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Au creux de Port-Louis, fille, muse, débauchée
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Au creux de Port-Louis, fille, muse, débauchée
Elle est en lui. À ?trop vouloir regarder? la ville, Thierry Chateau y a vu la fille. Femme aimée mais aussi la prostituée. Le port s?est fait île. Espace réduit des ruelles sombres et sales. Espace des émotions à découvert. Des mots simples au sens composé.
Déclaration enflammée à la ville. Aveux tremblants à la fille. Avec la capitale pour repère. Traversée chaque jour par des milliers. Regardée par une poignée. Ce sont là les thèmes de Porlwi Fam Nwar, recueil de poésie de notre collègue Thierry Chateau. Publié aux Éditions de la Tour, l?ouvrage sera lancé demain.
Sous sa plume : une langue hybride, un parler libre. Des mots pour dire les choses comme elles sont. Des mots que l?on entend dans la rue. Preuve que les mots ?coaltar ? sont aussi poésie.
Créole et français, verbes en tous modes, modulés sur la fréquence vérité. Sa vérité. Personnelle. Le poète raconte Port-Louis avec ?ses airs de Bretagne des antipodes?. L?homme se raconte dans Port-Louis. Se promenant à La Butte, où ?Moi je m?y perds souvent/ Entre midi et quatorze heures /A la recherche du temps perdu?.
Bien sûr qu?elle est sale la ville. Bien sûr qu?elle sent fort le poisson avarié et l?odeur des amours illicites. Thierry Chateau poétise. Le plus vieux métier du monde. Jette dessus la dentelle qu?il est parmi les seuls à voir, quand il passe du côté du Jardin de la Compagnie.
Est-ce qu?il en fait trop ? Tout dans l?admiration. Un rien de compassion. Pour les malheureux. Pour tous les pauvres hères, qu?ils soient en talons aiguilles ou en haillons. Echoués au bord de la mer. Echoués au bord de nos propres désillusions.
Est-ce qu?il en fait trop ? Question à revers. C?est Port-Louis qui est trop. Trop brûlante, trop laide. Trop puante, trop provocante. Le poète, qui a ?ressenti la ville/ de l?intérieur, du fond du c?ur/ A 30 ans?, ne pouvait, à 40 ans, qu?en être l?amant. Voguant ?d?émerveillement en dégoût?.
Amoureux et lucide, le poète sait se sauver. Eponger le trop plein de sensations portlouisiennes. Réussissant à nous éviter (ne serait-ce qu?un instant) nos nausées quotidiennes, quand monte à nos narines la pourriture prononcée des tas d?immondices encombrant la chaussée.
?En voulant dire ma passion/ J?ai divulgué mes obsessions.? Ses rapports multiples, ambigus avec la femme. Les femmes. Préférence marquée pour les peaux brûlées de soleil. Les rêves pris dans le goudron qui fond sous l?effet de la chaleur.
Un brin sociologique, un peu anthropologique, le poète ne crache pas sur le mystique. Salue Marie reine de la ville. Sans manquer de respect à celle qui ?a vomi dans la rade? avant de s?y noyer.
L??il du journaliste a dirigé le regard du poète. Sorti de Cité Taule (un précédent ouvrage de Thierry Chateau), il est sensible au sort des pêcheurs de Bain-des-Dames à Pointe-aux-Sables. Sa mémoire conserve les traces du mal ?indéracinable? qui porte le nom de Bagarre raciale. Dans un recueil efficacement servi par les illustrations en noir et blanc, signées Pierre-Alain Appadoo.
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