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Au service des femmes entrepreneurs

20 janvier 2006, 20:00

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par Marie-Annick SAVRIPÈNE

A l?heure où la communication est devenue si fluide, obtenir le numéro de téléphone personnel de Nivedita Nathoo relève de l?impossible tant ses employés font écran. C?est elle qui prend la peine de rappeler ses interlocuteurs. On s?attend donc à trouver une femme extrêmement sûre d?elle et très consciente de son statut. Or, rien n?est moins vrai. Adepte de l?ayurveda et rompue à la pratique de la méditation, elle s?exprime d?une voix calme et se raconte en toute simplicité.

Si elle a conscience de ses capacités ? elle gère trois établissements de soins en plus de son spa et nourrit un projet encore plus ambitieux ? elle n?oublie pas qu?elle est «fille d?un pandit originaire de Morcellement St-André» qu?elle qualifie de «petit village à côté de Triolet». Si son employée a reçu l?ordre de ne pas donner son numéro de téléphone, explique-t-elle, c?est avant tout pour que ses autres employés ne la dérangent pas à tout bout de champ.

Jusqu?à novembre dernier, Nivedita n?était connue que de ceux fréquentant ses salons d?esthétique et son spa. L?inauguration de son Surya Ayurvédic Spa par le Premier ministre l?a propulsée sur la place publique et sa nomination à la tête du NWEC renforce le sentiment que ses accointances politiques n?y sont pas étrangères. Fait qu?elle réfute.

«J?ai été la première surprise, agréablement, quand le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a accepté d?inaugurer mon spa. Il connaît certes la famille de mon mari, de même que mon père qui a fait du travail social pendant longtemps. Mais je n?ai jamais été impliquée en politique. Ce n?est pas normal, à Maurice on catégorise les gens. Je suppose que j?ai fait les frais de cette fausse perception car j?ai attendu plus de deux ans avant d?avoir un permis de travail pour mes masseurs indiens. J?aurais accepté ce poste de n?importe quel régime qui me l?aurait proposé car c?est l?occasion d?apporter ma contribution aux femmes de ce pays.»

Transformer la femme

Nivedita a toujours été fascinée par tout ce qui transformerait la femme. N?est-ce pas elle qui dérobe à l?insu de sa tante le maquillage de celle-ci pour farder ses petites cousines et qui dévore les magazines féminins tels que Femme Actuelle. Son père la voit médecin et l?encourage à étudier les sciences.

Elle le fait mais c?est l?esthétique qui a ses faveurs. À la fin de ses études au JSS de Triolet, elle finit par l?avouer à son géniteur qui consent à l?envoyer étudier l?esthétique à New Delhi en Inde où vit un parent. Les préparatifs du départ vont bon train jusqu?à ce que le proche en question informe son père que Shenaz Herbal va ouvrir un institut de beauté à Maurice et une école d?esthétique. Ce qui met au frigo ses projets d?études supérieures à l?étranger.

C?est donc chez Shenaz Herbal qu?elle s?initie aux bases de l?esthétique pendant six mois. Un emploi comme esthéticienne au Royal Palm lui ouvre les portes du monde du luxe et de la sophistication, lui permettant de peaufiner ses techniques et de se faire une réputation auprès d?une clientèle huppée. C?est une question géographique associée à un changement de statut ? elle épouse Raajeev Nathoo qui habite Vacoas ? qui la contraint à quitter cet établissement hôtelier réputé après sept ans de loyaux services. «Faire le trajet Vacoas-Grand-Baie et vice versa aurait été éreintant. Donc j?ai préféré donner ma démission.»

Après avoir travaillé six jours sur sept, Nivedita savoure la douceur de l?oisiveté pendant six mois. Du moins jusqu?à ce que ses clientes la réclament. Elle renoue avec l?esthétique en travaillant pendant trois mois au salon Hasseena de Soraya Currimjee à Floréal avant de se mettre à son compte en ouvrant un petit salon nommé Anaïs au chemin de La Salette à Grand-Baie. Sa famille l?aide. Son père lui prête sa voiture. Une amie imprime ses cartes de visite. Une autre, employée au Royal Palm, lui réfère des clients. «Quand on a le soutien de ses proches, tout devient plus facile.»

Nivedita embauche une autre esthéticienne et ne tarde pas à se faire un nom. À partir de ce moment-là, elle devient boulimique des affaires. Par des contacts, elle parvient à obtenir la gérance du salon de l?hôtel Victoria et confie la responsabilité d?Anaïs à son assistante. En parallèle, vu le manque de personnel formé, son mari, sa belle-s?ur Usha Beedassee, qui est esthéticienne, et elle, fondent une école d?esthétique, la Complexion School of Beauty Therapy. Elle prend aussi le salon d?esthétique de l?hôtel Le Grand Gaube en gérance avant d?en être écartée après le rachat de l?établissement. «Je n?ai pas protesté car à l?époque je ne connaissais pas mes droits.»

Phénomène de mode

La mode des spa étant lancée, Nivedita obtient aussi la gérance du spa de l?hôtel Radisson qu?elle rêve de transformer en spa ayurvédic, soit proposer différents types de massages indiens destinés à enlever les toxines du corps et à régénérer les cellules. Avant qu?elle ait eu le temps de mettre en pratique ses idées, l?hôtel est repris en main et son accord n?est pas renouvelé. Cette fois, elle cherche réparation auprès de la Cour et attend d?être fixée.

Elle reprend en main le spa du Club Med et avec la collaboration de son mari, ils décident de former une compagnie, Héritage Plus dont une des filiales se nomme Surya signifiant soleil. Celle-ci englobe toutes les activités de bien-être. Son dernier bébé, le Surya Ayurvedic Spa, inauguré en novembre dernier, tourne à 70 % de sa capacité avec une clientèle étrangère. Mais le projet qui lui tient le plus à c?ur en ce moment, est un centre ayurvédic proposant des soins du visage, du corps, des massages, du yoga et de la méditation sous un même toit dans l?Est. «L?objectif est d?attirer à Maurice les étrangers intéressés par les soins ayurvédic mais qui ont peur d?être malades en Inde. D?ici deux ans, ce sera fait.»

Cette mère d?une fillette de huit ans et d?un garçonnet de cinq ans, a accepté le poste de présidente du NWEC car elle s?intéresse à l?entrepreneuriat féminin. Elle est d?ailleurs membre de l?association Femmes Chefs d?Entreprise de Maurice et siège à ce titre à la Chambre de Commerce et d?Industrie.

«Les bénéfices de ce poste ne m?intéressent pas. Mon business me donne déjà des satisfactions tant personnelles que matérielles mais je ne suis pas égoïste. Je veux que chaque fille qui grandit ait les ambitions de réussite, qu?elle ne se cantonne pas dans un emploi à heures fixes et qu?elle ne soit pas la seule à porter le fardeau familial. C?est pour cela qu?il faut conscientiser non seulement les filles, leurs parents aussi et les garçons qui deviendront les futurs époux.»

Elle estime aussi que les femmes ayant un désir d?entreprendre ne sont pas suffisamment informées sur l?encadrement et le soutien gouvene -mental qu?elles sont en droit d?obtenir. «Quand j?ai démarré, j?ignorais l?existence de ce conseil. Beaucoup d?autres doivent être dans mon cas.»

Nivedita entend aussi sensibiliser la population sur la nécessité d?encourager les filles à entreprendre. «On dit que le monde des affaires est masculin mais les choses ont évolué. Le business est favorable aux gens qui savent saisir les opportunités. Les hommes gagnent beaucoup du networking. Les femmes ont tendance à ne pas partager leurs connaissances. C?est à leur détriment. Je ne me suis pas encore rendue au NWEC et ignore tout des dossiers traités. Mais j?entends conscientiser sur toutes ces questions. Ce sera ensuite aux femmes de forger leur destin d?entrepreneur...»

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