Publicité

Au chevet des plus vulnérables

16 décembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pascale Dinan est courageuse. Dans un contexte assez morose sur le plan de l?emploi, cette professionnelle de 30 ans a abandonné le poste de gériatre qu?elle occupait à plein temps à l?hôpital Bretonneau de Paris, pour regagner Maurice où il n?existe aucune unité de gériatrie tant dans le secteur privé que public.

Ce facteur n?a pas l?air de la déranger outre mesure. «C?est vrai que si j?étais restée en France, j?aurais eu la possibilité de grandir davantage professionnellement. Mais j?ai choisi de rentrer en raison de mes attaches affectives. Ensuite, après 13 ans de médecine en France, j?ai considéré que j?avais ma contribution à apporter à mon pays», souligne-t-elle.

Si elle se sait «pionnière» dans le domaine de la gériatrie à Maurice, elle sait aussi que le besoin pour sa spécialité existe. «Je sais qu?il y a plusieurs maisons de retraite et qu?il y a des choses à faire pour une population qui vieillit. Je considère que s?il faut ajouter des années à la vie, autant que ce soit des années de qualité. Je suis sûre que cela va bientôt décoller dans ce domaine.»

Cet intérêt poussé pour les plus fragiles que sont généralement les enfants et les personnes vieillissantes lui vient de sa grand-mère Simone, bénévole à la Croix-Rouge. Enfant, Pascale ne se lasse pas de l?entendre raconter comment elle fait des injections et panse des plaies. Cela correspond à son besoin profond de soigner les autres. Elle sait donc qu?elle sera médecin.

Au cycle secondaire d?études au collège de Lorette de Quatre-Bornes, elle se dirige tout naturellement vers la filière scientifique. Mais comme elle aime aussi la littérature, elle suit en parallèle des cours de l?Alliance française. Grand bien lui en fait car elle décroche la bourse de cet organisme français. Ce qui lui permet d?aller étudier la médecine à Paris où vit déjà sa s?ur Agnès, qui étudie les sciences politiques. Pascale se fait inscrire à l?université de Paris V qui est rattachée à l?unité de formation et de recherches de l?hôpital Necker-Enfants malades.

Elle entame et réussit avec brio son cycle primaire d?études médicales de deux ans, son deuxième cycle de quatre ans et son troisième cycle de trois ans. Pour être mieux encadrée, elle se joint au centre Laennec qui aide les étudiants en médecine et en dentisterie en leur offrant notamment les conseils éclairés d?un tuteur et la possibilité d?assister à des causeries médicales variées.

En tant qu?externe, elle effectue des stages dans plusieurs services de l?hôpital Necker. Ceux qu?elle apprécie le moins sont la réanimation et la chirurgie générale car elle a besoin du contact avec les patients. «Mais j?aime la microchirurgie et les soins de la plaie», avoue-t-elle. Son aspiration profonde est «d?entendre la douleur, de la prendre en compte et savoir la soulager».

Pascale touche du doigt la souffrance quand elle fait un stage de trois mois comme infirmière à la Maison médicale Jeanne Garnier où se trouvent des cancéreux et des sidéens en phase terminale. «C?est dur de traiter des patients qui vont mourir. Mais l?équipe médicale et paramédicale peut s?exprimer à travers des groupes qui agissent comme des soupapes de sécurité.»

Personne ne meurt sous ses yeux mais elle assiste et participe aux soins prodigués à un défunt et apprécie le respect dont fait preuve l?infirmière à cet égard. «Par ses gestes, on sentait que ce n?était pas un cadavre qu?elle touchait mais une personne dans toute sa dignité humaine qui venait de rendre l?âme.»

Lors de son internat, elle passe notamment un semestre en gérontologie et découvre «la personne vieillissante dans toute sa complexité. La personne vieillissante est très vulnérable car elle présente souvent des pathologies multiples qui doivent être traitées avec prudence pour lui éviter les effets secondaires et toxiques des médicaments».

Pédiatrie ou gériatrie

L?heure de présenter sa thèse de doctorat et de se lancer dans une spécialisation approche mais Pascale n?est toujours pas fixée. à l?hôpital Necker- Enfants malades, elle croise le professeur Marie-Odile Réthoré, bras droit de feu le professeur Jérôme Lejeune qui a découvert le chromosome de la trisomie 21. Pascale est particulièrement touchée par la sensibilité humaine et la générosité dont fait preuve cette généticienne lors de ses consultations. Cette dernière lui permet «de comprendre l?importance de la qualité de la relation avec l?autre et la personne fragile».

Si bien que c?est à l?Institut médical Jérôme Lejeune, qui s?occupe des trisomiques 21, qu?un sujet de thèse est proposé à Pascale. Elle axe celle-ci sur «la croissance staturo-pondérale de l?enfant trisomique 21». C?est un fait que l?enfant trisomique 21 est en surcharge pondérale par rapport aux enfants d?une population témoin mais de taille inférieure. En étudiant de plus près les dossiers et les cas sur la période d?un an, Pascale réalise qu?avec un suivi médical régulier et des mesures thérapeutiques simples, cette surcharge pondérale peut être contrôlée,

grâce à la qualité de la prise en charge des enfants trisomiques à l?Institut médical Jérôme Lejeune. Pascale obtient son diplôme d?état de Docteur en médecine.

Elle fait aussi un an d?études en accueil des urgences en service de pédiatrie et obtient un diplôme inter-universitaire. Mais c?est en discutant avec le professeur Réthoré qu?elle finit par trancher en faveur de la gériatrie. «Je recherchais une spécialité qui traiterait une personne dans sa globalité, qui s?intéresserait à elle dans tout son être. La pédiatrie a aussi cette dimension-là.»

Pascale fait deux années de formation en gériatrie. La partie théorique se déroule à l?hôpital européen Georges Pompidou et sa pratique dans plusieurs hôpitaux de Paris et des maisons de retraite. Son intérêt pour le sujet vieillissant en est davantage aiguisé. «Une personne vieillissante est fragile. Il faut la traiter dans sa globalité et faire plus attention à ce qu?on lui prescrit pour éviter les complications. Il faut éviter qu?elle ne sombre dans la déprime.»

Sa spécialisation en gérontologie obtenue, Pascale est attachée à plein temps au service de gériatrie de l?hôpital Bretonneau. Elle est heureuse d?évoluer au sein d?une équipe pluridisciplinaire comprenant des psychologues, ergothérapeutes, orthophonistes, kinésithérapeutes, infirmiers mais aussi des podologues et esthéticiennes pour assurer la qualité de vie.

Rentrée au pays depuis un mois et demi, Pascale travaille comme médecin généraliste à la clinique Darné et à celle du Bon Pasteur. Elle ne craint pas d?être frustrée de ne pas pouvoir pratiquer sa spécialité. «Je crois que les choses se mettront en place d?elles-mêmes. Pour l?instant, je travaille comme médecin généraliste et j?applique mes compétences en fonction des cas qui se présentent. Ce n?est pas parce que je suis le premier gériatre à Maurice que je connais tout. J?ai beaucoup de respect pour ces médecins généralistes plus âgés mais plurivalents et qui savent tout faire. J?ai beaucoup à apprendre d?eux», dit-elle avec humilité.

Voilà quelqu?une d?immunisée contre le syndrome de la grosse tête?

Publicité