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Au nom du père et du fils?
Non, nous ne parlons pas, cette semaine encore, de la messe politique du père Grégoire, même si sa grosse foule de fidèles ne cesse de déchaîner les passions. À ce chapitre, pour dire le moins : Grégoire aura réussi à relancer les débats ? nécessaires ? sur le sort des questions créoles dans la société mauricienne. Sous ce titre pseudo-religieux, nous nous intéressons en fait au MSM, un parti manifestement encore tiraillé entre le père et le fils Jugnauth.
Ainsi, à la démission-surprise de Sekar Naidu, à la veille du 1er mai, Pravind Jugnauth a astucieusement (?) opposé un éventuel retour de sir Anerood aux côtés du MSM lorsqu?il arrivera au bout de son mandat présidentiel.
Sur le plan médiatique, Jugnauth junior a réussi son coup, c?est-à-dire en faisant occulter la perte d?un siège MSM au Parlement ? qui n?est pas en soi anecdotique, vu le très mince écart qui sépare son parti du MMM, lequel écart a réduit le poste de leader de l?opposition à un risible jeu de « musical chair ». Mais bon, tout le monde a parlé de sir Anerood, qui a eu droit aux gros titres de la presse. La nostalgie du « bolom » prédomine encore. Et Sekar Naidu a été passé au second plan? du moins jusqu?à ce que ce dernier se décide à rejoindre le MMM !
Mais au-delà du subterfuge communicationnel, est-ce que Pravind Jugnauth réalise le tort qu?il se fait en tant que leader du MSM ? un poste qu?il a eu du mal à justifier dès le départ ? Comment celui qui entend incarner le « renouveau » politique pourra-t-il expliquer, en des termes moins voilés, que son père « pou fer boku dimun tremble » ? Au sein du MSM, Sekar Naidu ne fait qu?allonger la liste des démissionnaires depuis que Pravind Jugnauth a pris les rênes du parti de son père.
En démissionnant de son poste de ministre, en plein mandat MSM-MMM, Anil Bachoo avait déjà évoqué le déficit de leadership du fils en comparaison au père. C?est un fait qu?en treize ans de règne comme Premier ministre, sir Anerood avait conquis ses hommes, en leur faisant à maintes reprises la démonstration de son flair politique. Il savait écouter ses lieutenants et tranchait souvent dans le vif, même si cela lui a valu cette redoutable réputation de « coupeur de doigts ».
Par contraste, Pravind Jugnauth a raté, en 2003, son premier véritable test de leadership lors de la partielle de Piton-Rivière-du-Rempart, provoqué par le départ de sir Anerood pour le Réduit. Les nostalgiques de sir Anerood vous diront tous que l?ancien leader du MSM n?aurait jamais désigné un candidat (en l?occurrence le pauvre Dr Prakash Hurry) pour changer d?avis en cours de route ? en passant on n?entend plus parler de Prakash Maunthrooa au « Sun Trust ».
Résultat du cafouillage au numéro 7 (pourtant le fief de sir Anerood), le MSM devait perdre le siège laissé vacant par son leader historique. Passons sur les autres défections en série : Anil Gayan, Vijaya Samputh, Rajesh Bhowon. Et retenons que Pravind Jugnauth a réussi le tour de force de ne pas se faire élire lui-même au Parlement, devenant ainsi le seul leader d?un parti national qui soit actuellement extraparlementaire. Même son oncle Ashock Jugnauth, certes avec des méthodes douteuses, s?est fait élire avant de prendre ses distances du parti familial.
Sur un autre plan, plus humain celui-là, même si sir Anerood est connu pour être le « père du développement économique », force est de constater qu?il ne jouit plus de la même forme qu?avant et que le contexte international a complètement changé depuis « ses années décisives ».
Né en 1930, sir Anerood a atteint un âge où peut-être il n?aspire plus à faire trembler les gens. C?est normal après 40 ans de vie politique active, au cours desquels il n?a pas connu que des moments de gloire ? lui aussi comme Pravind n?avait pas été élu, c?était lors des législatives de 1995 dans le sillage de son fameux dérapage verbal à l?aéroport de Plaisance.
Récemment Pravind Jugnauth a ironisé en évoquant ses adversaires politiques. Il a fait allusion au fait qu?ils ne seraient plus là pour longtemps, alors que lui a l?avantage de l?âge !
Ce qui est regrettable, au-delà du complexe du fils, c?est de voir qu?un parti qui se dit national reste accroché au passé. Au lieu de parler des programmes pour relancer l?économie d?aujourd?hui et de demain, le leader du MSM évoque l?émotionnel d?hier. En fait, en appelant son père à la rescousse, Pravind Jugnauth projette l?image d?un jeune loup qui n?a pas encore toutes ses dents. Et qui a encore besoin de papa.
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