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Au carrefour des énergies positives

6 août 2007, 20:00

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Les sixties à Moscou : Kroutchev, Brejnev, Soljenitsyne? et la télévision russe. Pour le docteur Suresh Hurry, aujourd?hui directeur de IT Power US, Inc en Floride, une société de service-conseil en énergies renouvelables, pas plus tard qu?hier officiel aux Nations unies à New-York, le jour s?est définitivement levé à l?Est. En plein effort d?URSS, dont le seul nom terrorisait certains de ses compatriotes, mais qui ne lui faisait pas plus peur qu?à ces nombreux étudiants qui ont vu ? très souvent avec raison ? dans la Russie soviétique d?alors l?aubaine d?études abordables et de très haute qualité.

Au prix peut-être de quelques concessions avec la propagande, parfois. Mais notre Rosehillien de naissance, Curepipien le temps de ses royales années collégiennes, en tira le meilleur parti, apprenant puis maîtrisant non seulement le russe, mais aussi le moscovite (nous voulons dire : le russe parlé avec l?accent moscovite) avec une telle aisance qu?il finit par paraître à la télé russe en tant qu?étudiant étranger modèle.

Pas vraiment surprenant, si on s?approche de ce qu?a toujours été Suresh Hurry : un homme de science, avide d?apprendre, authentique cosmopolite et aimant la vie. C?est ainsi que rentré au pays en 1970 et intégrant l?Université de Maurice des temps héroïques, il repart en 1974, en congé avec solde (cela se pouvait), peaufiner son doctorat à l?Indian Institute of Technology, à Delhi. Lorsqu?il revient, c?est pour lancer, bien avant que le concept se soit imposé dans l?esprit des Mauriciens, un programme de recherches sur les énergies renouvelables.

Avec le soutien de l?Ademe (l?Agence française- de l?Environnement et de la Maîtrise de l?Energie), alors connue comme le Commissariat à l?énergie solaire), il favorise l?installation des stations de mesure du potentiel éolien (énergie produite par le vent). Pour le détenteur de la chaire de technologies à l?Université, le recours aux énergies renouvelables ne serait donc pas qu?un joli préchi-précha : ?Je me souviens encore de l?incrédulité du ministre de l?époque quand je lui ai parlé du chauffe-eau solaire installé chez moi. Et de son étonnement quand, répondant à mon invitation, il se rendit compte de lui-même des bienfaits d?un tel système.?

Comme quoi, rien ne vaut une visite sur le terrain. Nous sommes à la fin des années 70 : à Quatre-Bornes, à Maurice même, Suresh est un des rares à être équipé de la sorte, alors que le matériel vaut une petite fortune. ?Ce qui est valable aujourd?hui l?était déjà hier : il faut voir au-delà des coûts immédiats, le coût du cycle de vie. Certes cela revient cher pour les premières années. Mais quand on sait qu?un chauffe-eau est efficace pendant 20 ans, vos kilowatts heures sont amortis en l?espace de cinq ans, mais encore vous avez l?eau chaude gratis pour très longtemps.?

C?est dans ce contexte presque militant que Suresh est recruté par l?Unesco et le PNUE comme consultant pour monter des projets d?implémentation de l?énergie solaire en Afrique. ?Pour le poste de New-York, parmi les autres candidats, il y avait un Turc ainsi qu?un Sud-américain. En fait on me connaissait si bien à New-York qu?on m?a embauché sans même faire l?entretien téléphonique.? Suresh, un de ces valeureux intellectuels mauriciens à faire la fierté du pays sur le plan international, se retrouve donc fonctionnaire des Nations unies, premier secrétaire général de la Société de l?Energie Solaire d?Afrique.

Les projets s?enchaînent, les offres aussi : en 1982, les Nations unies le pressentent pour un poste à New-York: de là il pilotera nombre d?initiatives, dont notre pays sera aussi bénéficiaire : la première éolienne à Rodrigues, c?est lui, notamment. ?Elle produisait entre 40 et 80 kilowatts/h par jour, pour faire marcher une pompe dans un puits?. Parfois les résultats dépassent les espérances : ?l?éolienne produisait un excédent d?énergie : on s?en est servi pour la fourniture d?une vingtaine de maisons?. A l?époque, avoir du courant à Rodrigues, c?est déjà être privilégié ; alors de l?énergie éolienne, vous pensez ! Voilà donc l?enfant adoptif de Moscou qui amène la révolution électrique à Anse-Quitor?

Et Maurice ? ?Depuis le temps qu?on en parle ! Qui se souvient du projet d?éolienne de Grand-Bassin ?? 25 ans d?études, de dessins, on est passé de Bigara à des projets de coopération avortée avec des firmes étrangères? Et si on lui demandait son avis ? ?Je pense qu?on ne peut se fier qu?aux seules sources renouvelables. Il faut certes un mélange. Le vent n?est pas constant, mais nous avons la bagasse, dont nous devrions faire une utilisation maximale.? Reste le diesel ? ?dans quelle proportion avoir recours à ce carburant pollueur?? ? , le charbon, l?éthanol ? ?cher celui-là et qui a fait grimper dans une spirale les coûts du maïs et des engrais destinés à l?élevage de poulets. Des études ont aussi démontré que l?éthanol avait une valeur énergétique moindre de 24 à 27 % que l?essence?. Une sacré différence, sauf si on consent à faire des économies d?énergie ! .

Mais aller vers le renouvelable, ce n?est pas qu?une seule question économique. ?A chaque fois qu?on utilise de l?énergie du soleil, du vent, on diminue l?émission du dioxyde de carbone (CO2).? Entre-temps, les exploitants du pétrole emplissent, dans les abysses de la terre, les poches vidées d?énergie fossile, le dioxyde de carbone. ?Il paraît qu?elles sont des cavités étanches, mais on ne peut en avoir la certitude totale à l?heure?.

Si sa foi est demeurée intacte dans le potentiel du ciel, du soleil et de la mer, dans une version qui va au-delà d?une conception toute classique (héritée des classiques sixties), notre homme n?en a pas moins décidé, au terme d?une carrière bien remplie en plein Big Apple, de prendre ce qu?il appelle un parachute doré. Parti à la retraite, lui qui a toujours su trouver le temps, entre deux missions de manier sa raquette de tennis. Pour atterrir en douceur? dans son domaine de prédilection : la consultance en énergies renouvelables. Mais chez soi, en Floride, entre deux escapades à New-York, où travaille madame et où il est amené aussi à mener quelques missions ponctuelles. On le rencontre à Maurice en vacances, dans son Rose-Hill de toujours. Demain, vous pourriez le croiser aux Galapagos, où IT Power US, avec le soutien du PNUD, à participer à l?élaboration d?un plan stratégique pour une bonne utilisation de l?énergie, dans un contexte où saisonnièrement le petit archipel voit sa population tripler par l?afflux de touristes. Cela ne vous rappelle rien ?

Alors, Maurice ne vous intéresse plus pour le coup? ?Je suis toujours disposé. Je suis toujours Mauricien. Après tout j?avais postulé pour le poste de Directeur général du CEB il y a bien des années??

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