autoroute du Sud-Est. Depuis que Nature Watch a tiré la sonnette d?alarme sur les implications écologiques, le projet a connu plus d?intrigues qu?un feuilleton brésilien.
Samedi dernier, Navin Ramgoolam a, une fois de plus, candidement assuré la nation que la forêt endémique de Ferney serait épargnée. Bizarrement, le comité chargé de revoir le projet ne semble pas avoir été informé des intentions nobles du chef du gouvernement. Ce manque douteux de cohésion entre le Premier ministre et les fonctionnaires qui planchent sur le dossier est-il volontaire ?
Là n?est pas vraiment la question, du moins pas celle qui nous intéresse dans l?immédiat. Cet honneur revient plutôt à celle qui demande si le Premier ministre arrivera un jour à récupérer sa crédibilité politique, si jamais la marée de bitume venait à gagner la forêt. La perdre aussi tôt dans son mandat serait désastreux non seulement pour lui et son parti mais aussi pour le pays.
La position de son prédécesseur sur le sujet offre quelques indices pertinents. Après s?être proclamé ?le Premier ministre le plus écologique de l?histoire ?, Paul Bérenger devait ensuite affirmer que le projet ne pouvait être altéré en raison des compensations que réclamerait la Beijing Chang Cheng Construction Corporation. Ce qui avait valu à sa crédibilité d?en prendre un sacré coup. Personne, pas même le politique le plus habile, ne peut se permettre de dire tout et son contraire et s?attendre à s?en sortir indemne. Ou on condamne la forêt ou on la sauve. On ne peut donc pas faire la première action tout en prétendant être un fervent défenseur de l?environnement.
Navin Ramgoolam s?est envolé samedi pour New York où il assistera au sommet des Nations unies. Au centre du tintamarre médiatique habituel, les chefs d?Etat présents devront s?engager concrètement à réaliser les huit objectifs du Millénaire qui se trouvent dans un marasme déconcertant. Il est utile de rappeler qu?un des objectifs est d?assurer une durabilité environnementale.
La seule durabilité dans le cas de la forêt de Ferney sera de la contourner. Avec ou sans Rs 300 millions de mesures d?atténuation des effets, permettre à une autoroute de couper en deux un bois aussi exigu sera le condamner à une mort lente, mais sûre. La crédibilité du nouveau Premier ministre vaut bien plus que toutes les compensations du monde. Et nous, qui n?avons point de telles considérations politiques, nous puiserons notre joie dans une nature telle que décrite par Chateaubriand. ?Qui dira le sentiment qu?on éprouve en entrant dans ces forêts aussi vieilles que le monde, et qui seules donnent une idée de la création, telle qu?elle sortit des mains de Dieu ? ?
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