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Au-delà de Tianli et d?Apollo?

27 janvier 2008, 00:00

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L?ère de l?Occident triomphant touche-t-elle à sa fin ? C?est ce que laissent entrevoir des signes d?une Chine et d?une Inde déterminées, toutes deux agressives en diplomatie économique, chez nous comme partout en Afrique. À la lisière de notre capitale, le méga-projet chinois Tianli, qualifié de plus grand projet de développement intégré jamais réalisé à Maurice, ambitionne d?être un pont entre l?Asie et le monde africain. Plus loin, le projet du méga centre hospitalier du géant indien Apollo, dans le triangle d?Ébène, à côté de la cybercité, veut briller comme un joyau en médecine et autres technologies de pointe dans la région. Deux exemples, s?il en fallait, parmi les plus impressionnants, pour démontrer que le centre de gravité du monde se déplace de nos jours davantage vers les entrepreneurs conquérants de l?Asie.

L?Inde et la Chine, terres complexes, peuplées d?entreprises de pointe et de pauvreté extrême, où modernité et tradition coexistent, sont les super puissances économiques et démographiques de l?ère qui s?ouvre. La population de l?Inde dépassera celle de la Chine (future plus grosse économie au monde) en 2025. Les deux ensemble pèsent plus du tiers de l?humanité, et trouvent quand même le temps pour s?intéresser à nous.

Au-delà des tensions liées à leurs différences culturelles et historiques, ce sont deux modes de pensée, deux façons d?opérer qui se déploient, tant dans la culture que dans la relation à la puissance. L?Inde démocratique, ouverte sur le monde, conçoit la relation à la puissance par le rayonnement (« Shining India »), dont celui de sa diaspora ? notre Premier ministre représente, récemment à travers les « Pravasi Bharatiya Divas », le symbole de cette diaspora indienne qui règne, qui domine. La Chine, elle, fonctionne depuis longtemps sur un mode de pensée communautaire (régime socialiste), avec une relation à la puissance très agressive, qui a conquis les Africains car sa générosité est aussi démesurée que sa masse monétaire.

L?Américain Thomas Friedman, qui a écrit une brève histoire de l?économie et des entreprises du xxie siècle ? « The World is Flat », sort souvent sa part de vécu pour résumer notre époque : « J?ai grandi dans l?État du Minnesota dans les années 1950, et mes parents avaient l?habitude de me dire : Tom, pense aux petits Chinois ou aux Indiens qui meurent de faim et finis ton assiette ! Aujourd?hui, je dis à mes filles : Dépêchez-vous de terminer vos devoirs, car les Indiens et les Chinois rêvent de votre futur travail. » C?est dire la montée en puissance de ces deux méga-marchés et leurs besoins gargantuesques.

Ni plus ni moins, la Chine et l?Inde tiennent l?avenir du monde entre leurs mains, résume le rapport sur l?état du monde du « Worldwatch Institute ». Car les géants voisins sont, outre les États-Unis, les plus gros importateurs de pétrole et incidemment les plus gros producteurs de gaz à effet de serre au monde. Et aujourd?hui, c?est la bataille de l?énergie pour soutenir leur spectaculaire développement économique et leur énorme potentiel de puissance qui les incite à investir les pays de la région. Cette course énergétique les incite à investir l?Afrique pour contre-carrer l?Europe et les États-Unis.

Et Maurice est le relais diplomatique pour mieux dialoguer avec le continent.

Dans une démarche d?intelligence commune, profitant des rapports douloureux que le continent entretient avec l?Europe, en raison de la laborieuse négociation des accords de partenariat économique (APE), les deux géants asiatiques, auparavant repliés sur eux-mêmes, investissent un territoire qui leur était méconnu, et envers lequel ils se montrent extrêmement généreux. À cet égard, le discours d?Abdoulaye Wade contre l?Union européenne est sans détour : « La présence de l?Europe en Afrique est en train de régresser [?] Les Européens ont beau dire, ils ne pourront pas effacer la Chine, ou l?Inde en Afrique, parce que ces pays ont signé des accords avec nous sans rien exiger de nous en retour. »

À deux ans et demi de l?achèvement de son mandat, le gouvernement travailliste a également compris que l?ouverture économique est sa seule chance pour arriver à développer nos infrastructures, à doper la croissance et à créer des emplois. Ainsi accueille-t-il à bras ouverts les investissements asiatiques qui font remonter la roupie et le moral des ménagères. Sur l?échiquier mondial, Pekin et New Delhi jouent plus gros que Bruxelles et Washington, qui sont occupés par d?autres conflits chez eux ou dans le monde. Maurice, elle, ne s?en plaint pas. Les élections de demain se préparent aujourd?hui?

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