Publicité
Au quotidien
On est un samedi. Depuis quelques jours, on commence à sentir les premiers frémissements de l?hiver. Les péripéties des Deelchand, Dayal, Hurnam, Tyack, Noël? continuent à alimenter nos besoins en informations ou plutôt en sensations fortes. Parallèlement et de temps à autre, on parle d?autres types d?affaires. Ceux-là ont trait aux nouveaux investissements, aux sociétés qui émergent ou qui s?implantent dans le pays, aux secousses que connaissent nos établissements scolaires ou encore notre système judiciaire. Au plan individuel, on étoffe son quotidien des actions et des initiatives qui vont permettre de mieux passer la fin de mois ou mieux vivre ses relations socioprofessionnelles.
Mais quoi que nous fassions, nous sommes vite gagnés par les soucis du quotidien. Il va si vite le monde, diraient certains, qu?à peine quelques retards rattrapés que d?autres angoisses nous tenaillent. On voudrait respirer et voilà qu?on s?étouffe sous le poids des ennuis. La course après l?argent est perpétuelle. L?appât du gain est ensorcelant et contraignant. C?est ainsi, alors qu?une bonne partie de la population lutte pour joindre les deux bouts, une autre partie, elle, ne cesse d?improviser techniques et man?uvres pour faire claquer des sous mal acquis dans des bourses avides. La logique de l?argent ne nous épargne pas, d?un autre côté, d?illogismes idéologiques. Ce qui devrait être la bataille des idées, s?en rend-on compte de plus en plus, verse dans des inepties effroyables. Qu?on ait déjà ouvert les paris sur les gagnants des prochaines législatives n?est pas étonnant. Mais qu?on fasse de cette échéance un rendez-vous avec la mort ou la vie est d?une frivolité dramatique. Nous voilà donc coincés entre les impératifs pécuniaires et les scléroses des idées.
On voudrait que la semaine prochaine fût autrement. Vaine chimère. On n?échappe pas à ce à quoi on est condamné. Propos de fatalistes alors qu?on chercherait de rigoureuses analyses? Mais comment faire autrement si c?est du pareil au même malgré le temps qui passe. Le temps qui passe et qui laisse les mêmes traces qu?on est obligé de recouvrir d?un semblant de moralisme. Car il est difficile de maintenir un état continuel d?étonnement et d?agacement devant ce qui constitue notre quotidien. C?est, pourrait-on presque dire, le lot de tous les pays, de toutes les sociétés, développées ou non. Quelle ambition se donner, par conséquent, quand le mur est aussi lézardé, quand demain va rimer avec hier ? Le pire, c?est qu?on risque de rester dans cette atmosphère sociale pendant longtemps encore. Voire elle pourrait connaître un pourrissement graduel. Car les vautours, si peu nombreux qu?on les entende de tous les côtés, ne cessent de prédire et d?annoncer le pire.
C?est dans cet état d?esprit, nous dit-on, qu?on est en train de construire l?avenir. Cependant, pour la majorité des Mauriciens, l?avenir n?est pas si loin que cela. Il débute avec la présentation du prochain budget. Il ne s?agit pas d?être misérabiliste mais il faut rappeler que la compensation salariale consentie n?arrêtera pas les cris de douleur et que, de toutes les manières, les inévitables augmentations de prix amortiront le geste généreux des autorités gouvernementales. On ne peut certes n?avoir que des attentes. Encore qu?elles ne soient pas aussi exigeantes que cela. Mais on peut avoir le blues d?une réalité et d?une quotidienneté plus souples et moins contraignantes. A ce rythme, on finira par exister seulement alors qu?on n?arrêtera pas de nous promettre un vivre plus agréable. La désillusion étant trop cruelle lorsqu?on exprime de grandes espérances, il vaut mieux ramener son regard à la matérialité d?un vécu qui est en train de se vider de son contenu plaisant pour ne faire de la place qu?à un utile accablant.
Publicité
Publicité
Les plus récents