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Au Pérou, le kidnapping fait fureur

30 avril 2006, 00:00

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Du haut de ses 6 ans, Jostein n?a pas compris pourquoi des inconnus l?embarquaient de force sur le chemin de l?école le 11 avril. Le petit Péruvien venait d?être kidnappé. Ses ravisseurs pensaient que sa famille était aisée et paierait sans compter pour retrouver l?enfant. Ils se sont trompés : les parents de Jostein, vendeurs ambulants, n?avaient pas d?argent.

La rançon exigée était de 10 000 soles (2 600 euros), une somme hors d?atteinte pour la famille de Jostein. Après plusieurs heures de négociations, la mère aurait obtenu la liberté de son fils pour 500 soles (130 euros), le montant du salaire mensuel minimum au Pérou.

« Séquestration typique et atypique »

Ce même 11 avril, plus tard dans la soirée, un fonctionnaire péruvien était enlevé à Lima, la capitale. Comme souvent, la famille a déposé une plain-te, mais se refuse depuis à collaborer avec la police, préférant négocier directement avec les ravisseurs. Les preneurs d?otages réclameraient une rançon de 50 000 dollars (40 000 euros).

Treize personnes ont ainsi été enlevées depuis le début de l?année au Pérou. Trois depuis le début du mois d?avril. Si le fonctionnaire est toujours porté disparu, les autres ont fini par être libérés, la plupart des familles ayant payé la somme réclamée. Tous ont été victimes, selon la police, de « séquestration typique », qui consiste à prendre en otage une personne pendant plus d?une journée et à réclamer une rançon.

Autre forme d?enlèvement, « l?atypique » est aussi très répandu. « Les bandits voient une personne qui paraît avoir de l?argent, ils la kidnappent le temps de lui vider ses cartes bancaires ou d?aller piller son domicile », détaille Eduardo Perez Rocha, directeur de la police nationale du Pérou (PNP) en 2003, aujourd?hui retraité. Il est impossible de savoir combien de séquestrations atypiques ont eu lieu à Lima. Venant de toutes classes sociales, les victimes portent rarement plainte, mais la statistique d?un enlèvement par jour semble plausible aux yeux des policiers. Dans la capitale péruvienne, où ont lieu 95 % des attaques, les prises d?otages ont augmenté durant les derniers mois. « Cette recrudescence n?est pas alarmante, cherche pourtant à relativiser le colonel Antenor Rosas, chef de la division des séquestrations de la PNP. On est loin des situations qui existent à Panama, au Brésil ou à Mexico. »

Délit répandu en Amérique latine, le phénomène est récent au Pérou où il se développe depuis un an. En 2005, trente-neuf séquestrations ont été dénoncées auprès de la police. Souvent planifiés, les enlèvements faisaient jusque-là l?objet d?une longue préparation. Ainsi, un ingénieur kidnappé avec sa fiancée, le 28 mars, aurait été suivi pendant un mois avant que sa voiture ne soit interceptée un soir tandis qu?il rentrait du travail.

L?indulgence des tribunaux

Cependant, depuis quelques semaines, des petits délinquants s?essaient à cette nouvelle technique et n?hésitent plus à enlever quiconque semble plus riche que la moyenne. Pour beaucoup, c?est l?indulgence dont ont bénéficié certains preneurs d?otages devant les tribunaux qui aurait fait naître des vocations. À l?origine de deux rapts fin mars, Johnny Martin Vasquez avait été arrêté en octobre 2004 pour des délits de séquestration avant d?être relâché en semi-liberté six mois plus tard. « Pour nous, cela n?a pas de sens », condamne le colonel Rosas.

Et devant la réussite de plusieurs rapts, six Péruviens se sont « autoséquestrés » depuis janvier. Ils simulaient avoir été pris en otage pour extorquer de l?argent à leur famille. La police les a démasqués.

■ @ 2 006 Le Monde ? Chrystelle Barbier ? (Distribué par The New York Times Syndicate)

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