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Au secours de la banquise
?J?ai toujours eu le désir d?aller en Arctique. Il faut le garder tel quel.?
Le réchauffement de la planète nous préoccupe tous. Mais ils ne sont pas nombreux les volontaires à s?être rendus sur les lieux, avec de sucroît une mission scientifique. Roan Hackney est de ceux-là. A 25 ans, cet Anglais de passage à Maurice s?est inscrit au projet Ice Warrior, ONG qui propose d?inspecter la région, via des parcours jamais empruntés auparavant jusqu?au pôle Nord. ?Long de mille kilomètres, ce trajet doit être réalisé en 60 jours? à pied?, ajoute Roan.
?Nous devons accomplir un travail de terrain que les satellites ne peuvent faire?, nous révèle-t-il à quelques semaines d?une deuxième phase d?entraînement intensif dans les contrées extrêmes de l?hémisphère boréal. C?est en mars que Roan et ses équipiers devront prendre une notation précise de l?environnement. Par endroits, ils vont mesurer l?épaisseur de la glace. Ils se prêteront aussi à un véritable test d?endurance, sur les traces légendaires d?explorateurs comme Scott. ?Jusqu?ici, seule une quarantaine de personnes s?était risquée jusqu?au pôle en marchant.?
Le résultat des recherches servira à des organismes tels que la Nasa. L?aventure elle-même, suivie sur le site d?Ice Warrior (http://www.ice-warrior.com) fera l?objet d?un documentaire sur la chaîne National Geographic. Si le projet Ice Warrior est ouvert à tous, il faut pouvoir s?acheter un matériel très coûteux, qui peut être remboursé par des sponsors.
Si Roan était de passage, il existe aussi des aventuriers de l?écologie à Maurice. En effet, Deon Jacobsz, un Mauricien d?adoption, embarque le 11 mars dernier pour dix jours à bord du MS Explorer, fameux bateau scientifique, pour un voyage instructif ... en Antarctique. Au départ du fameux port-frontière d?Ushuaia, en Argentine. Vers le capricieux Passage de Drake, atteint le 12, les îles Aitchos, les Shetlands du Sud. Aux commandes de l?expédition, Stephen Anstee de GAP adventures.
A bord, pour préparer les passagers à comprendre les enjeux de cette nature majestueuse, les minis conférences, par différents interlocuteurs, se succèdent. Une petite idée : de Seabirds, ambassadors of Southern ocean, avec, en tête, les lettres de créance des albatros voyageurs, à Antarctic Geology and ice drift, sur l?influence du continent austral sur le climat présent et passé, sur les pinnipèdes de tous poils (ils sont nombreux, des éléphants de mer aux phoques mangeurs de crabe). Les conférences sont agrémentées de sketches et de projections : de La Marche des Empereurs à Life in the Freezer de David Attenborough.
A mesure que progresse le navire, le monde antarctique prend vite ses droits: on entre dans la fameuse zone de Convergence des eaux chaudes et eaux froides. C?est la chute libre dans le thermomètre. Puis arrive l?île de la Déception, site de toute beauté, auquel on accède par une gigantesque baie, formant partie d?une Caldera encore active : paysage apocalyptique, mais où Deon est littéralement happé par le calme profond. Nous sommes le 14 mars : le temps de cette courte escale, certains n?hésitent pas à ? faire trempette, par 1 °c (température de l?eau).
Le Continent est atteint lui-même le 15 mars, après un arrêt aux îles Cuverville (point de chute de la première expédition en Antarctique, par des Belges en 1897/1898). Accueillis par des baleines à bosse, l?équipage et ses passagers mettent le pied sur une plage longue, presque irréelle. Un comité d?accueil à faire pâlir les plus protocolaires : les pingouins Gentoos, guère farouches. Ils ont davantage à craindre des phoques léopards qui les attendent dans l?eau? Ce sont là les lois de l?écosystème.
A Neko Harbour, par beau temps (-3°C), on mouille 30 petits canots dans l?eau, et on navigue lentement dans la baie, entre phoques et Minke Whales. A travers Lemaire Channel, long de 11 km, on pénètre un défilé d?eau entre glaces bleues et blanches: c?est Iceberg Alley. Non loin, ce sont les îles Argentines, que Charcot découvrit à bord de son Pourquoi Pas. Malgré la tempête, quand on reprend le chemin du retour le 17, l?émerveillement est le même. Ushuaia est atteint le 20. ?J?ai beaucoup appris?, confie Deon. Gageons qu?il ne sera pas l?un des derniers à avoir pu le faire.
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