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Au fil du Nil, l?autre versant du Caire

11 janvier 2004, 20:00

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Dans l?Antiquité, des âmes friandes de légendes, cherchant les sources du Nil, pensaient qu?il venait du Paradis. Et, nul ne se rend, aujourd?hui encore, comme jadis Flaubert, Pierre Loti, Gérard de Nerval... en terre égyptienne ? bien que l?on sache, prosaïquement, que le Nil prend naissance au c?ur de l?Afrique ? sans la détermination d?aller à la rencontre du fleuve mythique.

Le rêve parfait est sans doute de l?aborder par La Haute Egypte, Abou Simbel, Assouan, Louxor, et de descendre le cours vers Le Caire, vers La Basse Egypte. D?être au Caire, et de disposer de seulement deux heures, en fin d?après-midi, aiguise le besoin intérieur de retrouver les rives de ce fleuve qui coule en soi, de glisser sur ses eaux. Mais par où l?appréhender ? L?apprivoiser ?

Faute d?avoir pu communiquer notre désir aux préposés de l?hôtel où nous logeons, c?est une collégienne, que l?on croisera dans la rue, elle, familière de la langue de la Blonde Albion, qui, bienveillante, traduira avec appétit en arabe, notre v?u. Elle le transmettra au chauffeur de taxi qui nous y conduira ? cette terre est si vaste, que nos deux jambes ne servent pas à grand-chose. Comment se nomme le lieu indiqué par la jeune fille, où nous trouverons, à cette heure, une barque, pour enfin communier avec ce fleuve ? ?It doesn?t have any name, dira-t-elle, but, it is very romantic. You will like it.?

A l?endroit indiqué, le chauffeur, le propriétaire de la barque, et le batelier discutent fort. Le ton est tapageur. Sans comprendre les échanges, l?on saisit un sérieux marchandage. Le fleuve, lui, n?attend pas. Mais, que ne ferait-on pas pour ces eaux bleues de notre mémoire, dont on sait déjà, qu?à cette heure, et en ce lieu, elle ne peut être que couleur d?alluvions. Le temps du marchandage, l?heure universelle a filé. Rê s?est couché.

Ni cange, ni felouque, ni bac ? celui-ci revient de sa sortie, surchargé de touristes ? d?une vétusté avouée, notre embarcation sans signe distinctif quitte ses amarres. Péniblement. On serpente entre les herbes riveraines, pour gagner les grandes eaux, et épouser le cours du grand Nil. La nuit est tombée. Avec elle la douce température de l?après-midi. Une brise glaciale fissure l?air. Elle balaie les eaux. L?on bénit le chauffeur prévenant qui, plus tôt, nous avait remis un châle.

Silence ouaté

Au loin, la Tour du Caire, (The Cairo Tower), s?élève, lumineuse. L?obélisque du Jardin se profile, noir, à contre-jour. L?on croise une fontaine. Qui semble être là pour personne. Les bateaux de croisière, et autres restaurants flottants, sont à quai. Plus loin, à mesure que nous avançons, contrairement aux heures diurnes, la ville du Caire ne semble exister que par les grandes chaînes d?hôtels internationales. Leurs étages s?élèvent à tout dominer. Le Hilton, El Gezirah Sheraton, et les autres, sont d?un autre monde. Moins réel que notre pèlerinage sur l?eau.

Le batelier, coiffé de son turban, enfile un pull. Sa tentative, au départ de la ville, de mettre en marche une radio de fortune, a échoué. De même pour son néon rebelle. Pour notre bonheur. L?on oublie peu à peu la ville, malgré un faible éclairage qui, au loin, la signale. Quelles que soient ses dissonances, elles se résolvent dans le silence ouaté de la distance.

Notre barque vétuste, dont nul n?aura voulue ? sauf un voyageur, arrivé à l?ultime seconde pour le pèlerinage ? crée un isolement bénéfique au silence. Elle glisse, le moteur en sourdine. Un handicap par ailleurs, l?esseulement de la langue, ici, ajoute à la tranquillité de l?heure. Le passeur est silencieux. L?autre voyageur se fait complice du recueillement. Le temps s?estompe dans la fluidité du silence. Peu d?étoiles allument l?espace. Nous sommes seuls, entre l?immensité du ciel et la vastitude des eaux. Dans un ventre d?encre. Qui recoud les fissures du froid. Répare les fractures de l?attente. Eclaire les points cardinaux de la quête. Don du Nil !

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