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Aspirations de maturité
<B>Par Nazim ESOOF</B>
Reclus dans notre cocon insulaire, livrés aux guerres picrocholines que se livrent nos politiques, malmenés sur la balançoire idéologique qui dandine entre la bêtise et la vaine provocation entre gouvernants et possédants, la nation mauricienne vit à l?heure de la claustration intellectuelle.
La rupture est nettement perceptible. L?écart s?agrandit entre le citoyen ordinaire et tous ceux qui véhiculent le prêt-à-penser. Ancré dans une réalité coercitive, prêt quand même à soutenir une réforme qui garantit des lendemains meilleurs, ce citoyen est désemparé. Désoeuvré par un discours et des actions venant autant des intellectuels portés par la bienpensance baroque que des politiques et des ?opinion leaders? qui s?enlisent dans des analyses qui relèvent d?un bricolage idéologique. Ce qui explique aussi l?immaturité politique de ce citoyen.
Aujourd?hui, comme hier, le salut, pense-t-on, ne peut venir que des politiques. Ceux qui se livrent à l?aventure d?un certain type d?entrepreneuriat ne peuvent accéder au mainstream des affaires car ils ?uvrent, pour la plupart, dans une économie parallèle. Les efforts pour formaliser certains secteurs d?activités butent irrésistiblement sur un manque de courage politique. Alors que, de l?autre côté, la classe moyenne mauricienne vit l?une des plus graves crises qu?elle ait jamais connues.
C?est dans ce contexte qu?il importe de rappeler certains faits. D?abord d?humeur belliqueuse, le Premier ministre s?est lancé dans une action de dénonciation. On ne construit pas l?avenir en critiquant, en oeuvrant dans la dénégation. Il pourrait toujours soutenir qu?il agit «pour les pauvres». Mais on ne fait pas le choix d?une politique économique fondée sur la croissance pour espérer en faire bénéficier les pauvres. Quant aux actions spécifiques, elles ne sont que partiellement efficaces à faire reculer la pauvreté.
L?opposition, pour sa part, s?est enlisée dans une action de type électoraliste qui est loin de répondre aux attentes de la population. Incapable de passer de la critique aux propositions, elle cède avec trop de facilité à la tentation inflationniste des promesses pour être crédible.
En somme, le plus gros problème demeure le populisme. Un populisme qui se nourrit également d?une certaine bêtise citoyenne. Et c?est de la responsabilité première du citoyen dont on parle ici. Cette facilité qu?il a à gober tout ce qu?on lui raconte. Parallèlement dans le confort de son salon, avec les intimes, il n?y aura pas plus critique que lui. Il a en fin de compte des attentes citoyennes mais une conscience citoyenne peu affirmée.
C?est désormais l?un des grands défis de la société mauricienne. Que ses citoyens, au-delà de leurs préoccupations quotidiennes, s?identifient suffisamment à ce pays pour essaimer un rêve collectif. Un tel rêve ne passe pas par les fantasmes politiciens et encore moins par la parole de celles et ceux qui croient seuls détenir la vérité. La société mauricienne n?est pas aussi mal qu?on veut le croire.
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